{"id":11401,"date":"2024-09-16T17:58:51","date_gmt":"2024-09-16T17:58:51","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=11401"},"modified":"2024-09-16T17:58:51","modified_gmt":"2024-09-16T17:58:51","slug":"un-an-apres-sa-creation-quel-bilan-pour-lalliance-des-etats-du-sahel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=11401","title":{"rendered":"Un an apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, quel bilan pour l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel?"},"content":{"rendered":"<p class=\"t-content__chapo\">Il y a tout juste un an, le 16 septembre 2023, les r\u00e9gimes militaires putschistes du Mali, du Burkina Faso, et du Niger adoptaient la charte du Liptako-Gourma et cr\u00e9aient l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel\u00a0: l\u2019AES. Avec pour but affich\u00e9 de combattre ensemble les groupes arm\u00e9s pr\u00e9sents sur leurs territoires respectifs. Aujourd&#8217;hui, l\u2019Alliance est devenue Conf\u00e9d\u00e9ration, avec un p\u00e9rim\u00e8tre d\u2019action \u00e9largi. Un an apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, quel bilan peut-on tirer\u00a0?<\/p>\n<div class=\"t-content__dates t-content__dates--reading-time\">\n<p>Initialement, l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel\u00a0 (AES) a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme un pacte de d\u00e9fense, pour \u00ab\u00a0<em>lutter contre le terrorisme\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0les groupes arm\u00e9s li\u00e9s \u00e0 al-Qa\u00efda ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique, mais aussi contre \u00a0\u00ab\u00a0<em>toute r\u00e9bellion arm\u00e9e ou autre menace portant atteinte \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du territoire<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e0 commencer par les rebelles du CSP (Cadre strat\u00e9gique permanent), dans le nord du\u00a0<strong><a class=\"gtm-add-suggested-tag\" href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/tag\/mali\/\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">Mali<\/a><\/strong>.<\/p>\n<p>La Charte du Liptako-Gourma pr\u00e9voyait ainsi que \u00ab\u00a0<em>toute atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 et \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du territoire de l\u2019un des pays membres<\/em>\u00a0\u00bb serait \u00ab\u00a0<em>consid\u00e9r\u00e9e comme une agression contre les autres<\/em>\u00a0\u00bb, et entra\u00eenerait \u00ab\u00a0<em>un devoir d&#8217;assistance<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>y compris l&#8217;emploi de la force arm\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb. En clair, l\u2019AES est d&#8217;abord la promesse d\u2019une mutualisation des moyens militaires pour combattre les groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques au\u00a0<strong><a class=\"gtm-add-suggested-tag\" href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/tag\/sahel\/\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">Sahel<\/a><\/strong>.<\/p>\n<h2>Coop\u00e9ration militaire\u00a0: un bilan mitig\u00e9<\/h2>\n<p>Un an plus tard, de ce point de vue, le bilan est mitig\u00e9. L\u2019arm\u00e9e malienne a d\u00e9log\u00e9 les rebelles du CSP de leur fief de Kidal, une victoire incontestable, mais uniquement gr\u00e2ce \u00e0 ses suppl\u00e9tifs de Wagner et non \u00e0 ses alli\u00e9s du\u00a0<strong><a class=\"gtm-add-suggested-tag\" href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/tag\/niger\/\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">Niger<\/a><\/strong>\u00a0ou du\u00a0<strong><a class=\"gtm-add-suggested-tag\" href=\"https:\/\/www.rfi.fr\/fr\/tag\/burkina-faso\/\" target=\"_self\" rel=\"noopener\">Burkina Faso<\/a><\/strong>. En dehors de quelques maigres pr\u00eats mat\u00e9riels, aucune contribution significative. Quant aux attaques des groupes jihadistes, et notamment du Jnim, elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi nombreuses et meurtri\u00e8res. Pour ne citer que ce chiffre\u00a0: plus de 3\u00a0000 civils tu\u00e9s dans ces trois pays rien qu\u2019entre janvier et juin dernier, selon l\u2019ONG Acled, contre 2\u00a0500 lors des six mois pr\u00e9c\u00e9dents. Des bilans qui n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019augmenter au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Tr\u00e8s souvent, des drones maliens interviennent au Burkina ou vice-versa<\/em>, explique Arthur Banga, enseignant-chercheur sp\u00e9cialiste des questions de d\u00e9fense \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 F\u00e9lix-Houphou\u00ebt-Boigny d&#8217;Abidjan.\u00a0<em>Il y a des appuis de drones, des appuis a\u00e9riens et des \u00e9changes d&#8217;informations. L&#8217;aspect psychologique est aussi tr\u00e8s important, on l&#8217;a senti quand la C\u00e9d\u00e9ao mena\u00e7ait d&#8217;intervenir au Niger. De ce point de vue, c&#8217;est un succ\u00e8s.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Apr\u00e8s,<\/em>\u00a0nuance le chercheur,\u00a0<em>du point de vue de la r\u00e9ussite op\u00e9rationnelle, ce bilan est beaucoup plus mitig\u00e9. L&#8217;id\u00e9e, l&#8217;engagement, ne suffisent pas. Il faut aussi le mettre en application \u00e0 travers la doctrine, des \u00e9tats-majors communs, des exercices d&#8217;entra\u00eenement, des exercices d&#8217;intervention. Il y a tout \u00e7a qui manque. Et \u00e7a montre d&#8217;ailleurs, au-del\u00e0 de l&#8217;AES, les difficult\u00e9s que posent les questions de s\u00e9curit\u00e9 collective en Afrique.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Plan d&#8217;action des op\u00e9rations<\/h2>\n<p>Un \u00ab\u00a0<em>Plan d\u2019action des op\u00e9rations des pays de l&#8217;AES<\/em>\u00a0\u00bb est en pr\u00e9paration. Au d\u00e9but du mois, une d\u00e9l\u00e9gation de l&#8217;arm\u00e9e malienne s&#8217;est rendue au Burkina et au Niger pour le pr\u00e9senter. Mais il ne s&#8217;agit \u00e0 ce stade que d&#8217;un projet, dont le contenu n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9, et qui doit \u00eatre valid\u00e9 par les \u00e9tats-majors. \u00c0 ce jour, un an apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l&#8217;AES, les soldats maliens, burkinab\u00e8 et nig\u00e9riens ne combattent pas c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur le front.<\/p>\n<p>Il faut dire qu\u2019ils ont chacun fort \u00e0 faire chez eux, avec des attaques jihadistes meurtri\u00e8res presque chaque semaine. La r\u00e9cente trag\u00e9die de Barsalogho au Burkina, au moins 200 morts, sans doute beaucoup plus, tu\u00e9s par les jihadistes du Jnim, n\u2019\u00e9tant que la pire des derni\u00e8res illustrations.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de l\u2019AES a m\u00eame eu un effet contre-productif, quoique tr\u00e8s limit\u00e9 \u00e0 ce stade\u00a0: les rebelles du CSP, dans le nord du Mali, ont annonc\u00e9 le mois dernier se rapprocher des rebelles du FPL (Front patriotique de lib\u00e9ration), au Niger. Une annonce plus politique que concr\u00e8te militairement, du moins \u00e0 ce stade, et pr\u00e9sent\u00e9e par ces mouvements arm\u00e9s comme une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019union des r\u00e9gimes militaires de l\u2019AES.<\/p>\n<h2>D\u00e9part de la C\u00e9d\u00e9ao<\/h2>\n<p>Au-del\u00e0 du terrain militaire, l\u2019AES s\u2019est rapidement mu\u00e9e en outil diplomatique. Moins de trois mois apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, en novembre 2023, les trois pays annoncent de multiples projets \u00e9conomiques communs &#8211; dans l\u2019\u00e9nergie, l\u2019industrie, la finance\u00a0-, sans fixer d\u2019\u00e9ch\u00e9ance, et des \u00ab\u00a0<em>mesures politiques et de coordination diplomatique<\/em>\u00a0\u00bb. \u00c0 cette p\u00e9riode, les trois pays putschistes sont suspendus de la C\u00e9d\u00e9ao et le Niger subit m\u00eame de lourdes sanctions \u00e9conomiques impos\u00e9es par l\u2019organisation ouest-africaine, dans le but de contraindre les militaires qui viennent de prendre le pouvoir au Niger \u00e0 mettre en place un calendrier pour le retour \u00e0 l\u2019ordre constitutionnel et de lib\u00e9rer le pr\u00e9sident d\u00e9chu Mohamed Bazoum.<\/p>\n<p>L\u2019effet est manqu\u00e9\u00a0: au mois de janvier, les pays de l\u2019AES font la fracassante d\u00e9monstration que leur alliance est aussi diplomatique, avec une strat\u00e9gie de rupture. Ils annoncent de fa\u00e7on conjointe leur d\u00e9part de la C\u00e9d\u00e9ao, mettant en avant leur \u00ab\u00a0souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, principe brandi en toute occasion pour l\u00e9gitimer les choix politiques des r\u00e9gimes militaires en place.<\/p>\n<p>En l\u2019occurrence, Bamako, Niamey et Ouagadougou d\u00e9noncent une C\u00e9d\u00e9ao \u00ab<em>\u00a0sous l\u2019influence de puissances \u00e9trang\u00e8res, trahissant ses principes fondateurs\u00a0<\/em>\u00bb, et \u00ab\u00a0devenue une menace pour ses \u00c9tats membres et ses populations\u00a0\u00bb. La France n\u2019est, cette fois, pas nomm\u00e9ment cit\u00e9e, mais elle est le principal ennemi commun des trois pays, r\u00e9guli\u00e8rement accus\u00e9e de manipuler les chefs d\u2019\u00c9tat de la sous-r\u00e9gion, mais aussi de financer, renseigner voir armer les groupes jihadistes &#8211; que combattait la force Barkhane, renvoy\u00e9e chez elle \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021. L&#8217;AES se pose donc d\u00e9sormais de mani\u00e8re claire comme une alternative \u00e0 la C\u00e9d\u00e9ao honnie. Les trois pays expliquent cependant vouloir conserver de bonnes relations avec les pays de la sous-r\u00e9gion, au moyen d&#8217;accords bilat\u00e9raux.<\/p>\n<p>Ce retrait de la C\u00e9d\u00e9ao fait jubiler les soutiens des r\u00e9gimes militaires, qui consid\u00e8rent ce d\u00e9part comme une \u00e9mancipation. Il fait aussi fr\u00e9mir les acteurs \u00e9conomiques \u2013le maintien des trois pays au sein de l\u2019Uemoa limitant cependant consid\u00e9rablement les cons\u00e9quences de ce retrait. Il est aussi d\u00e9plor\u00e9 par les partisans d\u2019un panafricanisme politique, qui voient dans la C\u00e9d\u00e9ao une organisation certes imparfaite et \u00e0 r\u00e9former, mais incontournable pour une int\u00e9gration r\u00e9gionale et continentale globale et pacifique.<\/p>\n<p>Rfi<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a tout juste un an, le 16 septembre 2023, les r\u00e9gimes militaires putschistes du Mali, du Burkina Faso, et du Niger adoptaient la charte du Liptako-Gourma et cr\u00e9aient l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel\u00a0: l\u2019AES. Avec pour but affich\u00e9 de combattre ensemble les groupes arm\u00e9s pr\u00e9sents sur leurs territoires respectifs. 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