{"id":17211,"date":"2025-07-29T12:58:43","date_gmt":"2025-07-29T12:58:43","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=17211"},"modified":"2025-07-29T13:01:14","modified_gmt":"2025-07-29T13:01:14","slug":"marges-de-verite-au-dela-des-maux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=17211","title":{"rendered":"Marges de v\u00e9rit\u00e9: Au-del\u00e0 des \u00abmaux\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>En Mauritanie chaque d\u00e9claration publique rel\u00e8ve non d\u2019une simple communication mais d\u2019une mise en sc\u00e8ne politique de haute facture, o\u00f9 l\u2019on joue moins \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire croire. C\u2019est dans ce th\u00e9\u00e2tre que s\u2019inscrit le message audio de Biram Dah Abeid du 28 juillet 2025 \u2014 un texte \u00e0 la fois appel, r\u00e9primande, et all\u00e9geance crypt\u00e9e \u2014 destin\u00e9 officiellement \u00e0 ses &#8220;ma\u00eetres&#8221; en militantisme, mais en r\u00e9alit\u00e9 dirig\u00e9 \u00e0 l\u2019orchestre occulte de la transition en cours.<\/p>\n<p>Biram cite trois figures politiques: Lo Gourmo Abdoul, Mohamed Ould Maouloud, et Samba Thiam. Tous ont, \u00e0 des degr\u00e9s divers, port\u00e9 un pan de l\u2019opposition historique. Rien \u00e0 redire sur leur parcours. Mais l\u2019omission est ici plus bavarde que l\u2019\u00e9loge. Trois silences fendent le message comme des crevasses :<\/p>\n<p>Massoud Ould Boulkheir, signataire fondateur de la fameuse Lettre des Cinquante en 1991, v\u00e9ritable Acte I de l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9mocratique mauritanienne, p\u00e8re civil de l\u2019ouverture pluraliste ;<\/p>\n<p>Ahmed Ould Daddah, qui abdiqua une carri\u00e8re prestigieuse \u00e0 la Banque mondiale pour planter la graine d\u2019une opposition int\u00e9rieure \u00e0 visage d\u00e9couvert dans les ann\u00e9es 1990 ;<\/p>\n<p>Et le Chef de l\u2019Opposition D\u00e9mocratique (COD), autorit\u00e9 institutionnelle et non-nomm\u00e9e, dont le silence programm\u00e9 ici s\u2019apparente \u00e0 un effacement calcul\u00e9.<\/p>\n<p>Pourquoi donc ce tri s\u00e9lectif de figures embl\u00e9matiques ? Il faut ici quitter la surface de la parole pour sonder les abysses de l\u2019intention.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur apparent du message est une question: Comment pouvez-vous, mes a\u00een\u00e9s, continuer \u00e0 croire \u00e0 un dialogue national, alors que le pouvoir vous humilie par la r\u00e9pression ?<\/p>\n<p>Mais en r\u00e9alit\u00e9, la cible n\u2019est pas le pouvoir : elle est double.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le pr\u00e9sident Ghazouani est \u00e9voqu\u00e9 indirectement, via la figure-pivot de son &#8220;porte parole politique&#8221;, le pr\u00e9sident du parti Insaf, dont Biram met en cause la duplicit\u00e9.<\/p>\n<p>De l\u2019autre, les trois &#8220;ma\u00eetres&#8221; sont discr\u00e8tement renvoy\u00e9s \u00e0 leur na\u00efvet\u00e9 suppos\u00e9e : comment osez-vous pr\u00eacher la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 alors qu&#8217;on pi\u00e9tine vos principes sous vos yeux?<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 tout le paradoxe du discours de Biram : il ne rejette pas le dialogue, mais il sabote moralement ses promoteurs. Il ne combat pas frontalement le pouvoir, mais isole ses interlocuteurs en semant le doute sur leur sinc\u00e9rit\u00e9. C\u2019est une man\u0153uvre d\u2019extraction symbolique, une fa\u00e7on de se repositionner comme seul p\u00f4le l\u00e9gitime de la contestation, face \u00e0 une opposition \u00abcoop\u00e9rative \u00bb, donc \u00ab compromise \u00bb.<\/p>\n<p>Et c\u2019est ici que le nom de Samba Thiam devient le r\u00e9v\u00e9lateur. Samba n\u2019est pas un acteur neutre dans ce triptyque. Il est li\u00e9 organiquement \u00e0 Biram, au point que toute prise de position publique de l\u2019un implique n\u00e9cessairement l\u2019aval de l\u2019autre. Cette complicit\u00e9 fusionnelle fait du message un jeu de miroir \u00e0 deux faces :<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, Biram s\u2019adresse \u00e0 Samba comme \u00e0 un pair dans la lutte historique ;<\/p>\n<p>De l\u2019autre, il le prend \u00e0 t\u00e9moin contre lui-m\u00eame, le for\u00e7ant \u00e0 choisir : la loyaut\u00e9 envers le pouvoir ou la fid\u00e9lit\u00e9 aux principes ?<\/p>\n<p>Mais ce dilemme est un leurre. En r\u00e9alit\u00e9, Biram rappelle \u00e0 Samba leur pacte originel : Tu ne peux pas franchir seul le Rubicon du dialogue sans moi.<\/p>\n<p>En \u00e9ludant Massoud et Daddah, Biram d\u00e9territorialise la m\u00e9moire de l\u2019opposition: il la recentre sur un triptyque (Lo \u2013 Maouloud \u2013 Thiam) dans lequel il est le quatri\u00e8me terme implicite. Ce faisant, il r\u00e9cuse la g\u00e9ographie classique des luttes d\u00e9mocratiques (Massoud = justice sociale, Daddah = souverainisme \u00e9conomique, COD = l\u00e9gitimit\u00e9 institutionnelle) pour imposer une lecture racialis\u00e9e et radicalis\u00e9e du rapport \u00e0 l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9vocation des arrestations \u00e0 Nouadhibou n\u2019est donc pas un cri humaniste, mais un levier de d\u00e9l\u00e9gitimation : vous ne pouvez plus croire au dialogue si des jeunes militants sont jet\u00e9s en prison comme des criminels.<\/p>\n<p>Ce message ne vise pas \u00e0 construire un front. Il vise \u00e0 d\u00e9manteler les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019un front alternatif, en particulier celui que tente de constituer la frange mod\u00e9r\u00e9e de l\u2019opposition avec le pouvoir. Car si dialogue il doit y avoir, il ne peut advenir que sous l\u2019h\u00e9g\u00e9monie narrative de Biram \u2014 en tant que seul acteur \u00e0 avoir souffert, cri\u00e9, d\u00e9nonc\u00e9, pay\u00e9, et persist\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est en cela que ce message est un manifeste d\u2019exclusivit\u00e9: tout dialogue qui s\u2019op\u00e9rera sans son aval n\u2019est pas un dialogue. Il est trahison. Et tout acteur qui accepte de dialoguer devient complice, moralement disqualifi\u00e9.<\/p>\n<p>Le message du 28 juillet 2025 n\u2019est pas un simple texte de protestation. C\u2019est une op\u00e9ration politique d\u2019orf\u00e8vrerie, o\u00f9 chaque mot p\u00e8se le poids d\u2019un silence, chaque hommage cache une critique, chaque appel \u00e0 la r\u00e9flexion est une convocation \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance.<\/p>\n<p>Biram, dans ce texte, se pose en chef spirituel entour\u00e9 de disciples d\u00e9chus, en voix solitaire de l\u2019horizontalit\u00e9 citoyenne face \u00e0 une opposition reconfigur\u00e9e par le verticalisme du pouvoir.<\/p>\n<p>Les intellectuels, s\u2019ils veulent d\u00e9crypter ce message, doivent lire au-del\u00e0 du ton indign\u00e9, pour y voir un discours de monopole narratif : celui d\u2019un homme qui refuse de partager la sc\u00e8ne tant que les projecteurs ne sont pas centr\u00e9s sur lui.<br \/>\nMohamed Ould Echriv Echriv<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Mauritanie chaque d\u00e9claration publique rel\u00e8ve non d\u2019une simple communication mais d\u2019une mise en sc\u00e8ne politique de haute facture, o\u00f9 l\u2019on joue moins \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire croire. C\u2019est dans ce th\u00e9\u00e2tre que s\u2019inscrit le message audio de Biram Dah Abeid du 28 juillet 2025 \u2014 un texte \u00e0 la fois appel, r\u00e9primande, et all\u00e9geance &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17044,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,31],"tags":[],"class_list":["post-17211","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-politique-et-reportages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17211"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17211\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17214,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17211\/revisions\/17214"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/17044"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17211"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}