{"id":16238,"date":"2025-06-11T23:32:41","date_gmt":"2025-06-11T23:32:41","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16238"},"modified":"2025-06-11T23:33:02","modified_gmt":"2025-06-11T23:33:02","slug":"marge-de-verite-merzoug-le-vent-en-poupe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16238","title":{"rendered":"\u00abMarge de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb: Merzough, le vent en poupe!"},"content":{"rendered":"<p>Dans un monde o\u00f9 la g\u00e9opolitique des ressources naturelles se recompose autour de la mer, les discours \u00e9cologiques deviennent des d\u00e9clarations de souverainet\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e. Tel est le sens profond du propos prononc\u00e9 par Mohamed Salem Ould Merzoug, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, \u00e0 la troisi\u00e8me session de la Conf\u00e9rence des Nations Unies sur la protection des oc\u00e9ans.<br \/>\nCe qui semble, en surface, un discours environnemental classique, est en r\u00e9alit\u00e9 une mise en sc\u00e8ne diplomatique d\u2019un nouveau paradigme strat\u00e9gique : la Mauritanie ne se contente plus d\u2019avoir un littoral, elle entend d\u00e9sormais le gouverner comme un espace de projection g\u00e9o\u00e9conomique et d\u2019innovation politique.<br \/>\nEn affirmant que \u00ab la Mauritanie reste fermement engag\u00e9e \u00e0 construire un avenir maritime s\u00fbr et durable \u00bb, Ould Merzoug inscrit la politique maritime nationale dans un r\u00e9pertoire discursif transnational align\u00e9 avec l\u2019Agenda 2030 des Nations Unies. Mais sous cette adh\u00e9sion apparente aux normes globales, se dessine une volont\u00e9 d\u2019appropriation r\u00e9gul\u00e9e d\u2019un espace autrefois n\u00e9glig\u00e9 : l\u2019espace maritime est ici requalifi\u00e9 comme matrice strat\u00e9gique, au croisement des d\u00e9fis climatiques, de la s\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique et des ambitions \u00e9conomiques nationales.<br \/>\nIl ne s\u2019agit pas seulement de prot\u00e9ger : il s\u2019agit de gouverner la mer comme on gouverne un territoire, avec des outils juridiques, des syst\u00e8mes de surveillance, et des alliances diplomatiques.<br \/>\nL\u2019\u00e9num\u00e9ration des engagements juridiques r\u00e9cents \u2014 ratification de la Convention BBNJ (biodiversit\u00e9 au-del\u00e0 des juridictions nationales), protocole d\u2019Abidjan sur l\u2019environnement offshore, etc. \u2014 n\u2019est pas un inventaire pour faire joli, mais une strat\u00e9gie normative d\u2019insertion proactive dans les nouveaux r\u00e9gimes juridiques maritimes.<br \/>\nOuld Merzoug fait ici ce que les \u00c9tats p\u00e9riph\u00e9riques font rarement : revendiquer leur place dans la fabrique du droit international environnemental. Il ne subit plus les trait\u00e9s : il les active, les int\u00e8gre et les utilise comme levier d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la technologie, au financement et \u00e0 l\u2019influence.<br \/>\nCe mouvement traduit un d\u00e9placement de la souverainet\u00e9 classique vers une souverainet\u00e9 instrumentale, fond\u00e9e sur l\u2019agilit\u00e9 juridique, l\u2019ing\u00e9nierie r\u00e9glementaire et l\u2019alignement sur les r\u00e9gimes d\u2019obligations collectives.<br \/>\nQuand le ministre \u00e9voque \u00ab un d\u00e9veloppement durable juste, global et \u00e9quitable \u00bb, il ne parle pas que de d\u00e9veloppement humain. Il parle d\u2019un nouvel imaginaire \u00e9conomique post-extractiviste : celui de l\u2019\u00e9conomie bleue, comprise comme synth\u00e8se entre la croissance et la r\u00e9gulation, l\u2019exploitation et la conservation.<br \/>\nL\u2019\u00e9conomie bleue, ici, n\u2019est pas une simple rh\u00e9torique verte repeinte en bleu. Elle devient le cadre de convergence de politiques publiques sectorielles : p\u00eache durable, \u00e9nergies marines renouvelables, biotechnologies marines, r\u00e9silience c\u00f4ti\u00e8re.<br \/>\nCe cadrage r\u00e9v\u00e8le une gouvernance par hybridation, o\u00f9 les domaines techniques (halieutique, surveillance, droit maritime, climatologie) sont int\u00e9gr\u00e9s dans une architecture politique plus large. Ce que propose implicitement Ould Merzoug, c\u2019est une transition vers une planification maritime \u00e0 haute densit\u00e9 strat\u00e9gique.<br \/>\nL\u2019insistance sur le renforcement des capacit\u00e9s de surveillance, inspection et lutte contre la pollution indique une orientation nette : la souverainet\u00e9 maritime passe d\u00e9sormais par la ma\u00eetrise de la donn\u00e9e oc\u00e9anique.<br \/>\nC\u2019est ici que le discours atteint son niveau technopolitique le plus subtil. Car la donn\u00e9e environnementale, souvent consid\u00e9r\u00e9e comme neutre, est en r\u00e9alit\u00e9 un vecteur de pouvoir g\u00e9ostrat\u00e9gique. Celui qui contr\u00f4le les mod\u00e8les climatiques, les cartes de vuln\u00e9rabilit\u00e9, les flux de biodiversit\u00e9 et les capteurs satellitaires, contr\u00f4le aussi les financements, les priorit\u00e9s et les m\u00e9canismes de gouvernance.<br \/>\nEn signalant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00ab acc\u00e8s \u00e9quitable \u00e0 la technologie, \u00e0 la connaissance et \u00e0 l\u2019innovation \u00bb, Ould Merzoug d\u00e9nonce en creux l\u2019asym\u00e9trie informationnelle entre Nord et Sud, tout en appelant \u00e0 une diplomatie du savoir oc\u00e9anique fond\u00e9e sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 et la transparence.<br \/>\nEn insistant sur une coop\u00e9ration fond\u00e9e sur la solidarit\u00e9 et la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e, le ministre ne formule pas un v\u0153u pieux : il red\u00e9finit l\u2019architecture d\u2019un multilat\u00e9ralisme marin en mutation. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019ordre international postcolonial a longtemps \u00e9t\u00e9 vertical (donateur \/ r\u00e9cepteur), il propose un cosmopolitisme horizontal des littoraux, o\u00f9 les pays c\u00f4tiers du Sud seraient co-concepteurs de la gouvernance oc\u00e9anique, et non plus ses ex\u00e9cutants p\u00e9riph\u00e9riques.<br \/>\nCe positionnement appelle \u00e0 un nouveau pacte transoc\u00e9anique, o\u00f9 les savoirs endog\u00e8nes, les communaut\u00e9s c\u00f4ti\u00e8res, la soci\u00e9t\u00e9 civile scientifique et les acteurs \u00e9tatiques seraient r\u00e9unis dans une forme d\u2019\u00e9cosyst\u00e8me diplomatique in\u00e9dit.<br \/>\nLe discours d\u2019Ould Merzoug n\u2019est pas un simple exercice diplomatique. C\u2019est un manifeste technique d\u2019une souverainet\u00e9 \u00e9cologique en reconstruction, une proposition d\u2019architecture marine pour une nation qui, dans le silence de ses courants atlantiques, cherche \u00e0 articuler stabilit\u00e9 int\u00e9rieure, visibilit\u00e9 ext\u00e9rieure, et viabilit\u00e9 plan\u00e9taire.<br \/>\nCe que dit Ould Merzoug aux Nations Unies, c\u2019est que la Mauritanie n\u2019est pas un pays c\u00f4tier. Elle est d\u00e9sormais un acteur marin.<br \/>\nchronique de Mohamed Ould Echriv Echriv<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un monde o\u00f9 la g\u00e9opolitique des ressources naturelles se recompose autour de la mer, les discours \u00e9cologiques deviennent des d\u00e9clarations de souverainet\u00e9 diff\u00e9r\u00e9e. 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