{"id":16888,"date":"2025-07-15T09:31:46","date_gmt":"2025-07-15T09:31:46","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16888"},"modified":"2025-07-15T09:31:46","modified_gmt":"2025-07-15T09:31:46","slug":"marge-de-verite-le-pouvoir-ne-se-partage-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=16888","title":{"rendered":"Marge de V\u00e9rit\u00e9: &#8220;Le Pouvoir ne se partage pas&#8221;!"},"content":{"rendered":"<p>Il est des pays o\u00f9 le pouvoir se partage comme on partage un couscous d\u2019honneur : chacun y trempe la main, mais un seul en tient le plat. La Mauritanie, nation carrefour entre le d\u00e9sert et l\u2019oc\u00e9an, entre les haltes caravani\u00e8res de la parole et les silences pesants de la caserne, est de ceux-l\u00e0. Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019obsession du pouvoir indivisible s\u2019y perp\u00e9tue comme une mal\u00e9diction d&#8217;une vieille jument de race que l\u2019on ne vend jamais, mais que l\u2019on fait tourner autour de la tente pour rappeler qu\u2019un seul tient la bride.<br \/>\nLe S\u00e9n\u00e9gal voisin, r\u00e9cemment travers\u00e9 par la houle des tensions entre Sonko et Diomaye, nous offre un miroir invers\u00e9. Un roi sans couronne et un pr\u00e9sident qui peine \u00e0 r\u00e9gner seul, th\u00e9\u00e2tre d\u2019un pouvoir bic\u00e9phale n\u00e9 d\u2019un pari trop parfait. Or cette tentative, qui finit en sc\u00e8ne de m\u00e9nage r\u00e9publicain, n\u2019est que l\u2019\u00e9cho moderne d\u2019une le\u00e7on ancienne que la Mauritanie n\u2019a cess\u00e9 de rejouer, de Moktar Ould Daddah \u00e0 Mohamed Ould Ghazouani : le pouvoir, ici, ne se partage pas ; il se concentre, se dispute, ou se confisque.<br \/>\nDans les ann\u00e9es fondatrices, Moktar Ould Daddah, r\u00eava un moment de transposer le mod\u00e8le parlementaire fran\u00e7ais. Il convoqua alors son fid\u00e8le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la pr\u00e9sidence, Mohamed Aly Ch\u00e9rif, l\u2019homme de l\u2019ombre et de la plume, pour lui proposer de cr\u00e9er un poste de Premier ministre \u2014 un embryon de partage, un frisson d\u2019\u00e9quilibre. Mais le vieux lettr\u00e9, fin connaisseur des hommes, d\u00e9clina. Il savait, dans son silence \u00e9loquent, que le pouvoir partag\u00e9 en Mauritanie est un mirage de dune : il s\u2019\u00e9loigne \u00e0 mesure qu\u2019on le poursuit.<br \/>\nLes ann\u00e9es militaires qui suivirent furent une litanie de comit\u00e9s, de conseils, de noms qu\u2019on changeait comme des uniformes : CMSN, CMRN, CRMN&#8230; autant de sigles que de serments non tenus. L\u2019espoir a souvent port\u00e9 des noms d\u2019hommes braves : Ahmed Ould Bouceif, l\u2019homme d\u2019\u00c9tat par excellence, emport\u00e9 trop t\u00f4t dans les eaux troubles de Dakar ; Jiddou Ould Saleck, esprit brillant et form\u00e9 \u00e0 Saint-Cyr, dont le destin fut \u00e9touff\u00e9 dans l\u2019\u0153uf par le poids du soup\u00e7on.<br \/>\nPuis vint Ha\u00efdalla, renvers\u00e9 par son Premier ministre Maaouiya Ould Sid\u2019Ahmed Taya \u2014 preuve que m\u00eame lorsqu\u2019un partage existe, il finit le plus souvent en trahison.<br \/>\nMaaouiya, ancien ma\u00eetre des renseignements, gouverna comme on interroge un prisonnier : avec prudence, isolement, et m\u00e9fiance absolue. Il finit renvers\u00e9 par ceux qui lui \u00e9taient les plus proches : Mohamed Ould Abdel Aziz, chef du BASEP, et Ely Ould Mohamed Vall, directeur g\u00e9n\u00e9ral de la S\u00fbret\u00e9, intellectuel raffin\u00e9 et r\u00e9publicain contrari\u00e9.<br \/>\nTous deux mirent en sc\u00e8ne une transition exemplaire, mais d\u00e9j\u00e0 l\u2019esprit du partage s\u2019effritait : Aziz voulait \u00e9courter le calendrier, Ely r\u00e9sistait. Ce fut une querelle entre l\u2019homme d\u2019appareil et le r\u00e9publicain de principes.<br \/>\nIls tomb\u00e8rent d\u2019accord sur un compromis : Sidi Ould Cheikh Abdallahi, un homme honorable, mais mall\u00e9able. Et voil\u00e0 que m\u00eame dans ce choix, la division de l\u2019opposition \u2014 et le soutien discret d\u2019une frange d\u2019Aziziens \u2014 emp\u00eacha Ahmed Ould Daddah de s\u2019imposer.<br \/>\nMais d\u00e8s que SIDIOCA tenta de gouverner sans s\u2019agenouiller, il fut balay\u00e9. Retour \u00e0 la case d\u00e9part.<br \/>\nVient le pr\u00e9sident Ba Mamadou M&#8217;Bar\u00e9, qui voulut s\u2019installer \u00e0 la r\u00e9sidence officielle du Chef de l&#8217;\u00c9tat vit opposer une fin de non-recevoir : &#8220;les locaux sont en r\u00e9fection&#8221;. M\u00eame le mobilier du pouvoir, ici, ne se partage pas.<br \/>\nAziz r\u00e8gne, seul ma\u00eetre du jeu. Deux mandats d\u2019un pouvoir dur, verrouill\u00e9, sans partage. Puis l\u2019illusion du legs : Mohamed Ould Ghazouani, le fr\u00e8re d\u2019armes, l\u2019ami de toujours. Sauf que dans la tradition hassanienne, le cavalier descend toujours de sa monture lorsqu\u2019il d\u00e9couvre que le cheval a appris \u00e0 marcher seul. Aziz crut que l\u2019UPR \u00e9tait sa selle, que le pouvoir \u00e9tait sa bride. Il d\u00e9couvre que le pouvoir est une monture farouche : quand on la quitte, elle n\u2019\u00e9coute plus.<br \/>\nAujourd\u2019hui, au S\u00e9n\u00e9gal, les tensions entre Sonko et Diomaye rappellent la trag\u00e9die mauritanienne en miroir. Le faiseur de roi veut encore parler au nom du roi. Mais le roi, une fois \u00e9lu, veut sa propre voix.<br \/>\nC\u2019est la crise Senghor\u2013Mamadou Dia de 1962 qui revient, recycl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e8re des r\u00e9seaux. Comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Moktar, on croit qu\u2019on peut faire cohabiter deux pouvoirs, deux l\u00e9gitimit\u00e9s, deux lign\u00e9es : celle du charisme populaire et celle de la l\u00e9galit\u00e9 constitutionnelle.<br \/>\nMais, comme dans les r\u00e9cits hassaniens, deux \u00e9mirs ne peuvent coexister dans le m\u00eame enclos, sauf \u00e0 ce que l\u2019un tresse l\u2019\u00e9loge pendant que l\u2019autre tient l\u2019\u00e9p\u00e9e. Et Sonko n\u2019est ni un griot, ni un courtisan.<br \/>\nLa Mauritanie n\u2019a jamais su \u2014 ou voulu \u2014 partager le pouvoir. Elle sait l\u2019ordonner, le capturer, le verrouiller. Elle sait produire des hommes forts, des \u00e9quilibristes, des strat\u00e8ges&#8230;<br \/>\nQuand le pouvoir devient trop personnel, il devient p\u00e9rissable. Quand il refuse le partage, il finit par \u00eatre bris\u00e9. L\u2019histoire politique mauritanienne, comme une grande \u00e9pop\u00e9e hassanienne, est peupl\u00e9e d\u2019\u00e9mirs trahis, de g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9\u00e7us, de pr\u00e9sidents solitaires.<br \/>\nEt pourtant, l\u2019espoir subsiste. Peut-\u00eatre viendra un jour un leader qui comprendra que dans le d\u00e9sert, ce n\u2019est pas celui qui tient la bride, mais celui qui sait d\u00e9l\u00e9guer, qui arrive au puits vivant.<br \/>\nChronique (qui revient) de Mohamed Ould Echriv Echriv<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des pays o\u00f9 le pouvoir se partage comme on partage un couscous d\u2019honneur : chacun y trempe la main, mais un seul en tient le plat. La Mauritanie, nation carrefour entre le d\u00e9sert et l\u2019oc\u00e9an, entre les haltes caravani\u00e8res de la parole et les silences pesants de la caserne, est de ceux-l\u00e0. 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