{"id":16876,"date":"2025-07-14T16:15:17","date_gmt":"2025-07-14T16:15:17","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16876"},"modified":"2025-07-14T15:26:20","modified_gmt":"2025-07-14T15:26:20","slug":"nigeria-mort-de-muhammadu-buhari-ancien-putschiste-devenu-president-elu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16876","title":{"rendered":"Nigeria : mort de Muhammadu Buhari, ancien putschiste devenu pr\u00e9sident \u00e9lu"},"content":{"rendered":"<p>Il s&#8217;\u00e9tait jur\u00e9 de \u00ab redonner au Nigeria sa fiert\u00e9 et sa discipline \u00bb. Muhammadu Buhari, ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale du Nigeria, est mort dimanche \u00e0 Londres \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 81 ans, des suites d&#8217;une longue maladie, selon un communiqu\u00e9 officiel de la pr\u00e9sidence. Militaire rigide devenu civil par strat\u00e9gie, autoritaire assum\u00e9 reconverti en d\u00e9mocrate par n\u00e9cessit\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral-pr\u00e9sident aura marqu\u00e9, de mani\u00e8re plus tranch\u00e9e que nuanc\u00e9e, l&#8217;histoire politique du g\u00e9ant ouest-africain.<br \/>\nLes hommages officiels se sont multipli\u00e9s apr\u00e8s l&#8217;annonce de sa disparition. Son successeur, Bola Tinubu, a salu\u00e9 \u00ab un patriote, un soldat, un homme d&#8217;\u00c9tat dans l&#8217;\u00e2me \u00bb, tout en annon\u00e7ant l&#8217;envoi du vice-pr\u00e9sident pour rapatrier le corps de Londres. Le pr\u00e9sident sierra-l\u00e9onais Julius Maada Bio s&#8217;est dit \u00ab profond\u00e9ment attrist\u00e9 \u00bb et a exprim\u00e9 sa solidarit\u00e9 avec le peuple nig\u00e9rian. De son c\u00f4t\u00e9, Umaro Sissoco Embal\u00f3, pr\u00e9sident de Guin\u00e9e-Bissau, a rendu hommage \u00e0 \u00ab un grand homme d&#8217;\u00c9tat, un p\u00e8re pour moi \u00bb, appelant chacun \u00e0 prier pour le repos de son \u00e2me. Mais les r\u00e9actions sont aussi plus nuanc\u00e9es. \u00ab Sa mort suscite de la tristesse chez certains, de la d\u00e9sillusion chez d&#8217;autres \u00bb, commente le politologue nig\u00e9rian Afolabi Adekaiyaoja, qui y voit le reflet d&#8217;un homme rest\u00e9 incapable d&#8217;unifier un pays profond\u00e9ment divis\u00e9.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1943 \u00e0 Daura, dans le nord musulman du Nigeria, Buhari n&#8217;a jamais vraiment quitt\u00e9 les casernes, m\u00eame en costume trois pi\u00e8ces. De son enfance modeste au sein d&#8217;une fratrie de 24 enfants jusqu&#8217;\u00e0 son dernier mandat pr\u00e9sidentiel achev\u00e9 en 2023, sa vie s&#8217;est confondue avec l&#8217;histoire heurt\u00e9e du Nigeria ind\u00e9pendant, entre putschs militaires, p\u00e9trole et religion.<\/p>\n<p>Car Buhari, c&#8217;est d&#8217;abord une trajectoire de fer dans un \u00c9tat vacillant. Lieutenant lors du coup d&#8217;\u00c9tat de 1966, officier durant la guerre du Biafra (1967-1970), il participe en 1975 au renversement du g\u00e9n\u00e9ral Gowon, puis devient lui-m\u00eame chef de l&#8217;\u00c9tat apr\u00e8s le coup d&#8217;\u00c9tat de 1983. Il a alors 41 ans. L&#8217;exp\u00e9rience est br\u00e8ve, brutale et fondatrice : en vingt mois, il impose une guerre \u00e0 la corruption d&#8217;une rigueur extr\u00eame, renvoie les fonctionnaires non ponctuels, tra\u00eene ses opposants devant des tribunaux sp\u00e9ciaux. Et jette m\u00eame en prison Fela Kuti, l&#8217;ic\u00f4ne de l&#8217;afrobeat, musicien de g\u00e9nie et trublion politique, dont les chansons fustigent les militaires et d\u00e9noncent la corruption. Symbole d&#8217;une contre-culture libre et insoumise, Fela paie le prix fort pour avoir d\u00e9fi\u00e9 le pouvoir. Il qualifiera plus tard Buhari \u00ab d&#8217;animal \u00e0 peau humaine \u00bb. Le style Buhari, d\u00e9j\u00e0 brutal, s&#8217;affirme.<\/p>\n<p><strong>Un g\u00e9n\u00e9ral converti \u00e0 la d\u00e9mocratie<\/strong><br \/>\n\u00ab La discipline n&#8217;est pas un luxe mais une n\u00e9cessit\u00e9 \u00bb, r\u00e9p\u00e9tait-il alors, en lan\u00e7ant sa fameuse War Against Indiscipline. Pour beaucoup de Nig\u00e9rians, Buhari reste cette figure d&#8217;un p\u00e8re autoritaire, redout\u00e9 plus qu&#8217;aim\u00e9. Un homme de principes, au prix parfois de l&#8217;impopularit\u00e9. \u00ab Nous devons apprendre \u00e0 vivre avec moins \u00bb, disait-il encore en refusant les plans d&#8217;ajustement structurel du FMI, pr\u00e9f\u00e9rant le rationnement au diktat des bailleurs. Le naira est d\u00e9valu\u00e9, les importations restreintes, le Nigeria se replie sur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Mais le militaire ne survivra pas longtemps aux militaires : en 1985, le g\u00e9n\u00e9ral Babangida le renverse \u00e0 son tour et l&#8217;enferme pendant pr\u00e8s de trois ans. L&#8217;homme ressort diminu\u00e9, mais pas r\u00e9sign\u00e9. Il entre en politique civile \u00e0 la faveur de la d\u00e9mocratisation post-1999. Trois \u00e9checs \u00e0 la pr\u00e9sidentielle (2003, 2007, 2011), puis une victoire historique en 2015 face au pr\u00e9sident sortant Goodluck Jonathan. Une premi\u00e8re depuis le retour au multipartisme : un pouvoir battu dans les urnes, un symbole fort.<\/p>\n<p>Il a alors 72 ans, et se pr\u00e9sente comme un \u00ab converti de la d\u00e9mocratie \u00bb, selon les mots de Wole Soyinka, Prix Nobel de litt\u00e9rature. Fini le treillis kaki, place aux costumes sobres, aux pri\u00e8res collectives et aux discours d&#8217;apaisement. Il promet la fin de Boko Haram, la lutte contre les d\u00e9tournements et l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 pr\u00e9sidentielle. Mais l&#8217;homme n&#8217;a pas chang\u00e9 : aust\u00e8re, peu loquace, parfois maladif. Son absence prolong\u00e9e \u00e0 Londres pour raisons m\u00e9dicales alimente les rumeurs d&#8217;un pouvoir fant\u00f4me, tenu par une garde nordiste et militaro-religieuse.<\/p>\n<p>Le \u00ab buharisme \u00bb devient pourtant un marqueur de cette d\u00e9cennie. Un m\u00e9lange de nationalisme \u00e9conomique, de conservatisme moral et de populisme \u00e0 poigne. \u00ab Le changement est devenu une n\u00e9cessit\u00e9 pour mettre fin au d\u00e9sordre \u00e9conomique de ce pays et \u00e0 la crise de confiance du peuple avec ses leaders corrompus \u00bb, martelait-il d\u00e8s 1984, et encore lors de son retour au pouvoir civil. Un discours devenu leitmotiv, au risque de l&#8217;usure.<\/p>\n<p>Mais les promesses s&#8217;\u00e9moussent, et les r\u00e9alit\u00e9s s&#8217;imposent. Malgr\u00e9 quelques victoires militaires ponctuelles, Boko Haram poursuit ses attaques dans le Nord-Est. L&#8217;enl\u00e8vement de plus de 270 lyc\u00e9ennes \u00e0 Chibok, en 2014, puis d&#8217;autres rapt massifs dans les ann\u00e9es suivantes, symbolisent l&#8217;impuissance de l&#8217;\u00c9tat \u00e0 prot\u00e9ger ses citoyens, malgr\u00e9 les engagements martiaux du pr\u00e9sident. L&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 gagne les r\u00e9gions rurales, les bandes arm\u00e9es se multiplient, les tensions entre communaut\u00e9s s&#8217;aggravent.<\/p>\n<p><strong>Buhari laisse un Nigeria fractur\u00e9 et une d\u00e9mocratie fragile<\/strong><br \/>\nSon bilan, lui, reste contrast\u00e9. L&#8217;\u00e9conomie tourne \u00e0 vide, malgr\u00e9 la manne p\u00e9troli\u00e8re. Le ch\u00f4mage des jeunes explose, les in\u00e9galit\u00e9s persistent, la corruption se reconfigure plut\u00f4t qu&#8217;elle ne recule. Si ses partisans saluent une figure int\u00e8gre, ses d\u00e9tracteurs d\u00e9noncent un pr\u00e9sident absent, autoritaire et d\u00e9pass\u00e9. Quant au Nord, dont il est issu, il s&#8217;embrase r\u00e9guli\u00e8rement sous les coups de Boko Haram, des bandits de grand chemin ou de tensions religieuses, sans que Buhari ne parvienne \u00e0 inverser la tendance. Une d\u00e9cennie perdue, murmurent ses critiques.<\/p>\n<p>Buhari n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 un tribun, ni un r\u00e9formateur flamboyant. G\u00e9n\u00e9ral d&#8217;un autre temps, il s&#8217;abritait derri\u00e8re une morale d&#8217;acier, plus enclin \u00e0 imposer l&#8217;ordre qu&#8217;\u00e0 b\u00e2tir le consensus. La fin de son mandat en est l&#8217;illustration la plus crue : inflation galopante, p\u00e9nurie de carburant, violences polici\u00e8res. Et surtout, cette col\u00e8re port\u00e9e par une jeunesse exc\u00e9d\u00e9e, cristallis\u00e9e dans le mouvement #EndSARS, devenu le cri d&#8217;une g\u00e9n\u00e9ration contre l&#8217;impunit\u00e9 et la vie ch\u00e8re. Des dizaines de jeunes tu\u00e9s \u00e0 Lagos, Abuja ou Kano. Et un pr\u00e9sident mutique face \u00e0 la rue. Comme une boucle qui se referme.<\/p>\n<p>Son successeur, Bola Tinubu, h\u00e9rite en 2023 d&#8217;un pays ext\u00e9nu\u00e9, divis\u00e9, mais r\u00e9silient. Un Nigeria encore sur le fil, o\u00f9 la d\u00e9mocratie tient plus de la prouesse que de l&#8217;\u00e9vidence. L&#8217;h\u00e9ritage de Buhari ? Un \u00c9tat fractur\u00e9, une jeunesse en rupture, mais aussi un pays qui, malgr\u00e9 tout, a appris \u00e0 faire chuter ses idoles par les urnes.<br \/>\nhttps:\/\/www.msn.com\/fr-xl\/actualite\/other\/nigeria-mort-de-muhammadu-buhari-ancien-putschiste-devenu-pr%C3%A9sident-%C3%A9lu\/ar-AA1IwPet?ocid=msedgntp&#038;pc=U531&#038;cvid=e44a10cd92c94d0eb73ea99385ff29e3&#038;ei=28<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il s&#8217;\u00e9tait jur\u00e9 de \u00ab redonner au Nigeria sa fiert\u00e9 et sa discipline \u00bb. Muhammadu Buhari, ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale du Nigeria, est mort dimanche \u00e0 Londres \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 81 ans, des suites d&#8217;une longue maladie, selon un communiqu\u00e9 officiel de la pr\u00e9sidence. 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