{"id":17496,"date":"2025-08-11T16:16:29","date_gmt":"2025-08-11T16:16:29","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=17496"},"modified":"2025-08-11T16:16:29","modified_gmt":"2025-08-11T16:16:29","slug":"marges-de-verite-gouverner-cest-prevoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=17496","title":{"rendered":"Marges de v\u00e9rit\u00e9: &#8220;Gouverner, c&#8217;est pr\u00e9voir&#8221;!"},"content":{"rendered":"<div class=\"xdj266r x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">L\u2019histoire de Nouakchott est une longue n\u00e9gociation avec l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus vital : l\u2019eau. D\u00e8s sa fondation, la capitale a port\u00e9 dans son berceau la marque d\u2019un paradoxe : na\u00eetre sur un littoral d\u00e9sertique, adoss\u00e9 \u00e0 l\u2019Atlantique, mais sans acc\u00e8s s\u00fbr ni constant \u00e0 l\u2019eau douce. Jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1973, la question du ravitaillement fut d\u2019une gravit\u00e9 exceptionnelle, au point d\u2019hypoth\u00e9quer l\u2019avenir m\u00eame de la jeune capitale.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">L\u2019usine de dessalement mise en exploitation entre 1967 et 1972, encore exp\u00e9rimentale, avait dans un premier temps apais\u00e9 les angoisses. Mais les pannes r\u00e9currentes, les co\u00fbts prohibitifs \u2014 lourdement subventionn\u00e9s sur un budget d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 extr\u00eame \u2014 et la croissance d\u00e9mographique aliment\u00e9e par la grande s\u00e9cheresse des ann\u00e9es 1970 rendirent vite ses capacit\u00e9s d\u00e9risoires. Avant elle, Nouakchott tirait son eau de Rosso, \u00e0 plus de deux cents kilom\u00e8tres par une route alors en ruine, et d\u2019Idini, \u00e0 soixante kilom\u00e8tres, par des pistes parmi les plus inaccessibles du pays. Sept \u00e0 dix heures \u00e9taient n\u00e9cessaires pour un simple aller-retour, avec des citernes qui s\u2019usaient aussi vite que l\u2019espoir des habitants.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">En 1970, la population avait franchi le cap des cinquante mille habitants. Le temps pressait. Deux soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es, fran\u00e7aise et allemande, propos\u00e8rent un projet d\u2019adduction depuis Idini, soutenu par leurs gouvernements respectifs. Mais les co\u00fbts, ajout\u00e9s aux remboursements de l\u2019usine de dessalement, \u00e9taient insupportables pour un \u00c9tat dont le budget annuel ne d\u00e9passait pas 6 milliards d\u2019ouguiyas.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">C\u2019est dans ce contexte d\u2019impasse qu\u2019un geste diplomatique allait changer l\u2019histoire. Vers la fin de 1970, lors d\u2019un d\u00eener, l\u2019ambassadeur de la R\u00e9publique populaire de Chine confia \u00e0 Mohamed Ould Daddah et \u00e0 Mohamed Aly Ch\u00e9rif, alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Pr\u00e9sidence, que la situation de l&#8217;approvisionnement en potable \u00e0 Nouakchott l\u2019inqui\u00e9tait. Mohamed Aly Ch\u00e9rif saisit imm\u00e9diatement la port\u00e9e de cette remarque et sollicita l\u2019aide de P\u00e9kin. Malgr\u00e9 ses propres difficult\u00e9s, la Chine \u00e9tudia la question, mobilisa ses moyens humains et mat\u00e9riels, et lan\u00e7a un projet ambitieux. Le 3 d\u00e9cembre 1973, l\u2019inauguration de la station d&#8217;Idini marqua un tournant : pour la premi\u00e8re fois, Nouakchott disposait d\u2019une infrastructure d\u2019approvisionnement con\u00e7ue pour ses besoins r\u00e9els.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">Cet \u00e9pisode t\u00e9moigne d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration visionnaire. Moktar Ould Daddah et ses \u00e9quipes, malgr\u00e9 des moyens d\u00e9risoires, pensaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 des solutions structurelles comme la d\u00e9pression de l\u2019Aftout Sahli. Gouverner, pour eux, c\u2019\u00e9tait pr\u00e9voir \u2014 anticiper sur plusieurs d\u00e9cennies les besoins vitaux d\u2019une capitale qui n\u2019atteignait pas encore cent mille \u00e2mes.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">Apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de 1978, le pays entra dans une \u00e8re o\u00f9 la m\u00e9diocrit\u00e9 devint doctrine. Les programmes d\u2019ajustement structurel, les financements concessionnels des fonds arabes et africains, ainsi que des centaines de millions de dollars de la Banque africaine de d\u00e9veloppement furent engloutis dans le secteur de l\u2019eau. Mais au lieu d\u2019un saut qualitatif, ce fut la spirale des d\u00e9tournements, des projets inachev\u00e9s et de l\u2019absence de planification. Pas m\u00eame une nouvelle usine de dessalement n\u2019a vu le jour, malgr\u00e9 un budget national aujourd\u2019hui sup\u00e9rieur \u00e0 1 200 milliards d\u2019ouguiyas, sans compter les apports massifs des bailleurs internationaux.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">Aujourd\u2019hui, Nouakchott d\u00e9passe le million d\u2019habitants. La ville s\u2019\u00e9tend horizontalement, multipliant les d\u00e9fis d\u2019adduction et de maintenance. La situation actuelle \u2014 coupures prolong\u00e9es, absence de r\u00e9serve strat\u00e9gique, maintenance insuffisante \u2014 n\u2019est pas une fatalit\u00e9 : c\u2019est le r\u00e9sultat d\u2019un court-termisme politique qui a remplac\u00e9 la vision par l\u2019improvisation.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">Comme le rappelait Bay Pekha, \u00ab sans eau, on ne cr\u00e9e pas de peuple sur nos c\u00f4tes \u00bb. Les Imraguen, derniers t\u00e9moins d\u2019une pr\u00e9sence humaine p\u00e9renne sur le littoral mauritanien, disparaissent peu \u00e0 peu, tandis que la mer reste pour nous une fronti\u00e8re au lieu d\u2019\u00eatre une ressource.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a\">\n<div dir=\"auto\">La jeune ministre de l\u2019Hydraulique, en premi\u00e8re ligne dans cette crise, porte aujourd\u2019hui le poids d\u2019un h\u00e9ritage lourd et d\u2019un syst\u00e8me qui cherche des coupables plut\u00f4t que des solutions. Mais la v\u00e9rit\u00e9 est ailleurs : on paie aujourd\u2019hui le prix des fautes d\u2019hier. L\u2019eau n\u2019est pas qu\u2019un service public ; elle est la condition m\u00eame de la continuit\u00e9 de la capitale. Et gouverner, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9viter que le robinet de la m\u00e9moire ne se ferme.<\/div>\n<div dir=\"auto\">Mohamed Ould Echriv Echriv<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire de Nouakchott est une longue n\u00e9gociation avec l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus vital : l\u2019eau. D\u00e8s sa fondation, la capitale a port\u00e9 dans son berceau la marque d\u2019un paradoxe : na\u00eetre sur un littoral d\u00e9sertique, adoss\u00e9 \u00e0 l\u2019Atlantique, mais sans acc\u00e8s s\u00fbr ni constant \u00e0 l\u2019eau douce. 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