{"id":21475,"date":"2026-04-23T10:08:15","date_gmt":"2026-04-23T10:08:15","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=21475"},"modified":"2026-04-23T10:08:15","modified_gmt":"2026-04-23T10:08:15","slug":"parcelles-blanches-revelateur-dun-malaise-plus-profond-de-la-gouvernance-fonciere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=21475","title":{"rendered":"\u00ab Parcelles blanches \u00bb : r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019un malaise plus profond de la gouvernance fonci\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Certains dossiers, lorsqu\u2019ils \u00e9mergent dans l\u2019espace public, ne se contentent pas de r\u00e9v\u00e9ler des dysfonctionnements administratifs isol\u00e9s ; ils agissent comme des r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019un mode de gouvernance, mettant \u00e0 nu des pratiques r\u00e9currentes et r\u00e9activant des interrogations fondamentales sur la responsabilit\u00e9, la transparence et la robustesse des m\u00e9canismes de contr\u00f4le. Ce que les m\u00e9dias ont d\u00e9sign\u00e9 comme le \u00ab scandale des parcelles blanches \u00bb s\u2019inscrit pleinement dans cette cat\u00e9gorie : celle des affaires qui, au-del\u00e0 de leur mat\u00e9rialit\u00e9 imm\u00e9diate, interrogent en profondeur l\u2019architecture m\u00eame de l\u2019action publique.<\/p>\n<p>L\u2019analyse de ce dossier ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e des \u00e9l\u00e9ments port\u00e9s \u00e0 la connaissance de l\u2019opinion par l\u2019Agence ind\u00e9pendante Al-Akhbar, dont l\u2019enqu\u00eate, appuy\u00e9e sur des documents et correspondances officiels, a permis de reconstituer le cheminement de ces parcelles et d\u2019en d\u00e9voiler les ressorts internes. Le recours \u00e0 cette source ne rel\u00e8ve pas d\u2019un simple appui documentaire : il structure la lecture du dossier, tout en imposant la prudence n\u00e9cessaire face \u00e0 des donn\u00e9es de nature m\u00e9diatique, appel\u00e9es \u00e0 \u00eatre confirm\u00e9es, nuanc\u00e9es ou contest\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re des investigations officielles et des prises de position des parties concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce que r\u00e9v\u00e8le l\u2019examen minutieux des faits, c\u2019est moins une anomalie ponctuelle qu\u2019un encha\u00eenement proc\u00e9dural suffisamment coh\u00e9rent pour interroger. \u00c0 l\u2019origine, des documents coutumiers incomplets ; \u00e0 l\u2019issue, des droits de propri\u00e9t\u00e9 consolid\u00e9s, en passant par des circuits de l\u00e9galisation formelle qui semblent avoir fonctionn\u00e9 davantage comme des instruments de validation que comme de v\u00e9ritables filtres de contr\u00f4le. Entre ces deux extr\u00e9mit\u00e9s, se dessine une trajectoire qui, sous couvert de r\u00e9gularit\u00e9 apparente, s\u2019apparente \u00e0 un usage habile des failles du syst\u00e8me \u2014 chevauchements de comp\u00e9tences, insuffisances de coordination, fragilit\u00e9 des m\u00e9canismes de v\u00e9rification.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 des proc\u00e9dures, c\u2019est la sociologie des b\u00e9n\u00e9ficiaires qui conf\u00e8re \u00e0 cette affaire sa port\u00e9e la plus sensible. L\u2019apparition de noms li\u00e9s, de pr\u00e8s ou de loin, \u00e0 des sph\u00e8res d\u2019influence ou \u00e0 des cercles d\u00e9cisionnels ne saurait \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9e au rang de simple co\u00efncidence. Elle pose, avec acuit\u00e9, la question de savoir si l\u2019on est face \u00e0 des d\u00e9rives individuelles, certes condamnables mais circonscrites, ou face \u00e0 un dispositif structurel qui, en l\u2019absence de garde-fous effectifs, rend possible \u2014 voire reproductible \u2014 ce type de pratiques.<\/p>\n<p>Ce dossier met \u00e9galement en lumi\u00e8re une autre r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9occupante : la porosit\u00e9 de certains circuits administratifs. Le contournement d\u2019instances de contr\u00f4le, l\u2019utilisation de rapports en dehors de leur circuit hi\u00e9rarchique normal, ou encore la validation implicite de proc\u00e9dures incompl\u00e8tes traduisent moins une rupture avec la l\u00e9galit\u00e9 formelle qu\u2019un glissement vers une zone grise o\u00f9 la conformit\u00e9 administrative ne garantit plus la l\u00e9gitimit\u00e9 des d\u00e9cisions. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet interstice que se fragilise la confiance des citoyens envers leurs institutions.<br \/>\nLes mesures prises par les autorit\u00e9s, notamment les r\u00e9vocations ayant touch\u00e9 plusieurs responsables, t\u00e9moignent d\u2019une volont\u00e9 d\u2019endiguer les effets imm\u00e9diats de l\u2019affaire. Elles n\u2019\u00e9puisent cependant pas le d\u00e9bat. Car au-del\u00e0 de la sanction, se pose une question plus exigeante : celle de la capacit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e0 se r\u00e9former lui-m\u00eame. Peut-on esp\u00e9rer pr\u00e9venir la r\u00e9p\u00e9tition de telles situations par des ajustements ponctuels, ou faut-il engager une refonte plus profonde des m\u00e9canismes de validation, des proc\u00e9dures de contr\u00f4le et de la r\u00e9partition des responsabilit\u00e9s dans la gestion fonci\u00e8re ?<\/p>\n<p>R\u00e9duire ce dossier \u00e0 une simple affaire de responsabilit\u00e9 individuelle serait une lecture commode, mais insuffisante. Le foncier, dans tout \u00c9tat, constitue bien plus qu\u2019un actif \u00e9conomique : il est un levier de justice sociale, un facteur d\u2019\u00e9quilibre territorial et un indicateur de la qualit\u00e9 de la gouvernance. Toute d\u00e9faillance dans sa gestion produit des effets durables, tant sur la perception de l\u2019\u00e9quit\u00e9 que sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Dans un contexte mauritanien marqu\u00e9 par une urbanisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et une pression croissante sur le foncier urbain, l\u2019exigence d\u2019un syst\u00e8me plus transparent, plus rigoureux et plus r\u00e9silient face aux tentatives de contournement appara\u00eet d\u00e9sormais incontournable. Qu\u2019elles soient motiv\u00e9es par des int\u00e9r\u00eats particuliers ou rendues possibles par des lacunes proc\u00e9durales, ces pratiques ne peuvent prosp\u00e9rer que l\u00e0 o\u00f9 le contr\u00f4le faiblit et o\u00f9 la responsabilit\u00e9 se dilue.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, l\u2019enjeu d\u00e9passe largement le cadre de ce dossier. Il tient \u00e0 une interrogation de fond : s\u2019agit-il d\u2019un incident isol\u00e9, destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre absorb\u00e9 par les m\u00e9canismes habituels de gestion de crise, ou d\u2019un signal appelant \u00e0 une reconfiguration plus profonde des rapports entre pouvoir et responsabilit\u00e9 ? Entre la lettre de la loi et son esprit, entre ce qui est juridiquement possible et ce qui est moralement acceptable, c\u2019est toute une ligne de fracture qui appara\u00eet.<\/p>\n<p>Car, en d\u00e9finitive, la v\u00e9ritable question n\u2019est pas seulement de savoir comment corriger un dysfonctionnement, mais comment construire un syst\u00e8me qui en rende la r\u00e9p\u00e9tition improbable \u2014 non par la seule dissuasion, mais par la solidit\u00e9 des proc\u00e9dures, la transparence des d\u00e9cisions et l\u2019ind\u00e9pendance effective des m\u00e9canismes de contr\u00f4le. Reste \u00e0 savoir si cette affaire marquera un tournant vers une r\u00e9forme institutionnelle assum\u00e9e, ou si elle rejoindra la longue liste des dossiers referm\u00e9s administrativement, sans avoir \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement tranch\u00e9s sur les plans politique et soci\u00e9tal.<\/p>\n<p><strong>Par Ahmed Mohamed Hamada<\/strong><br \/>\n<strong>\u00c9crivain et analyste politique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certains dossiers, lorsqu\u2019ils \u00e9mergent dans l\u2019espace public, ne se contentent pas de r\u00e9v\u00e9ler des dysfonctionnements administratifs isol\u00e9s ; ils agissent comme des r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019un mode de gouvernance, mettant \u00e0 nu des pratiques r\u00e9currentes et r\u00e9activant des interrogations fondamentales sur la responsabilit\u00e9, la transparence et la robustesse des m\u00e9canismes de contr\u00f4le. 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