{"id":20115,"date":"2026-01-15T11:35:59","date_gmt":"2026-01-15T11:35:59","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=20115"},"modified":"2026-01-15T11:35:59","modified_gmt":"2026-01-15T11:35:59","slug":"presidentielle-en-ouganda-un-vote-sous-tension-entre-fracture-generationnelle-et-test-de-confiance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=20115","title":{"rendered":"Pr\u00e9sidentielle en Ouganda: un vote sous tension, entre fracture g\u00e9n\u00e9rationnelle et test de confiance"},"content":{"rendered":"<p>Quelque 21,6 millions d\u2019\u00e9lecteurs sont appel\u00e9s aux urnes en Ouganda o\u00f9 les bureaux de vote ont ouvert pour les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales ce jeudi 15 janvier. Le pr\u00e9sident sortant Yoweri Museveni, qui a pris le pouvoir en janvier 1986, il y a un peu plus de quarante ans, brigue un septi\u00e8me mandat face \u00e0 sept candidats dont son principal rival, l\u2019opposant Bobi Wine. L\u2019ONU et Amnesty International ont mis en garde contre un climat de r\u00e9pression et de restrictions, alors que le r\u00e9gime a coup\u00e9 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019internet et renforc\u00e9 son dispositif s\u00e9curitaire.<br \/>\nEn Ouganda, qui n\u2019a jamais connu d\u2019alternance pr\u00e9sidentielle pacifique depuis son ind\u00e9pendance en 1962, \u00ab beaucoup d\u2019\u00e9lecteurs n\u2019ont aucun souvenir des circonstances ayant conduit Yoweri Museveni au pouvoir, et ils veulent du changement. \u00bb Pour l\u2019analyste Alex Vines, directeur du programme Afrique \u00e0 l&#8217;European council on foreign relations (ECFR), tout l\u2019enjeu est l\u00e0 : un scrutin qui met face \u00e0 face une promesse de continuit\u00e9, et une jeunesse qui entend rompre avec le pass\u00e9 et regarde vers l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Tout un pays semble vivre au ralenti. Mercredi 14 janvier, \u00e0 la veille du scrutin, l\u2019Ouganda donnait l\u2019impression de retenir son souffle. \u00c0 Kampala, depuis mardi soir, les militaires \u00e9taient visibles \u00e0 plusieurs carrefours, la circulation \u00e9tait clairsem\u00e9e, au moment o\u00f9 les connexions internet venaient d\u2019\u00eatre coup\u00e9es dans l\u2019ensemble du pays. Plus au nord, \u00e0 Lira, une m\u00eame sensation de ville fig\u00e9e. \u00ab Pas de circulation, les rues sont d\u00e9sertes \u00bb, raconte JB Jackson, commer\u00e7ant, joint par t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Aux Ougandais priv\u00e9s de r\u00e9seau, les autorit\u00e9s expliquent vouloir pr\u00e9venir la d\u00e9sinformation, les fraudes et les appels \u00e0 la violence. Des arguments que rejette Amnesty International. L\u2019ONG exige \u00ab d\u2019urgence \u00bb la lev\u00e9e de ces restrictions. Elle d\u00e9nonce une entrave \u00e0 l\u2019information \u00e0 l\u2019approche d\u2019un scrutin crucial et une tentative d\u2019emp\u00eacher la transparence du vote. Dans le m\u00eame esprit, le Haut-Commissariat de l\u2019ONU aux droits de l\u2019homme a mis en garde contre un environnement de \u00ab r\u00e9pression et intimidation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00bb, visant notamment l\u2019opposition, les d\u00e9fenseurs des droits et les journalistes.<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage et le r\u00e9cit de la stabilit\u00e9<br \/>\nYoweri Museveni gouverne le pays depuis 1986. Dans son camp, l\u2019argument central tient en un mot : stabilit\u00e9. Cela en accr\u00e9ditant l\u2019id\u00e9e que le pays a d\u00e9sormais tourn\u00e9 la page apr\u00e8s des d\u00e9cennies de chaos politique et de violence, et que la priorit\u00e9 est aujourd\u2019hui d\u2019\u00e9viter tout retour en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019est ce sch\u00e9ma narratif que d\u00e9fend avec force Kenneth Omona, ministre d\u2019\u00c9tat charg\u00e9 de la r\u00e9habilitation du Nord de l\u2019Ouganda et cadre du parti au pouvoir, le Mouvement national de r\u00e9sistance (NRM). Il rejette les critiques sur la long\u00e9vit\u00e9 du r\u00e9gime et assume le mod\u00e8le d\u2019un pouvoir sans limite temporelle incarn\u00e9 par Museveni : \u00ab Quarante ans de stabilit\u00e9, c\u2019est trop long ? Pas du tout ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 cet effet, Kenneth Omona mentionne le cas de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, o\u00f9 les dirigeants changent, rappelle-t-il, mais \u00ab la stabilit\u00e9 n\u2019est toujours pas au rendez-vous \u00bb. Il revendique, pour le nord de l\u2019Ouganda, une \u00ab paix relative \u00bb et l\u2019espoir d\u2019une transformation \u00e9conomique, avec l\u2019arriv\u00e9e annonc\u00e9e des revenus p\u00e9troliers. Il balaie aussi l\u2019id\u00e9e que le NRM aurait fait perdurer les probl\u00e8mes du pass\u00e9. Avant l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de son mouvement politique, assure-t-il, le pays \u00ab souffrait de corruption et de mauvaise gestion \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Nouveau d\u00e9part \u00bb : promesse de l\u2019opposition, et bataille des mots<br \/>\nEn face, la Plateforme de l&#8217;unit\u00e9 nationale (NUP) \u2014 le parti de Bobi Wine \u2014 conteste ce r\u00e9cit et renverse l\u2019accusation. La corruption, affirme le candidat, reste au c\u0153ur du syst\u00e8me actuel. Ben Byamugisha, membre du comit\u00e9 central du NUP, rejette aussi l\u2019id\u00e9e que l\u2019opposition voudrait \u00ab mettre le feu \u00bb au pays. Il \u00e9carte les accusations de fomenter le chaos, qui lui sont adress\u00e9es par les autorit\u00e9s, et insiste sur la voie d\u2019une contestation \u00ab dans les urnes \u00bb. \u00ab La d\u00e9mocratie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e \u00bb, dit-il, appelant \u00e0 une mobilisation massive le jour du scrutin : \u00ab Quand je parle de vote protestataire, je ne parle pas de descendre dans la rue, je parle d\u2019aller voter en tr\u00e8s grand nombre \u00bb.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re ces formules et d\u00e9clarations, il y a un m\u00eame objectif : gagner la bataille de la cr\u00e9dibilit\u00e9. Le NRM mart\u00e8le les concepts de stabilit\u00e9 et de continuit\u00e9. Le NUP r\u00e9pond par la promesse d\u2019une meilleure gouvernance et d\u2019une relance des emplois, bref d\u2019un \u201cnouveau d\u00e9part\u201d. Deux r\u00e9cits, deux \u00e9lectorats \u2014 et, au centre, une jeunesse majoritaire dans le pays, que chacun cherche \u00e0 convaincre.<\/p>\n<p>L\u2019inconnue de l\u2019apr\u00e8s-scrutin<br \/>\nAu-del\u00e0 du nom du vainqueur, c\u2019est l\u2019apr\u00e8s-vote qui inqui\u00e8te. L\u2019Ouganda n\u2019a jamais connu de transition politique pacifique depuis son ind\u00e9pendance : une donn\u00e9e qui p\u00e8se sur l\u2019acceptation des r\u00e9sultats et sur la capacit\u00e9 du pays \u00e0 \u00e9viter une crise post-\u00e9lectorale.<\/p>\n<p>Dans cette \u00e9quation, Alex Vines ajoute un \u00e9l\u00e9ment : l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue au niveau r\u00e9gional, au-del\u00e0 du pays. C\u2019est pourquoi, selon lui, les autorit\u00e9s ougandaises observent de pr\u00e8s ce qui s\u2019est pass\u00e9 r\u00e9cemment ailleurs \u2014 en Tanzanie, au Kenya, au Mozambique \u2014 et la mani\u00e8re dont une jeunesse \u00ab assoiff\u00e9e de changement \u00bb peut se mobiliser. D\u2019o\u00f9, dit-il, une strat\u00e9gie de verrouillage avant le vote. Mais, pr\u00e9vient l\u2019analyste, la question demeure : \u00ab Comment les jeunes r\u00e9agiront si une victoire \u00e9crasante de Museveni est annonc\u00e9e ? \u00bb Seul, l&#8217;apr\u00e8s-vote le dira.<br \/>\nRFI<br \/>\nhttps:\/\/www.rfi.fr\/fr\/afrique\/20260115-pr%C3%A9sidentielle-en-ouganda-un-vote-sous-tension-entre-fracture-g%C3%A9n%C3%A9rationnelle-et-test-de-confiance?utm_medium=email&#038;utm_campaign=newsletter&#038;utm_source=rfi-nl-afrique-fr&#038;utm_email_send_date=%2020260115&#038;utm_email_recipient=245770&#038;utm_email_link=contenus&#038;_ope=eyJndWlkIjoiOTMwMjIwNGY3ZmZhNzMxODU0NDI3OTA1ZjdiOTc4NGUifQ%3D%3D<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelque 21,6 millions d\u2019\u00e9lecteurs sont appel\u00e9s aux urnes en Ouganda o\u00f9 les bureaux de vote ont ouvert pour les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales ce jeudi 15 janvier. 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