{"id":20564,"date":"2026-02-17T18:16:19","date_gmt":"2026-02-17T18:16:19","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=20564"},"modified":"2026-02-17T18:16:19","modified_gmt":"2026-02-17T18:16:19","slug":"mauritanie-union-europeenne-un-partenariat-necessaire-face-aux-passeurs-et-a-la-crise-des-refugies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=20564","title":{"rendered":"Mauritanie\u2013Union europ\u00e9enne : un partenariat n\u00e9cessaire face aux passeurs et \u00e0 la crise des r\u00e9fugi\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>La Mauritanie traverse une p\u00e9riode o\u00f9, en plus des crises \u00e0 g\u00e9rer, elle doit affronter une autre difficult\u00e9 : une mise en cause injuste et souvent caricaturale de son action. Certains acteurs m\u00e9diatiques et militants, parfois relay\u00e9s depuis l\u2019ext\u00e9rieur, pr\u00e9sentent notre pays comme coupable par principe, en parlant de \u201cviolations syst\u00e9matiques\u201d et en omettant le contexte, les contraintes op\u00e9rationnelles et, surtout, les efforts r\u00e9els engag\u00e9s pour sauver des vies, d\u00e9manteler des r\u00e9seaux criminels et respecter la loi. Cette lecture \u00e0 charge ne rend service \u00e0 personne : elle alimente la d\u00e9fiance, fragilise les r\u00e9ponses pragmatiques et fait le jeu des passeurs.<\/p>\n<p>Il est tout aussi injuste \u2014 et, disons-le, tout aussi populiste \u2014 de s\u2019en prendre \u00e0 notre partenariat avec l\u2019Union europ\u00e9enne comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une soumission ou d\u2019un marchandage honteux. Cette accusation est sans fondement : elle nie la r\u00e9alit\u00e9 des menaces, l\u2019ampleur des flux, la brutalit\u00e9 des r\u00e9seaux criminels et le poids humain et budg\u00e9taire assum\u00e9 par la Mauritanie. Elle sert surtout \u00e0 produire une indignation facile, sans proposer la moindre alternative cr\u00e9dible. Dans une crise qui tue en mer et d\u00e9stabilise des r\u00e9gions enti\u00e8res, refuser par principe une coop\u00e9ration structur\u00e9e et durable, c\u2019est faire de la politique-spectacle \u2014 pas de la protection des personnes, ni de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>La Mauritanie encaisse, depuis plusieurs ann\u00e9es, un choc \u00e0 deux faces. Concret, parce que notre pays fait face simultan\u00e9ment \u00e0 deux dynamiques qui se nourrissent l\u2019une l\u2019autre : l\u2019intensification des d\u00e9parts irr\u00e9guliers vers l\u2019Atlantique, et l\u2019installation durable d\u2019une crise de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019Est. Concret aussi, parce que ces ph\u00e9nom\u00e8nes ne se r\u00e9sument ni \u00e0 des chiffres, ni \u00e0 des slogans : ils bousculent des \u00e9quilibres sociaux, \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires, et exposent des vies humaines.<\/p>\n<p>Sur le front migratoire, il faut partir des faits. En 2024, les \u00eeles Canaries ont enregistr\u00e9 46 843 arriv\u00e9es, un record qui a replac\u00e9 la route atlantique au centre des pr\u00e9occupations europ\u00e9ennes. Dans ce contexte, la Mauritanie est devenue l\u2019un des principaux points de d\u00e9part, donc l\u2019un des principaux pays expos\u00e9s \u00e0 l\u2019action de r\u00e9seaux criminels qui monnayent la d\u00e9tresse et mentent sur la travers\u00e9e. Or, l\u2019action men\u00e9e depuis 2024\u20132025 produit des r\u00e9sultats. Les autorit\u00e9s espagnoles ont indiqu\u00e9 qu\u2019en 2025, jusqu\u2019\u00e0 fin octobre, les arriv\u00e9es aux Canaries avaient diminu\u00e9 de 59% par rapport \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente ; la Croix-Rouge, cit\u00e9e par Reuters, fait \u00e9tat d\u2019une baisse de 61% du nombre d\u2019embarcations arriv\u00e9es \u201cdepuis la Mauritanie\u201d sur l\u2019ann\u00e9e glissante arr\u00eat\u00e9e au 16 d\u00e9cembre. Ces chiffres ne tombent pas du ciel : ils refl\u00e8tent une politique de d\u00e9mant\u00e8lement des fili\u00e8res, de surveillance maritime, et d\u2019interceptions qui vise un objectif simple \u2014 casser l\u2019\u00e9conomie des passeurs \u2014 tout en \u00e9vitant que l\u2019Atlantique ne continue d\u2019\u00eatre une fosse commune.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, \u00e0 l\u2019Est, la Mauritanie assume une responsabilit\u00e9 rarement reconnue \u00e0 sa juste mesure : celle d\u2019un pays de refuge. Selon les donn\u00e9es du HCR et des autorit\u00e9s, notre pays accueille pr\u00e8s de 300 000 r\u00e9fugi\u00e9s, dont environ 170 000 Maliens enregistr\u00e9s. Cette r\u00e9alit\u00e9 a des cons\u00e9quences quotidiennes sur les territoires d\u2019accueil, notamment dans le Hodh El Chargui : pression sur les services de sant\u00e9, acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau, besoins \u00e9ducatifs, emploi, coh\u00e9sion sociale entre r\u00e9fugi\u00e9s et communaut\u00e9s h\u00f4tes. Ceux qui, \u00e0 distance, donnent des le\u00e7ons devraient regarder ce que signifie r\u00e9ellement, pour un \u00c9tat, accueillir durablement une population d\u00e9plac\u00e9e de cette ampleur, dans un environnement sah\u00e9lien d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9. Dans le m\u00eame temps, les forces de l\u2019Africa Corps commettent des atrocit\u00e9s contre nos fr\u00e8res sans que cela n\u2019agite le d\u00e9bat public mauritanien.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019aune de cette double crise qu\u2019il faut juger la coop\u00e9ration avec l\u2019Europe. Certains voudraient la r\u00e9duire \u00e0 une formule commode : \u201cexternalisation\u201d d\u2019une politique europ\u00e9enne. C\u2019est intellectuellement paresseux et, surtout, politiquement dangereux. La r\u00e9alit\u00e9 est que la Mauritanie ne peut pas, seule, absorber un choc r\u00e9gional aliment\u00e9 par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au Sahel, l\u2019emprise des trafics, et l\u2019attrait mortif\u00e8re d\u2019une route maritime. La coop\u00e9ration est n\u00e9cessaire parce qu\u2019elle combine trois dimensions indispensables : des moyens, des capacit\u00e9s, et une relation de long terme. Les autorit\u00e9s europ\u00e9ennes ont annonc\u00e9 un paquet de 210 millions d\u2019euros en appui \u00e0 la gestion des migrations, \u00e0 l\u2019aide humanitaire li\u00e9e aux r\u00e9fugi\u00e9s, et au soutien \u00e0 l\u2019emploi et \u00e0 l\u2019entrepreneuriat. Cette coop\u00e9ration n\u2019est pas un \u201cdeal\u201d de circonstance : elle s\u2019inscrit dans une relation construite dans la dur\u00e9e. La fiabilit\u00e9 d\u2019un partenaire, ce n\u2019est pas seulement le montant annonc\u00e9 \u00e0 un instant T ; c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 construire, \u00e0 financer des dispositifs, \u00e0 former, \u00e0 \u00e9valuer, \u00e0 corriger, et \u00e0 rester pr\u00e9sent quand la pression monte.<\/p>\n<p>Cela n\u2019emp\u00eache pas \u2014 au contraire, cela oblige \u2014 \u00e0 \u00eatre exigeant sur le respect des droits. Oui, des organisations rapportent des abus, des expulsions et des situations qui posent question. La r\u00e9ponse n\u2019est pas la rupture, qui laisserait le terrain aux passeurs et aux extr\u00eames ; la r\u00e9ponse, c\u2019est l\u2019encadrement : proc\u00e9dures, formation, contr\u00f4le, responsabilit\u00e9, acc\u00e8s au droit. C\u2019est aussi cela, un partenariat s\u00e9rieux : investir dans l\u2019efficacit\u00e9, mais aussi dans les garde-fous. La Mauritanie a besoin d\u2019outils pour lutter contre des criminels ; elle a aussi besoin d\u2019un appui pour consolider l\u2019\u00c9tat de droit quand la pression augmente.<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration avec la France illustre, \u00e0 une \u00e9chelle tr\u00e8s op\u00e9rationnelle, ce que peut produire une relation stable. Le 26 janvier 2026, un projet de 24 mois a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 pour renforcer la r\u00e9ponse p\u00e9nale contre le trafic de migrants et soutenir les victimes, avec un financement annonc\u00e9 d\u2019un million d\u2019euros et l\u2019implication directe de l\u2019ambassade de France et d\u2019Expertise France. Quand on veut r\u00e9ellement r\u00e9duire les d\u00e9parts, on ne se contente pas d\u2019intercepter : on remonte les fili\u00e8res, on professionnalise la cha\u00eene p\u00e9nale, on prot\u00e8ge les personnes exploit\u00e9es. Et quand on veut stabiliser durablement, on agit aussi sur les causes profondes. D\u00e9but f\u00e9vrier 2026, l\u2019ambassadeur de France rappelait que, via l\u2019AFD, la France soutient dans le Guidimakha et le Gorgol des actions touchant 7 000 jeunes, a contribu\u00e9 \u00e0 la construction et \u00e0 l\u2019\u00e9quipement de cinq coll\u00e8ges pour plus de 2 000 \u00e9l\u00e8ves, et appuie des programmes agricoles b\u00e9n\u00e9ficiant \u00e0 6 600 familles. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s concrets : \u00e9cole, perspectives, s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. C\u2019est aussi cela, la r\u00e9ponse \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>La Mauritanie ne demande pas l\u2019indulgence. Elle demande d\u2019\u00eatre jug\u00e9e sur des r\u00e9alit\u00e9s, pas sur des caricatures. Dans une p\u00e9riode o\u00f9 les crises s\u2019additionnent, notre pays tient une ligne difficile : prot\u00e9ger ses fronti\u00e8res sans renier son humanit\u00e9 ; lutter contre les trafiquants sans alimenter l\u2019arbitraire ; accueillir des r\u00e9fugi\u00e9s tout en pr\u00e9servant la coh\u00e9sion des communaut\u00e9s h\u00f4tes. L\u2019accord de coop\u00e9ration avec l\u2019Europe est n\u00e9cessaire parce qu\u2019il donne des moyens et du temps, parce qu\u2019il s\u2019inscrit dans une relation structur\u00e9e, et parce qu\u2019il peut \u2014 s\u2019il est conduit avec exigence \u2014 concilier l\u2019efficacit\u00e9 et le droit. Ceux qui pr\u00e9f\u00e8rent la stigmatisation \u00e0 l\u2019analyse devraient proposer une alternative cr\u00e9dible. Il n\u2019y en a pas : il n\u2019y a que le travail, la dur\u00e9e, et des partenariats fiables.<\/p>\n<p>Yedaly Fall<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Mauritanie traverse une p\u00e9riode o\u00f9, en plus des crises \u00e0 g\u00e9rer, elle doit affronter une autre difficult\u00e9 : une mise en cause injuste et souvent caricaturale de son action. Certains acteurs m\u00e9diatiques et militants, parfois relay\u00e9s depuis l\u2019ext\u00e9rieur, pr\u00e9sentent notre pays comme coupable par principe, en parlant de \u201cviolations syst\u00e9matiques\u201d et en omettant le &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20565,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-20564","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20564","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=20564"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20564\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20566,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/20564\/revisions\/20566"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20565"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20564"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20564"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20564"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}