{"id":2140,"date":"2022-09-29T13:44:11","date_gmt":"2022-09-29T13:44:11","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=2140"},"modified":"2022-09-29T13:45:19","modified_gmt":"2022-09-29T13:45:19","slug":"2140","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=2140","title":{"rendered":"Comment Giorgia Meloni a conquis la droite italienne&#8230; et le pays"},"content":{"rendered":"<p>Giorgia Meloni, dont le parti d&#8217;extr\u00eame droite Fratelli d&#8217;Italia a triomph\u00e9 lors des l\u00e9gislatives, a r\u00e9ussi \u00e0 canaliser \u00e0 la fois les aspirations des \u00e9lecteurs conservateurs et le ressentiment \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du gouvernement de Mario Draghi, sans pour autant renier totalement les racines n\u00e9ofascistes de son mouvement.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 son bulletin de vote dans l\u2019urne, dimanche 25 septembre, l\u2019ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi s\u2019est arr\u00eat\u00e9 quelques instants pour discuter avec des sympathisants. Jamais avare d\u2019une fanfaronnade, il s\u2019est d\u00e9crit devant son auditoire comme le seul dirigeant politique d&#8217;Italie \u00e0 avoir travaill\u00e9 pour gagner sa vie.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 sur l&#8217;ascension \u00e9tonnante de Giorgia Meloni, et s\u2019il pensait qu\u2019il fallait s\u2019en inqui\u00e9ter, il a r\u00e9pondu le visage grave : &#8220;Oui, elle est un peu effrayante&#8221;.<\/p>\n<p>L&#8217;opinion de Silvio Berlusconi sur son encombrante partenaire de la coalition, domin\u00e9e par l&#8217;extr\u00eame droite, refl\u00e8te les nombreux paradoxes d&#8217;un scrutin impos\u00e9 \u00e0 l\u2019Italie apr\u00e8s la chute pr\u00e9matur\u00e9e de son Premier ministre le plus respect\u00e9 depuis des d\u00e9cennies, Mario Draghi.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats du vote de dimanche devraient marquer un changement capital pour l&#8217;Italie, en portant la premi\u00e8re femme au pouvoir tout en offrant le contr\u00f4le du pays \u00e0 la coalition la plus r\u00e9trograde depuis la Seconde Guerre mondiale &#8211; une alliance baroque de populistes, d&#8217;eurosceptiques et de nationalistes d&#8217;extr\u00eame droite impr\u00e9gn\u00e9s d&#8217;une id\u00e9ologie revancharde.<\/p>\n<p>Les Fratelli d&#8217;Italia (les Fr\u00e8res d\u2019Italie) de Giorgia Meloni se sont impos\u00e9s comme le pilier central de cette alliance, avec un quart des voix et d\u00e9passant ais\u00e9ment le score combin\u00e9 de ses deux alli\u00e9s, la Ligue anti-immigr\u00e9s de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi, tous deux plafonnant \u00e0 moins de 9 %.<\/p>\n<p>\u00c0 eux trois, ces partis sont en passe d&#8217;obtenir la majorit\u00e9 dans les deux chambres du Parlement, gr\u00e2ce \u00e0 une loi \u00e9lectorale que toutes les forces politiques s&#8217;accordent \u00e0 qualifier d'&#8221;imposture&#8221;, mais qu&#8217;elles se sont montr\u00e9es incapables de modifier.<\/p>\n<p>&#8220;Les Italiens nous ont choisis&#8221;, a claironn\u00e9, apr\u00e8s le vote, une Giorgia Meloni triomphante devant ses partisans, alors que sa coalition n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 atteindre la barre des 50 %, en raison d&#8217;un taux d&#8217;abstention record. Une donn\u00e9e qu\u2019elle s\u2019est \u00e9videmment abstenue de rappeler.<\/p>\n<p>Silvio Berlusconi, quant \u00e0 lui, a promis d&#8217;\u00eatre le &#8220;meneur de jeu&#8221; de la coalition, en revenant au S\u00e9nat dix ans apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 du Parlement et interdit de fonction publique pour fraude fiscale. \u00c2g\u00e9 de 85 ans, il s&#8217;est fait r\u00e9\u00e9lire \u00e0 Monza, en Lombardie (nord), sous l\u2019\u00e9tiquette de son parti Forza Italia.<\/p>\n<p>Meloni &#8220;a cannibalis\u00e9 ses alli\u00e9s de droite&#8221;<\/p>\n<p>Le d\u00e9clin de l&#8217;ancien Premier ministre &#8211; qui a chamboul\u00e9 la politique italienne il y a trois d\u00e9cennies et inaugur\u00e9 l&#8217;\u00e8re du populisme &#8211; est \u00e0 l&#8217;origine de la mont\u00e9e en puissance de Giorgia Meloni.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne absolutiste de Silvio Berlusconi sur son parti n&#8217;a jamais permis l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un successeur, pas m\u00eame lorsqu&#8217;il effectuait sa peine de travaux d&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral dans un hospice pour personnes \u00e2g\u00e9es. Sa disparition progressive a laiss\u00e9 un vide \u00e0 droite, dans lequel Giorgia Meloni s&#8217;est engouffr\u00e9e avec succ\u00e8s.<\/p>\n<p>&#8220;Le d\u00e9clin de Berlusconi a ouvert un espace \u00e9norme devant les \u00e9lecteurs de centre-droit, qui repr\u00e9sentent traditionnellement une part d\u00e9cisive de l&#8217;\u00e9lectorat, explique Maurizio Cotta, professeur de sciences politiques \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Sienne. Salvini a occup\u00e9 une partie de cet espace pendant un certain temps, maintenant c&#8217;est le tour de Meloni&#8221;.<\/p>\n<p>La dirigeante d&#8217;extr\u00eame droite a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la faiblesse et des maladresses de ses alli\u00e9s de droite, chipant les soutiens de Matteo Salvini, autrefois populaire et dont la cote a d\u00e9gringol\u00e9 depuis une prise de pouvoir rat\u00e9e en 2019.<\/p>\n<p>Fait notable, elle y est parvenue sans avoir de ligne politique personnelle. Giorgia Meloni a fait sienne la rh\u00e9torique anti-immigr\u00e9s du leader de la Ligue et le mantra de r\u00e9duction des imp\u00f4ts de Silvio Berlusconi, tout en promettant une discipline fiscale dans un clin d&#8217;\u0153il appuy\u00e9 au patronat alarm\u00e9 par l&#8217;\u00e9viction de Mario Draghi.<\/p>\n<p>Alors que les m\u00e9nages et les entreprises italiens sont confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9penses d&#8217;\u00e9nergie extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9es \u00e0 l\u2019approche de l\u2019hiver, elle s&#8217;est fermement oppos\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 de Matteo Salvini de faire gonfler la dette italienne, d\u00e9j\u00e0 \u00e9norme, pour financer les mesures d&#8217;all\u00e8gement de la facture \u00e9nerg\u00e9tique.<\/p>\n<p>&#8220;Elle est apparue comme une politicienne plus perspicace et plus cr\u00e9dible que Salvini, offrant une opposition responsable et maintenant des relations cordiales avec Draghi&#8221;, souligne Maurizio Cotta.<\/p>\n<p>&#8220;Meloni a effectivement cannibalis\u00e9 ses alli\u00e9s de droite&#8221;, indique de son c\u00f4t\u00e9, dans un \u00e9ditorial, Massimo Giannini, r\u00e9dacteur en chef de La Stampa, notant que la leader d&#8217;extr\u00eame droite a r\u00e9ussi \u00e0 canaliser \u00e0 la fois les espoirs des \u00e9lecteurs de droite et le ressentiment de ceux qui \u00e9taient hostiles au gouvernement sortant.<\/p>\n<p>Dans un pays habitu\u00e9 \u00e0 sanctionner les sortants, Giorgia Meloni a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un avantage d\u00e9cisif sur tous les autres partis. Sa d\u00e9cision de ne pas faire partie de la coalition d&#8217;union nationale de Mario Draghi a fait d&#8217;elle la seule force d&#8217;opposition, et donc un destinataire naturel du vote sanction en Italie.<\/p>\n<p>Cela lui a permis de &#8220;capitaliser sur le ressentiment d&#8217;une partie de la population \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du gouvernement de Draghi &#8211; une administration comp\u00e9tente et efficace qui est \u00e9galement apparue comme aust\u00e8re et technocratique&#8221;, explicite Maurizio Cotta.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une d\u00e9cennie de turbulences, la promesse de Giorgia Meloni de rendre le pouvoir au peuple italien a fait \u00e9cho aux \u00e9lecteurs lass\u00e9s des remaniements de coalition et des cabinets de crise dirig\u00e9s par des technocrates non \u00e9lus. Lors des meetings de campagne organis\u00e9s dans le pays, les \u00e9lecteurs qui avaient soutenu Silvio Berlusconi et Matteo Salvini ont soulign\u00e9 sa &#8220;coh\u00e9rence&#8221; et sa &#8220;fermet\u00e9&#8221; dans son refus de conclure des &#8220;alliances contre nature&#8221; avec la gauche.<\/p>\n<p>Selon Maurizio Cotta, Giorgia Meloni devra d\u00e9sormais prouver qu&#8217;elle peut faire des compromis avec ses tr\u00e8s particuliers partenaires de droite \u2013 m\u00eame si elle aura \u00e0 le faire en jouissant d&#8217;une position de force.<\/p>\n<p>&#8220;Le nouvel \u00e9quilibre des forces est extr\u00eamement clair, estime-t-il. Les partenaires autrefois dominants de Meloni sont peut-\u00eatre encore en train de panser leurs plaies apr\u00e8s \u00eatre devenus des partenaires juniors, mais ils n&#8217;ont nulle part o\u00f9 aller. Leur seul chemin vers le gouvernement est derri\u00e8re Meloni.&#8221;<\/p>\n<p>La culture antifasciste italienne en recul<\/p>\n<p>L\u2019unique exp\u00e9rience de Giorgia Meloni au sein d&#8217;un cabinet remonte \u00e0 14 ans, lorsque Silvio Berlusconi l&#8217;avait sortie de l&#8217;anonymat en lui confiant le portefeuille de la Jeunesse dans le dernier de ses quatre gouvernements.<\/p>\n<p>Militante d&#8217;extr\u00eame droite depuis l&#8217;\u00e2ge de 15 ans, Giorgia Meloni a cr\u00e9\u00e9 son propre parti en 2012 avec d&#8217;autres anciens membres du Mouvement social italien (MSI), une formation n\u00e9ofasciste fond\u00e9e apr\u00e8s la guerre par des partisans du dictateur Benito Mussolini. Elle a baptis\u00e9 son mouvement d&#8217;apr\u00e8s les premi\u00e8res lignes de l&#8217;hymne national italien : Fratelli d&#8217;Italia.<br \/>\nLire la suite sur: https:\/\/www.france24.com\/fr\/europe\/20220927-comment-giorgia-meloni-a-conquis-la-droite-italienne-puis-le-pays<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Giorgia Meloni, dont le parti d&#8217;extr\u00eame droite Fratelli d&#8217;Italia a triomph\u00e9 lors des l\u00e9gislatives, a r\u00e9ussi \u00e0 canaliser \u00e0 la fois les aspirations des \u00e9lecteurs conservateurs et le ressentiment \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du gouvernement de Mario Draghi, sans pour autant renier totalement les racines n\u00e9ofascistes de son mouvement. 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