{"id":15665,"date":"2025-05-12T09:00:21","date_gmt":"2025-05-12T09:00:21","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=15665"},"modified":"2025-05-11T22:45:25","modified_gmt":"2025-05-11T22:45:25","slug":"marges-de-verite-la-couleur-du-debat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=15665","title":{"rendered":"&#8220;Marges de v\u00e9rit\u00e9&#8221;: La couleur du d\u00e9bat&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Dans Politologie ou politique ? Samba Thiam s\u2019attaque frontalement \u00e0 une tendance contemporaine \u00e0 la neutralisation du d\u00e9bat racial dans le champ politique mauritanien. En r\u00e9ponse \u00e0 un article publi\u00e9 sur Cridem, il d\u00e9construit ce qu\u2019il per\u00e7oit comme un discours d\u2019effacement des logiques identitaires sous couvert de rationalit\u00e9 citoyenne. Son texte, dense, vigoureux et frontal, appelle \u00e0 \u00eatre lu comme une d\u00e9claration de r\u00e9sistance contre la d\u00e9politisation du r\u00e9el.<br \/>\nSamba Thiam rappelle que les lectures identitaires ne tombent pas du ciel : elles sont les produits r\u00e9actifs d\u2019un syst\u00e8me d\u2019exclusion, d\u2019invisibilisation et d\u2019assimilation. En cela, son texte remet les causes au centre, l\u00e0 o\u00f9 ses contradicteurs semblent se focaliser uniquement sur les effets \u2014 la d\u00e9nonciation, la col\u00e8re, le repli. Il inverse le soup\u00e7on : ce ne sont pas les victimes qui cr\u00e9ent la fracture, mais un \u00c9tat qui la rend structurelle.<br \/>\nEn d\u00e9non\u00e7ant les appels \u00e0 &#8220;changer de paradigme&#8221; au nom d\u2019un discours rationnel, Thiam montre que cette pr\u00e9tendue objectivit\u00e9 n\u2019est souvent qu\u2019une mani\u00e8re de reconduire la domination sous une forme acceptable. Il d\u00e9masque l\u2019illusion d\u2019un discours qui pr\u00e9tend \u00e9lever le d\u00e9bat mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, refuse de nommer les rapports de force, les h\u00e9ritages historiques et les discriminations syst\u00e9miques.<br \/>\nL\u00e0 o\u00f9 certains r\u00e9duisent les nominations de cadres n\u00e9gro-africains ou haratines \u00e0 des tactiques sans port\u00e9e r\u00e9elle, Thiam r\u00e9habilite leur dimension symbolique dans l\u2019\u00e9conomie politique des affects. Il rappelle, avec Tocqueville, que la qu\u00eate d\u2019\u00e9galit\u00e9, m\u00eame imparfaite, peut mobiliser les \u00e9nergies politiques, bien plus qu\u2019un programme froid ou une gestion administrative.<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque du silence prudent et de la ti\u00e9deur intellectuelle, Thiam choisit l\u2019engagement. Il en appelle au courage, \u00e0 la parole nue, \u00e0 la confrontation du r\u00e9el. Il refuse les compromis langagiers et fustige les intellectuels qui &#8220;rasent les murs&#8221;, dans un passage puissant.<br \/>\nSamba Thiam attribue \u00e0 son contradicteur des intentions politiques cach\u00e9es \u2014 &#8220;cagoule&#8221;, &#8220;\u00e9cran de fum\u00e9e&#8221;, &#8220;M.D.I repenti ?&#8221; \u2014 ce qui affaiblit la force rationnelle de son propos. En insinuant une duplicit\u00e9 sans preuve tangible, il se prive de la hauteur argumentative qu\u2019il revendique par ailleurs.<br \/>\nEn rejetant presque enti\u00e8rement l\u2019id\u00e9e qu\u2019un changement de paradigme puisse coexister avec des revendications identitaires, Thiam semble construire une opposition trop rigide entre &#8220;les racialistes&#8221; et &#8220;les technocrates du silence&#8221;. Or, dans la complexit\u00e9 du champ politique mauritanien, il existe sans doute des voix hybrides, critiques du syst\u00e8me sans tomber dans l\u2019obsession identitaire ni dans la langue de bois institutionnelle. Cette complexit\u00e9 est insuffisamment explor\u00e9e.<br \/>\nSi la critique du &#8220;prisme sectoriel&#8221; est pertinente, elle aurait gagn\u00e9 \u00e0 \u00eatre accompagn\u00e9e d\u2019une esquisse de strat\u00e9gie politique structur\u00e9e. En d\u00e9non\u00e7ant les symboles creux sans proposer d\u2019agenda transformationnel, Samba Thiam laisse une br\u00e8che : comment articuler, dans un cadre concret, m\u00e9moire historique, luttes identitaires, et projet de soci\u00e9t\u00e9 commun ? Le diagnostic est fort, mais la th\u00e9rapeutique reste en creux.<br \/>\nLe ton, parfois cassant, peut donner \u00e0 lire une posture d\u2019assi\u00e9g\u00e9 : tout contradicteur devient suspect, toute tentative de d\u00e9passement devient compromission. Or, dans une soci\u00e9t\u00e9 fragment\u00e9e, il faut non seulement nommer les lignes de fracture, mais aussi construire des ponts narratifs. Le texte laisse peu de place au dialogue, et beaucoup \u00e0 la d\u00e9nonciation. C\u2019est sa force militante, mais aussi sa faiblesse strat\u00e9gique.<br \/>\nLe texte de Samba Thiam est salutaire dans ce qu\u2019il d\u00e9fend : la l\u00e9gitimit\u00e9 des blessures, le refus de l\u2019oubli, et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une parole affranchie des convenances. Il participe d\u2019une politique de la m\u00e9moire qui refuse le d\u00e9ni institutionnel. Mais pour construire une politique du possible, cette m\u00e9moire devra t\u00f4t ou tard se combiner avec une vision f\u00e9d\u00e9ratrice.<br \/>\nEntre d\u00e9nonciation du r\u00e9el et production de sens commun, il y a un \u00e9quilibre difficile. Samba Thiam en incarne aujourd\u2019hui la part irr\u00e9ductible, la voix qui refuse de composer. \u00c0 d\u2019autres, peut-\u00eatre, de reprendre cette voix pour l\u2019inscrire dans un projet plus large et plus inclusif.<br \/>\nChronique de Mohamed Ould Echriv Echriv<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans Politologie ou politique ? Samba Thiam s\u2019attaque frontalement \u00e0 une tendance contemporaine \u00e0 la neutralisation du d\u00e9bat racial dans le champ politique mauritanien. En r\u00e9ponse \u00e0 un article publi\u00e9 sur Cridem, il d\u00e9construit ce qu\u2019il per\u00e7oit comme un discours d\u2019effacement des logiques identitaires sous couvert de rationalit\u00e9 citoyenne. 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