{"id":20907,"date":"2026-03-14T14:17:10","date_gmt":"2026-03-14T14:17:10","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=20907"},"modified":"2026-03-14T14:17:10","modified_gmt":"2026-03-14T14:17:10","slug":"hommage-a-boubacar-ould-messaoud-une-vie-de-fidelite-a-la-cause-de-la-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=20907","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Boubacar Ould Messaoud : une vie de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la cause de la libert\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Avec la disparition de Boubacar Ould Messaoud, j\u2019ai eu le sentiment, comme beaucoup d\u2019autres, qu\u2019une page importante de l\u2019histoire du combat pour les droits humains en Mauritanie venait de se refermer. Pour ma g\u00e9n\u00e9ration et pour tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressent aux questions de justice et de dignit\u00e9 humaine, il inccarnait<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-20908 alignleft\" src=\"http:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/feu-Boubacar-Massaoud-300x232.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"232\" srcset=\"https:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/feu-Boubacar-Massaoud-300x232.jpeg 300w, https:\/\/ladepeche.mr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/feu-Boubacar-Massaoud.jpeg 622w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>l\u2019image d\u2019un engagement constant, discret mais profond\u00e9ment d\u00e9termin\u00e9. Sa voix n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas la plus bruyante dans l\u2019espace public, mais elle comptait parmi les plus fermes et les plus claires lorsqu\u2019il s\u2019agissait de d\u00e9fendre la cause de l\u2019esclavage et de ses s\u00e9quelles.<\/p>\n<p>N\u00e9 vers 1945 dans la ville de Rosso, dans le sud de la Mauritanie, il grandit dans un environnement social marqu\u00e9 par la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019esclavage et ses h\u00e9ritages. Cette exp\u00e9rience a profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9 sa conscience et sa sensibilit\u00e9 aux questions de justice sociale. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes primaires \u00e0 Rosso, il poursuivit sa formation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e9tudiant l\u2019architecture \u00e0 Bamako avant de compl\u00e9ter son parcours acad\u00e9mique \u00e0 Moscou. De retour en Mauritanie, il exer\u00e7a d\u2019abord comme architecte, avant que sa conscience sociale ne l\u2019oriente progressivement vers l\u2019engagement dans la d\u00e9fense des droits humains.<br \/>\nAu milieu des ann\u00e9es 1990, il fonda l\u2019organisation SOS Esclaves, qui deviendra au fil du temps l\u2019une des principales structures de la soci\u00e9t\u00e9 civile engag\u00e9es dans la d\u00e9fense des victimes de l\u2019esclavage. D\u00e8s lors, son nom demeura \u00e9troitement associ\u00e9 \u00e0 cette cause, et sa pr\u00e9sence dans les d\u00e9bats publics fut constamment li\u00e9e \u00e0 l\u2019appel \u00e0 reconna\u00eetre le probl\u00e8me et \u00e0 y apporter des r\u00e9ponses juridiques et sociales.<br \/>\nLe chemin qu\u2019il choisit d\u2019emprunter ne fut cependant jamais facile. \u00c0 plusieurs reprises, il dut payer le prix de ses convictions. L\u2019un des \u00e9pisodes les plus marquants fut son \u00e9viction de son poste de directeur de la soci\u00e9t\u00e9 publique SOCGIM, \u00e0 la suite de ses prises de position publiques en faveur des victimes de l\u2019esclavage et de ses critiques de certaines politiques dans ce domaine. Pour beaucoup d\u2019observateurs \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cette d\u00e9cision refl\u00e9tait la sensibilit\u00e9 du sujet qu\u2019il avait choisi de porter au c\u0153ur du d\u00e9bat national.<br \/>\nMalgr\u00e9 les difficult\u00e9s et les obstacles rencontr\u00e9s au fil de son parcours, il demeura fid\u00e8le aux principes qui avaient guid\u00e9 son engagement depuis le d\u00e9but. Pressions, critiques et \u00e9preuves personnelles ne l\u2019ont jamais conduit \u00e0 renoncer \u00e0 ses convictions. Il croyait profond\u00e9ment que la d\u00e9fense de la dignit\u00e9 humaine relevait avant tout d\u2019un devoir moral, exigeant patience, constance et pers\u00e9v\u00e9rance.<br \/>\nJe garde \u00e9galement en m\u00e9moire la premi\u00e8re occasion o\u00f9 j\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 de le rencontrer, lors d\u2019une rencontre consacr\u00e9e aux droits humains. \u00c0 cette \u00e9poque, j\u2019\u00e9tais membre du bureau r\u00e9gional de Association Mauritanienne des Droits de l\u2019Homme(AMDH)au niveau de Dakhlet Nouadhibou, alors que l\u2019association \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par la grande militante et d\u00e9fenseure des droits humains Fatimata Mbaye. Ce jour-l\u00e0, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par sa modestie, son calme et la clart\u00e9 de son engagement. Il s\u2019exprimait avec sobri\u00e9t\u00e9, mais chacune de ses paroles portait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un long parcours et une conviction profonde dans la justesse de la cause qu\u2019il avait choisie de d\u00e9fendre.<br \/>\nSon action militante reposait sur un travail patient et institutionnel : documentation, plaidoyer et sensibilisation, aussi bien au niveau national qu\u2019international. Au fil des ann\u00e9es, il devint l\u2019une des r\u00e9f\u00e9rences majeures dans la lutte contre l\u2019esclavage en Mauritanie. Son engagement fut \u00e9galement reconnu \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, notamment par l\u2019attribution du Prix des droits de l\u2019homme de la R\u00e9publique fran\u00e7aise en 2010.<br \/>\nAujourd\u2019hui, alors que nous lui disons adieu, je ressens que la Mauritanie perd l\u2019une de ces voix civiles qui ont contribu\u00e9 \u00e0 maintenir la question de la dignit\u00e9 humaine au c\u0153ur du d\u00e9bat national. Les appr\u00e9ciations peuvent varier sur les parcours et les strat\u00e9gies, mais une chose demeure incontestable : il est rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 la cause qu\u2019il avait choisie, acceptant d\u2019en assumer les cons\u00e9quences dans sa vie professionnelle et personnelle.<br \/>\nCe qui demeure d\u00e9sormais, c\u2019est l\u2019empreinte qu\u2019il laisse dans les consciences et le chemin qu\u2019il a ouvert \u00e0 de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de d\u00e9fenseurs des droits humains.<br \/>\nEnfin, je ne peux conclure sans adresser une pri\u00e8re pour le d\u00e9funt. Que Dieu accorde Sa mis\u00e9ricorde \u00e0 Boubacar Ould Messaoud et r\u00e9compense les efforts qu\u2019il a consacr\u00e9s tout au long de sa vie \u00e0 la d\u00e9fense de la dignit\u00e9 humaine. Il a v\u00e9cu fid\u00e8le \u00e0 une cause qu\u2019il jugeait juste, y consacrant son temps, son \u00e9nergie et une grande partie de sa vie. Puisse Dieu lui pardonner, l\u2019accueillir dans Sa vaste mis\u00e9ricorde et accorder patience et consolation \u00e0 sa famille, \u00e0 ses proches et \u00e0 tous ceux qui l\u2019ont connu.<\/p>\n<p><strong>Par:Ahmed Mohamed Hamada <\/strong><br \/>\n<strong>\u00c9crivain et analyste politique<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec la disparition de Boubacar Ould Messaoud, j\u2019ai eu le sentiment, comme beaucoup d\u2019autres, qu\u2019une page importante de l\u2019histoire du combat pour les droits humains en Mauritanie venait de se refermer. 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