{"id":17362,"date":"2025-08-03T12:39:41","date_gmt":"2025-08-03T12:39:41","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=17362"},"modified":"2025-08-03T12:39:41","modified_gmt":"2025-08-03T12:39:41","slug":"marges-de-verite-lincendie-commence-toujours-par-une-etincelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=17362","title":{"rendered":"Marges de v\u00e9rit\u00e9: &#8220;L\u2019incendie commence toujours par une \u00e9tincelle.&#8221;"},"content":{"rendered":"<p>Il est des moments o\u00f9 la parole, plut\u00f4t que d\u2019\u00e9clairer le d\u00e9bat, l\u2019assombrit dangereusement. L\u2019\u00e9mission en wolof diffus\u00e9e sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision s\u00e9n\u00e9galaise TFM, consacr\u00e9e \u00e0 la diaspora, aurait pu \u2013 aurait d\u00fb \u2013 \u00eatre un espace de r\u00e9flexion, de partage d\u2019exp\u00e9riences et de construction d\u2019un avenir commun. Elle s\u2019est transform\u00e9e, h\u00e9las, en tribune d\u2019un discours clivant, charg\u00e9 de ressentiments mal dig\u00e9r\u00e9s et de fantasmes g\u00e9opolitiques aussi irr\u00e9alistes qu\u2019inacceptables.<br \/>\nCar que faut-il penser d\u2019un invit\u00e9, en l\u2019occurrence l\u2019ancien pr\u00e9sident des S\u00e9n\u00e9galais de Libye, M. Youssoupha Mbengue, qui se permet de sugg\u00e9rer \u2013 sans trembler \u2013 une ing\u00e9rence s\u00e9n\u00e9galaise dans les affaires internes de la Mauritanie ? Et ce, au nom d\u2019une lecture raciale de la d\u00e9mographie, comme si l\u2019Histoire pouvait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une simple \u00e9quation chromatique ? Ce n\u2019est plus de l\u2019analyse, c\u2019est une provocation. Ce n\u2019est plus un t\u00e9moignage, c\u2019est une incitation.<br \/>\nLe d\u00e9cor lui-m\u00eame en disait long. Une \u00e9mission en wolof, ouverte par l\u2019animatrice Kebs Thiam qui, avant m\u00eame d\u2019ouvrir la bouche, s\u2019appliquait \u00e0 redresser son collier en pacotille, ajuster son boubou couleur Coca-Cola et recadrer ses sandales roses : un carnaval de tons mal accord\u00e9s, comme si la palette avait \u00e9t\u00e9 m\u00e9lang\u00e9e par un peintre daltonien sous acide. Face \u00e0 elle, Youssoupha Mbengue, drap\u00e9 dans un boubou moutarde aux reflets poussi\u00e9reux, coiff\u00e9 d\u2019un bonnet s\u00e9n\u00e9galais bleu roi, camp\u00e9 dans des sandales d\u2019un bleu criard. Un cocktail visuel qui n\u2019a rien \u00e0 envier aux exp\u00e9rimentations cubistes \u2014 sauf qu\u2019ici, il ne s\u2019agissait pas d\u2019art, mais d\u2019un d\u00e9sastre chromatique t\u00e9l\u00e9vis\u00e9.<br \/>\nEt le contenu, h\u00e9las, n\u2019a rien rattrap\u00e9. L\u2019invit\u00e9, s\u00fbr de lui comme seuls les ignorants savent l\u2019\u00eatre, s\u2019est lanc\u00e9 dans une s\u00e9rie de contrev\u00e9rit\u00e9s avec une aisance d\u00e9sarmante. Il \u00e9voque le rapatriement impossible des S\u00e9n\u00e9galais de Libye, donne des chiffres sortis d\u2019on ne sait quel chapeau, et ponctue ses absurdit\u00e9s par la formule typique des menteurs exp\u00e9riment\u00e9s : \u00ab Si je ne me trompe pas\u2026 \u00bb \u2014 ce qui, vu l\u2019expression de son visage, relevait moins du doute que du rituel.<br \/>\nCe Youssoupha, qui affirme avoir pass\u00e9 \u00ab 15 ans en Libye \u00bb, semble en effet marqu\u00e9 par un exil int\u00e9rieur non r\u00e9solu. L\u2019homme parle comme s\u2019il avait pris le Livre Vert de Kadhafi pour une constitution personnelle. Verbe confus, m\u00e9moire s\u00e9lective, raisonnement circulaire : les cicatrices de Tripoli sont visiblement encore fra\u00eeches. Et au lieu de panser ses plaies, il choisit de projeter ses troubles sur des peuples voisins.<br \/>\nMais avant de vouloir &#8220;dresser&#8221; la Mauritanie, ne serait-il pas plus sain de r\u00e9gler d\u2019abord ses comptes avec la r\u00e9alit\u00e9 ? Avec ses chiffres, son r\u00f4le pass\u00e9, ses responsabilit\u00e9s ? La dignit\u00e9 ne commence-t-elle pas par une parole v\u00e9rifi\u00e9e, pes\u00e9e, respectueuse ? Or ici, nous n\u2019avions ni donn\u00e9es, ni lucidit\u00e9, ni m\u00eame d\u00e9cence.<br \/>\nLa Mauritanie n\u2019est pas un th\u00e9\u00e2tre de projection pour les frustrations r\u00e9gionales, encore moins un \u00e9chiquier sur lequel les citoyens d\u2019autres \u00c9tats pourraient d\u00e9placer les pions \u00e0 leur convenance. La souverainet\u00e9 d\u2019un peuple n\u2019est pas un bien meuble. Elle ne se pr\u00eate pas, ne se vend pas, ne se partage pas \u00e0 la carte. Elle s\u2019affirme, se construit, se d\u00e9fend, parfois dans la douleur, mais toujours dans la dignit\u00e9.<br \/>\nLe tissu riche de la soci\u00e9t\u00e9 mauritanienne ne peut \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 des lectures binaires. Ce serait oublier l\u2019histoire, les r\u00e9sistances, les m\u00e9tissages, les alliances politiques et les luttes partag\u00e9es. Ce serait aussi trahir la m\u00e9moire des intellectuels, des artistes, des militants \u2013 noirs, blancs, m\u00e9tis \u2013 qui, depuis l\u2019ind\u00e9pendance, ont b\u00e2ti ensemble une R\u00e9publique aux contours bien r\u00e9els.<br \/>\nCe pont symbolique et concret entre les deux Rosso n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 construit pour devenir le support de discours haineux ou d\u2019intentions subversives. Il est le rappel d\u2019une histoire partag\u00e9e, de familles \u00e9parpill\u00e9es de part et d\u2019autre du fleuve, d\u2019\u00e9conomies imbriqu\u00e9es et de cultures entrelac\u00e9es. Menacer cet \u00e9quilibre par des mots mal pes\u00e9s, c\u2019est jouer avec une corde tendue entre deux peuples fr\u00e8res.<br \/>\nEt s\u2019il fallait un rappel : quiconque viendrait, l\u2019esprit gonfl\u00e9 d\u2019arrogance, pr\u00e9tendre &#8220;changer la donne&#8221; en Mauritanie, d\u00e9couvrirait que le pont de Rosso, s\u2019il relie les peuples, sait aussi suspendre haut les illusions, parfois m\u00eame les plus intimes. Il est des lieux o\u00f9 la suffisance se d\u00e9sint\u00e8gre en silence.<br \/>\nLa libert\u00e9 d\u2019expression ne peut \u00eatre invoqu\u00e9e pour justifier le sabotage des \u00e9quilibres nationaux. Il ne s\u2019agit pas ici de pol\u00e9miquer, mais de pr\u00e9venir. L\u2019incendie commence toujours par une \u00e9tincelle. \u00c0 ceux qui, par ignorance ou calcul, s\u2019imaginent qu\u2019on peut manipuler des tensions intercommunautaires comme on anime un d\u00e9bat de plateau, il faut r\u00e9pondre par la rigueur, la fermet\u00e9, et surtout par la hauteur.<br \/>\nCar si les mots ont un poids, alors ils ont aussi une responsabilit\u00e9. Et certains devraient apprendre \u00e0 les porter avant de pr\u00e9tendre les imposer aux autres.<br \/>\nMohamed Ould Echriv Echriv<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des moments o\u00f9 la parole, plut\u00f4t que d\u2019\u00e9clairer le d\u00e9bat, l\u2019assombrit dangereusement. L\u2019\u00e9mission en wolof diffus\u00e9e sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision s\u00e9n\u00e9galaise TFM, consacr\u00e9e \u00e0 la diaspora, aurait pu \u2013 aurait d\u00fb \u2013 \u00eatre un espace de r\u00e9flexion, de partage d\u2019exp\u00e9riences et de construction d\u2019un avenir commun. 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