{"id":16049,"date":"2025-05-27T21:30:11","date_gmt":"2025-05-27T21:30:11","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16049"},"modified":"2025-05-27T18:51:25","modified_gmt":"2025-05-27T18:51:25","slug":"marges-de-verite-faut-il-refonder-letat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16049","title":{"rendered":"&#8220;Marges de v\u00e9rit\u00e9&#8221;: Faut-il refonder l&#8217;Etat?"},"content":{"rendered":"<div dir=\"auto\">La parole de Sidi Ould Ahmed Deya tranche par sa capacit\u00e9 \u00e0 mettre en syst\u00e8me ce que la rumeur dissout dans l\u2019anecdotique. Son propos, loin d\u2019\u00eatre un simple pamphlet moral, proc\u00e8de d\u2019une lecture structur\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie politique de la pr\u00e9dation, articul\u00e9e \u00e0 une anthropologie lucide des structures sociales mauritaniennes.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Les villas surgies des sables, les v\u00e9hicules \u00e0 plusieurs millions de ouguiyas, les embouteillages permanents dans des villes sans urbanisme ni r\u00e9seau d\u2019assainissement, les march\u00e9s informels prolif\u00e9rant comme m\u00e9tastases dans chaque recoin de quartier : ce n\u2019est pas seulement une description \u2014 c\u2019est une cartographie du chaos fonctionnel. L\u2019auteur en d\u00e9duit une hypoth\u00e8se syst\u00e9mique : l\u2019hypertrophie de la richesse visible ne proc\u00e8de pas d\u2019une dynamique productive, mais d\u2019un d\u00e9s\u00e9quilibre profond entre les circuits d\u2019enrichissement et les m\u00e9canismes de contr\u00f4le.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Le diagnostic s\u2019affine quand il note que cette explosion de richesse co\u00efncide avec trois dynamiques que toute science administrative honn\u00eate reconna\u00eetra comme des signaux d\u2019alerte :<\/div>\n<div dir=\"auto\">L\u2019accroissement des budgets publics (sans reddition proportionnelle des comptes) ;<\/div>\n<div dir=\"auto\">L&#8217;intensification de l\u2019exploitation mini\u00e8re (dans un contexte d\u2019opacit\u00e9 contractuelle) ;<\/div>\n<div dir=\"auto\">La recrudescence de circuits illicites (drogue, m\u00e9dicaments falsifi\u00e9s), v\u00e9ritables \u00e9conomies parall\u00e8les de la violence.<\/div>\n<div dir=\"auto\">La concomitance n\u2019est pas fortuite : elle dessine les contours d\u2019une \u00e9conomie duale, o\u00f9 l&#8217;\u00c9tat formel n\u2019est plus qu\u2019une vitrine, pendant que l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle se d\u00e9ploie selon les logiques du butin bureaucratique et du capitalisme client\u00e9laire.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Depuis les ann\u00e9es 1970, la corruption n\u2019est pas combattue : elle est administr\u00e9e. Elle devient non seulement un sujet de discours, mais un instrument de l\u00e9gitimation \u00e9lectorale. Les \u00e9lites successives, y compris celles issues de l\u2019opposition, ont reconduit \u2014 voire perfectionn\u00e9 \u2014 les logiques de pr\u00e9dation, dissimul\u00e9es sous les masques du r\u00e9formisme. En ce sens, la corruption n\u2019est plus un dysfonctionnement : elle est devenue un mode de gouvernement.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Le c\u0153ur le plus incandescent du texte r\u00e9side dans cette phrase : &#8220;Famille, tribu, r\u00e9gion, caste et appartenance ethnique restent les incubateurs les plus puissants de ce fl\u00e9au.&#8221; Ici, l\u2019auteur op\u00e8re une rupture paradigmatique. Il ne s\u2019agit plus d\u2019amender le syst\u00e8me : il faut le d\u00e9sincarc\u00e9rer des matrices archa\u00efques qui neutralisent toute tentative de modernisation \u00e9tatique. La corruption est moins une transgression de la norme qu\u2019un prolongement des structures traditionnelles dans les habits du pouvoir moderne.<\/div>\n<div dir=\"auto\">La solution n\u2019est pas formul\u00e9e comme utopie, mais comme exigence r\u00e9publicaine. L\u2019auteur plaide pour la gen\u00e8se d\u2019un \u00c9tat de droit d\u00e9senclav\u00e9 de l\u2019ethos communautaire, r\u00e9gi par l\u2019universalit\u00e9 de la r\u00e8gle et l\u2019impartialit\u00e9 institutionnelle. Il insiste sur l\u2019axiome du &#8220;bon profil au bon poste&#8221; \u2014 rappel cinglant dans un pays o\u00f9 la nomination reste souvent un prolongement des rapports de force lignagers ou politiques.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Ce texte n\u2019est pas un simple acte de parole. C\u2019est une interpellation structurelle, un document politique au sens le plus noble du terme. \u00c0 travers une \u00e9criture dense et sans concession, Sidi Ould Ahmed Deya ne se contente pas de d\u00e9crire : il met en \u00e9chec le mensonge institutionnalis\u00e9 et appelle, non pas \u00e0 une \u00e9ni\u00e8me r\u00e9forme, mais \u00e0 une refondation ontologique de l\u2019\u00c9tat. Un message que seuls ceux qui refusent de dormir dans le confort des slogans entendront.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Chronique de Mohamed Ould Echriv Echriv<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La parole de Sidi Ould Ahmed Deya tranche par sa capacit\u00e9 \u00e0 mettre en syst\u00e8me ce que la rumeur dissout dans l\u2019anecdotique. Son propos, loin d\u2019\u00eatre un simple pamphlet moral, proc\u00e8de d\u2019une lecture structur\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie politique de la pr\u00e9dation, articul\u00e9e \u00e0 une anthropologie lucide des structures sociales mauritaniennes. 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