{"id":15414,"date":"2025-05-03T09:00:30","date_gmt":"2025-05-03T09:00:30","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=15414"},"modified":"2025-05-03T01:02:46","modified_gmt":"2025-05-03T01:02:46","slug":"chronique-marges-de-verite-assiste-t-on-au-delitement-progressif-de-la-culture-de-la-parole-libre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=15414","title":{"rendered":"\u201cMarges de v\u00e9rit\u00e9\u201d: 3 Mai, faut-il craindre le d\u00e9litement progressif de la culture de la parole libre?"},"content":{"rendered":"<p>La chute de la Mauritanie de la 33e \u00e0 la 50e place dans le classement mondial de la libert\u00e9 de la presse \u00e9tabli par Reporters Sans Fronti\u00e8res ne rel\u00e8ve pas d\u2019un effondrement spectaculaire, mais d\u2019un repli d\u2019autant plus pr\u00e9occupant qu\u2019il s\u2019op\u00e8re sous couvert d\u2019une apparente continuit\u00e9.<br \/>\nCertes, la Mauritanie conserve, en chiffres relatifs, sa position de premi\u00e8re dans le monde arabe, mais cet honneur devient presque ironique lorsque l\u2019on consid\u00e8re l\u2019indice absolu : perdre 17 places en un an dans un domaine aussi central \u00e0 la respiration d\u00e9mocratique qu\u2019est la presse libre, ce n\u2019est pas simplement glisser \u2014 c\u2019est r\u00e9trograder dans l\u2019ordre symbolique des nations. Et plus encore, \u00eatre d\u00e9sormais pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par l&#8217;Afrique du Sud, Gabon, le Cap-Vert ou la Namibie n\u2019est pas un affront, mais une invitation \u00e0 l\u2019introspection : que s\u2019est-il bris\u00e9 entre le souffle prometteur d\u2019hier et l\u2019asphyxie relative d\u2019aujourd\u2019hui ?<br \/>\nAu c\u0153ur de cette r\u00e9gression, un fait s\u2019impose : l\u2019agression de Hanefi Ould Dahah, directeur de la cha\u00eene TTV, en pleine lumi\u00e8re, devant les locaux de sa r\u00e9daction, suite \u00e0 une \u00e9mission o\u00f9 fut \u00e9voqu\u00e9e la gestion trouble d\u2019un march\u00e9 public attribu\u00e9 \u00e0 un homme d\u2019affaires. L\u2019agression ne fut pas un acte isol\u00e9, mais un geste politiquement signifiant : une tentative de r\u00e9instaurer par la force ce que la loi ne pouvait plus contenir \u2014 le silence.<br \/>\nCar dans les \u00c9tats modernes, l\u2019espace m\u00e9diatique est le miroir de la dialectique entre pouvoir et responsabilit\u00e9. Lorsqu\u2019un journaliste est agress\u00e9 non pour une calomnie, mais pour une information d\u2019int\u00e9r\u00eat public, ce n\u2019est pas seulement l\u2019individu qu\u2019on atteint : c\u2019est la sph\u00e8re du d\u00e9bat d\u00e9mocratique qu\u2019on cherche \u00e0 percer.<br \/>\nEt le drame ici ne r\u00e9side pas tant dans l\u2019acte \u2014 brutal, certes \u2014 que dans l\u2019absence de r\u00e9sonance institutionnelle suffisante. Le signal \u00e9mis est double : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la violence est possible ; de l\u2019autre, elle n\u2019est pas assez co\u00fbteuse pour dissuader ses auteurs. C\u2019est cela, en d\u00e9finitive, qui mine l\u2019indice : moins la censure formelle que l\u2019impunit\u00e9 informelle.<br \/>\nMais ce recul n\u2019est pas un simple incident conjoncturel. Il s\u2019inscrit dans une m\u00e9canique plus vaste de d\u00e9litement progressif de la culture de la parole libre, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9, paradoxalement, des efforts notables avaient permis \u00e0 la Mauritanie de devancer durant un temps \u00e0 la fois l\u2019espace arabe et l\u2019espace subsaharien en mati\u00e8re de libert\u00e9 de presse. Cette contradiction entre avanc\u00e9e institutionnelle et r\u00e9surgence des r\u00e9flexes coercitifs constitue la ligne de faille de notre moment politique.<br \/>\nLa libert\u00e9 d\u2019expression, pour \u00eatre r\u00e9elle, ne se mesure pas \u00e0 la simple absence de censure. Elle se jauge dans la capacit\u00e9 du journaliste \u00e0 critiquer le pouvoir \u00e9conomique et politique sans craindre pour son int\u00e9grit\u00e9. Elle se mesure \u00e0 la r\u00e9activit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat face \u00e0 la violence, \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 produire un co\u00fbt dissuasif pour ceux qui menacent la presse. Faute de quoi, le classement international ne fait que refl\u00e9ter une v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure : celle d\u2019un \u00c9tat h\u00e9sitant entre la promesse r\u00e9publicaine et la r\u00e9surgence de ses archa\u00efsmes.<br \/>\nAussi, la libert\u00e9 d\u2019expression ne doit pas se muer en libert\u00e9 de diffamation. Un m\u00e9dia ne saurait devenir l\u2019instrument d\u2019un r\u00e8glement de comptes, ni une tribune destin\u00e9e \u00e0 humilier. L\u2019attaque contre un homme d\u2019affaires, m\u00eame indirecte, doit se faire dans le respect des r\u00e8gles fondamentales : pr\u00e9somption d\u2019innocence, \u00e9quilibre des sources, droit de r\u00e9ponse. Car apr\u00e8s tout, si l\u2019homme d\u2019affaires est atteint injustement dans son honneur, c\u2019est sa dignit\u00e9 \u2014 tout aussi humaine \u2014 qui est sacrifi\u00e9e sur l\u2019autel du sensationnel. Une presse libre n\u2019est pas une presse sans limites : elle est autonome dans sa m\u00e9thode, mais responsable dans son dessein. C\u2019est l\u00e0 la fronti\u00e8re entre journalisme et vindicte publique.<br \/>\nIl est encore temps de corriger le tir. Mais cela exige plus qu\u2019un simple ajustement technique. Il faut une volont\u00e9 politique assum\u00e9e : prot\u00e9ger les journalistes non parce qu\u2019ils sont des voix particuli\u00e8res, mais parce qu\u2019ils incarnent l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nAutrement, le classement ne fera que poursuivre sa descente. Et avec lui, la cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat qui se r\u00eavait pionnier, mais risque de se r\u00e9veiller spectateur de son propre recul.<br \/>\nChronique de Mohamed Ould Echriv Echriv<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chute de la Mauritanie de la 33e \u00e0 la 50e place dans le classement mondial de la libert\u00e9 de la presse \u00e9tabli par Reporters Sans Fronti\u00e8res ne rel\u00e8ve pas d\u2019un effondrement spectaculaire, mais d\u2019un repli d\u2019autant plus pr\u00e9occupant qu\u2019il s\u2019op\u00e8re sous couvert d\u2019une apparente continuit\u00e9. 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