{"id":21396,"date":"2026-04-19T10:00:36","date_gmt":"2026-04-19T10:00:36","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=21396"},"modified":"2026-04-19T11:36:06","modified_gmt":"2026-04-19T11:36:06","slug":"informel-plage-des-pecheurs-le-parcours-du-combattant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=21396","title":{"rendered":"Informel: plage des p\u00eacheurs. \u00ab\u00a0le parcours du combattant\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 Nouakchott, sur la \u00ab plage des p\u00eacheurs \u00bb, Djiby Sall, 33 ans, gagne sa vie au prix d\u2019un labeur \u00e9prouvant. Entre revenus variables, conditions insalubres et absence de protection sociale, son t\u00e9moignage met en lumi\u00e8re les r\u00e9alit\u00e9s souvent invisibles des travailleurs du secteur informel.<\/p>\n<p>En cette journ\u00e9e de samedi d\u2019avril, cap sur la \u00ab plage des p\u00eacheurs \u00bb, comme on la d\u00e9signe commun\u00e9ment \u00e0 Nouakchott. C\u2019est ici que je retrouve Djiby Sall, originaire de Tekane, \u00e2g\u00e9 de 33 ans. Poissonnier depuis quelques ann\u00e9es, il \u00e9volue dans le secteur informel, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des cadres classiques de l\u2019emploi.<br \/>\nSon parcours est celui de nombreux Mauritaniens. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole coranique dans son village, il devient apprenti ma\u00e7on. Un m\u00e9tier qu\u2019il abandonne, le jugeant \u00ab ruineux \u00bb, avant de se tourner vers la poissonnerie. Aujourd\u2019hui, ses journ\u00e9es commencent \u00e0 7 heures pour s\u2019achever \u00e0 20 heures, au rythme des arrivages de poissons.<br \/>\nAssis derri\u00e8re sa table de fortune, \u00e9quip\u00e9 de coutelas, de planches en bois garnies de clous servant \u00e0 \u00e9cailler et de gants us\u00e9s, Djiby Sall nettoie, d\u00e9coupe et pr\u00e9pare les poissons pour les clients. \u00ab Maquereaux, m\u00e9rous, dorades, capitaines, carangues ou encore sardinelles \u2014 ici appel\u00e9es \u201cyaboye\u201d \u00bb, \u00e9num\u00e8re-t-il en langue peulh, avec une ma\u00eetrise acquise sur le terrain.<br \/>\nC\u00f4t\u00e9 revenus, l\u2019incertitude est la r\u00e8gle. \u00ab Quand \u00e7a marche bien, je peux gagner entre 7 000 et 8 000 ouguiyas par jour. Mais lorsque la mer est agit\u00e9e, je tombe \u00e0 3 000 ou 4 000 \u00bb, confie-t-il. Des gains qui peuvent sembler sup\u00e9rieurs \u00e0 certains salaires fixes, mais qui cachent une r\u00e9alit\u00e9 plus dure.<br \/>\n\u00ab C\u2019est le prix \u00e0 payer \u00bb, tranche-t-il. \u00ab Travailler plus de 12 heures par jour, dans des conditions insalubres, ce n\u2019est pas facile. \u00bb Entre les eaux stagnantes, les d\u00e9chets de poissons et les odeurs persistantes, l\u2019environnement de travail est loin d\u2019\u00eatre sain. \u00ab Cela peut m\u00eame repousser les clients. On ressent parfois de la honte \u00bb, ajoute-t-il.<br \/>\nPour exercer, Djiby Sall doit s\u2019acquitter de charges r\u00e9guli\u00e8res : 10 000 ouguiyas par mois pour l\u2019occupation de son espace, et 200 ouguiyas par jour vers\u00e9s \u00e0 la municipalit\u00e9.<br \/>\nMais au-del\u00e0 de son quotidien, il porte aussi un regard lucide sur les \u00e9volutions du pays. Il salue notamment les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s dans l\u2019acc\u00e8s aux documents administratifs et aux services comme l\u2019assurance maladie. Toutefois, il appelle \u00e0 aller plus loin.<br \/>\n\u00ab Il faudrait mettre en place un syst\u00e8me de cotisation pour les travailleurs de l\u2019informel, afin de leur garantir une retraite ou une couverture sociale \u00bb, plaide-t-il. Inspir\u00e9 par certains mod\u00e8les \u00e9trangers, il \u00e9voque m\u00eame l\u2019id\u00e9e d\u2019un minimum vieillesse. \u00ab Ce n\u2019est pas une utopie, c\u2019est r\u00e9alisable \u00bb, insiste-t-il.<br \/>\nAutre priorit\u00e9 \u00e0 ses yeux : l\u2019acc\u00e8s au logement. \u00ab Il faut penser \u00e0 des habitations \u00e0 loyer mod\u00e9r\u00e9, avec la possibilit\u00e9 de devenir propri\u00e9taire apr\u00e8s quelques ann\u00e9es \u00bb, sugg\u00e8re-t-il.<br \/>\n\u00c0 travers le t\u00e9moignage de Djiby Sall, c\u2019est toute la question du secteur informel qui se pose. V\u00e9ritable pilier de l\u2019\u00e9conomie nationale, il demeure pourtant peu structur\u00e9 et insuffisamment encadr\u00e9.<br \/>\nTravailler des ann\u00e9es sans retraite ni s\u00e9curit\u00e9 sociale constitue une r\u00e9alit\u00e9 pour des milliers de Mauritaniens. Une situation aux cons\u00e9quences sociales et \u00e9conomiques importantes, qui freine l\u2019\u00e9mergence d\u2019une classe moyenne stable et compromet, \u00e0 terme, une croissance inclusive.<br \/>\nBA HAMET<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Nouakchott, sur la \u00ab plage des p\u00eacheurs \u00bb, Djiby Sall, 33 ans, gagne sa vie au prix d\u2019un labeur \u00e9prouvant. Entre revenus variables, conditions insalubres et absence de protection sociale, son t\u00e9moignage met en lumi\u00e8re les r\u00e9alit\u00e9s souvent invisibles des travailleurs du secteur informel. 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