{"id":15807,"date":"2025-05-17T13:30:19","date_gmt":"2025-05-17T13:30:19","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=15807"},"modified":"2025-05-17T13:01:24","modified_gmt":"2025-05-17T13:01:24","slug":"ousmane-mamoudou-kane-ce-raciste-dont-la-competence-et-le-patriotisme-continuent-de-memerveiller-par-ahmed-ould-mohamedou-ecrivain-et-journaliste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=15807","title":{"rendered":"Ousmane Mamoudou Kane : &#8220;ce raciste&#8221; dont la comp\u00e9tence et le patriotisme continuent de m\u2019\u00e9merveiller"},"content":{"rendered":"<p>Renouer avec une habitude que les tracas du quotidien et le poids des ann\u00e9es vous ont arrach\u00e9e est une gr\u00e2ce qu\u2019il convient d\u2019attribuer, d\u2019abord \u00e0 Dieu \u2013 lou\u00e9 soit-Il \u2013 puis \u00e0 celui qui vous en a offert le moyen.<\/p>\n<p>Il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es, le simple titre d\u2019un livre suffisait \u00e0 m\u2019absorber enti\u00e8rement. La r\u00e8gle \u00e9tant, que lorsque je l\u2019ouvrais mes yeux ne s\u2019en d\u00e9tachaient plus, avant d\u2019en avoir connu le fin mot de l\u2019histoire \u2013 sauf \u00e0 des exceptions rares o\u00f9 l\u2019on m\u2019arrachait de force \u00e0 mon passe-temps favori. J\u2019en \u00e9tais parfois r\u00e9primand\u00e9, pour \u00eatre distrait au point de faillir \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 une question, ou pour avoir n\u00e9glig\u00e9 quelque t\u00e2che domestique ordinairement confi\u00e9e au  benjamin de la famille, perdu que j\u2019\u00e9tais dans les m\u00e9andres d\u2019un classique litt\u00e9raire.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/70e49076-5611-40a1-ae5f-7ddb26fe3b98-187x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"300\" class=\"alignright size-medium wp-image-15809\" srcset=\"https:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/70e49076-5611-40a1-ae5f-7ddb26fe3b98-187x300.jpeg 187w, https:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/70e49076-5611-40a1-ae5f-7ddb26fe3b98-639x1024.jpeg 639w, https:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/70e49076-5611-40a1-ae5f-7ddb26fe3b98-768x1230.jpeg 768w, https:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/70e49076-5611-40a1-ae5f-7ddb26fe3b98.jpeg 799w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/p>\n<p>La vue d\u2019un titre, portant le nom d\u2019un homme que je respecte profond\u00e9ment et admire sinc\u00e8rement, a ressuscit\u00e9 en moi cette passion lointaine \u2013 \u00e0 la nuance pr\u00e8s que les remontrances faites \u00e0 l\u2019enfant d\u2019hier ont laiss\u00e9 place \u00e0 des remarques moins acerbes, et plus en conformit\u00e9 avec les affinit\u00e9s de l\u2019homme adulte que je suis aujourd\u2019hui et provenant de voix ayant pris le relais de celles d\u2019outre tombe.<\/p>\n<p>Une demi-journ\u00e9e m\u2019a suffi pour d\u00e9vorer pr\u00e8s de trois cents pages du livre \u00ab Mon devoir de servir, M\u00e9moires d\u2019Ousmane Mamoudou Kane, traduit par Yeselme Hamdane. Cette lecture m\u2019a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la premi\u00e8re impression que j\u2019ai eu de l\u2019homme ne lui rendait gu\u00e8re justice, tant son parcours est riche, son ascension, m\u00e9rit\u00e9e, et son engagement, remarquable. Fils de paysan, il s\u2019est distingu\u00e9 dans les \u00e9tudes, avant de briller dans les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res nationales, les institutions financi\u00e8res continentales, et d\u2019acc\u00e9der aux plus hautes fonctions administratives et politiques de notre pays.<br \/>\nLes r\u00e9unions de cabinet me laissaient d\u2019ordinaire froid, \u00e0 ce titre que tout nouveau ministre en tient \u00e0 son arriv\u00e9e. Elle se limite souvent, selon mon exp\u00e9rience de deux d\u00e9cennies dans l\u2019administration, \u00e0 des discours protocolaires de prise de contact. Et puis, disons-le franchement, la r\u00e9putation du personnage \u2013 ou plut\u00f4t celle que certains lui avaient construite \u2013 n\u2019inspirait gu\u00e8re confiance, surtout depuis qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de racisme. Cela dit, quelques voix discr\u00e8tes \u00e9voquaient son souci constant d\u2019am\u00e9liorer les conditions des agents, quel que soit le poste qu\u2019ils occupaient. C\u2019est donc sans grand enthousiasme, mais avec prudence, que je m\u2019\u00e9tais pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9union.<\/p>\n<p>Ce fut une surprise. Les questions qu\u2019il posait aux responsables pr\u00e9sents vous r\u00e9v\u00e8lent imm\u00e9diatement que l\u2019homme n\u2019est pas un novice. Arm\u00e9 d\u2019une connaissance approfondie du fonctionnement administratif dans ses moindres d\u00e9tails, et une compr\u00e9hension fine des dossiers, Il \u00e9volue dans tout nouveau milieu, comme s\u2019il est chez-lui. Mais ce qui m\u2019a le plus surpris fut sa vision du secteur de la communication, que je dirige. Un domaine, faut-il le rappeler, souvent n\u00e9glig\u00e9 au sein des minist\u00e8res. Ses questions \u00e9taient d\u2019une pr\u00e9cision remarquable, \u00e0 tel point que j\u2019en suis venu \u00e0 douter d\u2019avoir sous-estim\u00e9 son bagage : bien que connaissant sa biographie, j\u2019ai cru un instant qu\u2019il avait une formation en journalisme tant ses remarques trahissaient une exp\u00e9rience non seulement v\u00e9cue, mais aussi r\u00e9fl\u00e9chie.<br \/>\nLes surprises se sont ensuite encha\u00een\u00e9es, m\u00e9ritant chacune un article \u00e0 part enti\u00e8re. La derni\u00e8re en date fut son d\u00e9part inattendu, que j\u2019ai per\u00e7u comme un de ces malheurs qui s\u2019abattent parfois sur ce pays, lorsque des talents nationaux sont \u00e9cart\u00e9s sans qu\u2019on puisse avancer une seule raison valable.<br \/>\nPour ne pas vous priver du plaisir de d\u00e9couvrir les tr\u00e9sors que rec\u00e8le ce livre, je m\u2019abstiendrai d\u2019en d\u00e9voiler tous les d\u00e9tails. Il constitue une contribution pr\u00e9cieuse \u00e0 notre patrimoine intellectuel. C\u2019est le genre d\u2019ouvrage qui doit tr\u00f4ner au milieu de notre biblioth\u00e8que nationale, qui en manque cruellement. J\u2019en ai tir\u00e9 plusieurs enseignements, et non des moindres :<\/p>\n<p>\u2022\tL\u2019\u00e9ducation demeure le levier fondamental du d\u00e9veloppement national. Sans une r\u00e9forme structurelle en profondeur, nous resterons prisonniers de l\u2019immobilisme.<\/p>\n<p>\u2022\tL\u2019injustice entre compatriotes ne saurait justifier le renoncement au devoir patriotique. L\u2019auteur en apporte la preuve \u00e0 plusieurs reprises. Ainsi, lorsqu\u2019il se retrouva un temps au ch\u00f4mage, il se vit proposer un poste de directeur d\u2019entreprise \u00e0 Dakar. Mais \u00e0 son arriv\u00e9e, la condition sine qua non d\u2019acc\u00e9der au poste \u00e9tait de prendre la nationalit\u00e9 s\u00e9n\u00e9galaise. Il refusa cat\u00e9goriquement et rentra au pays.<\/p>\n<p>Autre exemple : apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 ill\u00e9galement par la Banque Africaine de D\u00e9veloppement, il aurait pu obtenir une indemnit\u00e9 cons\u00e9quente en poursuivant l\u2019institution en justice mais y renon\u00e7a afin de pr\u00e9server une relation constructive avec la BAD. Il fut comme il l\u2019a voulu. Et cette relation aboutit plus tard \u00e0 un financement record de 175 millions de dollars pour le projet &#8220;Guelb II&#8221;, destin\u00e9 \u00e0 la modernisation de la SNIM \u2013 la plus importante op\u00e9ration de financement individuel jamais r\u00e9alis\u00e9e pour la Mauritanie.<br \/>\nEt un peu plut\u00f4t, alors qu\u2019il travaillait \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re d\u2019Akjoujt, il fit face \u00e0 une injustice flagrante : \u00e0 la suite d\u2019un incendie d\u2019un g\u00e9n\u00e9rateur sous sa responsabilit\u00e9 \u2013 alors qu\u2019il se trouvait en mission \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u2013 cela ne l\u2019emp\u00eacha d\u2019\u00eatre  le seul, du moins \u00e0 sa connaissance, \u00e0 \u00eatre interrog\u00e9 par le directeur r\u00e9gional de la s\u00fbret\u00e9 d\u2019Inchiri. Aucun des agents pr\u00e9sents lors de l\u2019incident ne fut convoqu\u00e9.<br \/>\nL\u2019\u00e9preuve ne s\u2019arr\u00eata pas l\u00e0 : en 1989, son \u00e9pouse faillit \u00eatre expuls\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal. Le hasard \u2013 son absence du travail ce jour-l\u00e0 \u2013 l\u2019en pr\u00e9serva in extremis. Son compte bancaire fut n\u00e9anmoins gel\u00e9, et ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la suite de l\u2019intervention expresse du gouverneur de la Banque centrale, feu Ahmed Ould Zein, que le gel fut lev\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne peux ici passer sous silence un t\u00e9moignage touchant au sujet de son \u00e9pouse, cette honorable dame. Un ami me confia lors de l\u2019annonce de la nomination d\u2019Ousmane Kane \u00e0 la t\u00e8te de notre minist\u00e8re :<br \/>\n\u00ab Cette femme m\u2019a \u00e9puis\u00e9 lorsqu\u2019en tant que superviseur dans une entreprise de menuiserie, je devais attendre qu\u2019elle finisse ses interminables pri\u00e8res, avant de commencer les travaux dans son domicile. \u00bb<\/p>\n<p>\u2022\tLa question linguistique est, selon l\u2019auteur, une pol\u00e9mique artificielle, destin\u00e9e \u00e0 freiner les capacit\u00e9s nationales et \u00e0 nuire \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du pays. Le consensus autour de la langue de la religion est acquis ; ce qui fait d\u00e9bat, c\u2019est l\u2019imposition d\u2019une langue au nom d\u2019une composante nationale. Il \u00e9crit textuellement :<br \/>\n\u00ab Il est incompr\u00e9hensible que l\u2019on refuse d\u2019enseigner l\u2019arabe et de renforcer sa place dans notre syst\u00e8me \u00e9ducatif. C\u2019est pourtant la langue par laquelle nos a\u00efeux ont \u00e9t\u00e9 instruits, gr\u00e2ce aux \u00e9coles coraniques. \u00bb<br \/>\nIl r\u00e9it\u00e8re cette position lorsqu\u2019il \u00e9voque son \u00e9tonnement face au coup d\u2019\u00c9tat contre feu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, au moment o\u00f9 celui-ci s\u2019appr\u00eatait \u00e0 se rendre en \u00c9gypte pour  am\u00e9liorer son niveau d\u2019arabe.<\/p>\n<p>\u2022\tDans la vie professionnelle, la comp\u00e9tence ne suffit pas \u00e0 garantir le succ\u00e8s. Il arrive que ceux qui sont cens\u00e9s incarner l\u2019\u00e9lite se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre les pires ennemis de toute politique r\u00e9formatrice, et aussi des efforts de leurs coll\u00e8gues. Cela m\u2019am\u00e8ne \u00e0 m\u2019interroger, en tant que musulman : croyons-nous vraiment que la subsistance est entre les mains de Dieu, et que nul ne peut \u00e9chapper \u00e0 ce qui lui est destin\u00e9 ?<\/p>\n<p>Enfin, je ne saurais conclure sans rendre un vibrant hommage \u00e0 notre \u00e9minent traducteur Yeselm Hamdane, pour la somptuosit\u00e9 de la langue dans laquelle il nous a restitu\u00e9 ce texte. Sa traduction m\u2019a souvent pouss\u00e9 \u00e0 consulter le dictionnaire, tant le vocabulaire employ\u00e9 \u2013 notamment les termes techniques \u2013 \u00e9tait riche et pr\u00e9cis. Cela t\u00e9moigne non seulement de sa grande ma\u00eetrise des deux langues, mais aussi de la capacit\u00e9 admirable de la n\u00f4tre \u00e0 exprimer la connaissance scientifique, en d\u00e9pit des accusations infond\u00e9es d\u2019inefficacit\u00e9 qu\u2019on lui pr\u00eate. \u00c0 ce titre, je salue les efforts entrepris pour arabiser certaines disciplines scientifiques, et tout particuli\u00e8rement l\u2019arm\u00e9e nationale.<br \/>\nPar Ahmed Ould Mohamedou, \u00e9crivain journaliste <\/p>\n<p>*NB : Cet article est traduit de l\u2019arabe<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Renouer avec une habitude que les tracas du quotidien et le poids des ann\u00e9es vous ont arrach\u00e9e est une gr\u00e2ce qu\u2019il convient d\u2019attribuer, d\u2019abord \u00e0 Dieu \u2013 lou\u00e9 soit-Il \u2013 puis \u00e0 celui qui vous en a offert le moyen. 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