{"id":21494,"date":"2026-04-24T09:11:44","date_gmt":"2026-04-24T09:11:44","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=21494"},"modified":"2026-04-24T09:12:01","modified_gmt":"2026-04-24T09:12:01","slug":"les-decideurs-politiques-face-au-choc-de-la-guerre-en-iran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=21494","title":{"rendered":"Les d\u00e9cideurs politiques face au choc de la guerre en Iran"},"content":{"rendered":"<p><strong>LONDRES<\/strong> \u2014 \u00c0 chaque choc d&#8217;offre, il arrive un moment o\u00f9 la crainte de l&#8217;inflation c\u00e8de la place \u00e0 l&#8217;inqui\u00e9tude concernant la croissance \u00e9conomique. Ce revirement estl&#8217;un des signaux les plus importants \u2014 et les plus dangereux \u2014 pour les d\u00e9cideurs politiques, car les march\u00e9s, les banques centrales et les gouvernements \u00e9voluent \u00e0 des rythmes diff\u00e9rents, et parfois dans des directions oppos\u00e9es.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 r\u00e9agit toujours en premier. Les march\u00e9s des actions et du cr\u00e9dit \u00e9tant tourn\u00e9s vers l\u2019avenir, ils anticipent les implications d\u2019un choc sur la croissance avant m\u00eame que celles-ci n\u2019apparaissent dans les donn\u00e9es. Au d\u00e9but du choc, alors que les march\u00e9s anticipent une hausse de l\u2019inflation et une compression des marges (baisse de la rentabilit\u00e9 des entreprises), les cours des actions chutent tandis que les prix du p\u00e9trole s\u2019envolent. Plus tard, les cours des actions reprennent leur baisse alors m\u00eame que les prix du p\u00e9trole reculent. Cela signifie g\u00e9n\u00e9ralement que le march\u00e9 passe de l\u2019anticipation d\u2019une inflation plus \u00e9lev\u00e9e \u00e0 celle d\u2019une r\u00e9cession.<\/p>\n<p>L&#8217;aplatissement ou l&#8217;inversion de la courbe des taux confirme alors cette rotation : les taux longs baissent \u00e0 mesure que le march\u00e9 anticipe une r\u00e9cession, mais les taux courts restent stables car la banque centrale n&#8217;a pas encore abaiss\u00e9 son taux directeur.<\/p>\n<p>Les banques centrales ont tendance \u00e0 r\u00e9agir en second lieu \u2014 et g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 contrec\u0153ur. Elles sont institutionnellement enclines \u00e0 se pr\u00e9munir contre l\u2019inflation, en particulier apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode de 2021-2023. Aucun banquier central ne souhaite commettre \u00ab l\u2019erreur d\u2019Arthur Burns \u00bb (du nom du pr\u00e9sident de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine lors du premier choc p\u00e9trolier des ann\u00e9es 1970) consistant \u00e0 d\u00e9clarer qu\u2019un choc d\u2019offre est transitoire et \u00e0 laisser les anticipations d\u2019inflation se d\u00e9sancrer. Mais cette vigilance engendre un risque qui lui est propre. La banque centrale continue de se concentrer sur l\u2019inflation par les co\u00fbts (car les pressions sur les prix des engrais et des denr\u00e9es alimentaires mettent un certain temps \u00e0 se r\u00e9percuter dans l\u2019ensemble du syst\u00e8me), mais le march\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9volu\u00e9 vers une prise en compte d\u2019une croissance inf\u00e9rieure au potentiel.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte une p\u00e9riode o\u00f9 la banque centrale appara\u00eet comme plus restrictive que le march\u00e9, ce qui peut resserrer davantage les conditions financi\u00e8res par le biais de rendements \u00e0 court terme plus \u00e9lev\u00e9s et d\u2019une monnaie plus forte, aggravant ainsi la r\u00e9cession. C\u2019est le sc\u00e9nario de 1974 \u00e0 l\u2019envers : alors que Burns avait assoupli sa politique trop t\u00f4t et laiss\u00e9 les anticipations se d\u00e9sancrer, le risque actuel est que les banques centrales maintiennent leurs taux \u00e0 leur niveau actuel trop longtemps et laissent la destruction de la demande aller trop loin.<\/p>\n<p>Viennent ensuite les autorit\u00e9s budg\u00e9taires, qui ont tendance \u00e0 agir en dernier. Sur le plan politique, le soutien budg\u00e9taire en p\u00e9riode de choc est facile \u00e0 mettre en place mais difficile \u00e0 retirer. Comme les subventions aux carburants, les plafonds sur les factures d\u2019\u00e9nergie et les interventions sur les prix alimentaires cr\u00e9ent des groupes d\u2019int\u00e9r\u00eat qui s\u2019opposent \u00e0 leur suppression, la crainte de l\u2019inflation de la part du gouvernement est subordonn\u00e9e \u00e0 sa crainte de voir les m\u00e9nages souffrir de mani\u00e8re visible. Le soutien budg\u00e9taire survit donc \u00e0 la justification \u00e9conomique qui le sous-tend.<\/p>\n<p>Certes, ce r\u00e9sultat n\u2019est pas irrationnel, car les effets sur les prix des denr\u00e9es alimentaires et des services publics qui se r\u00e9percutent dans le syst\u00e8me continueront de frapper les m\u00e9nages apr\u00e8s la chute du prix du p\u00e9trole brut. Mais cela cr\u00e9e un exc\u00e9dent budg\u00e9taire qui complique la trajectoire de politique mon\u00e9taire de la banque centrale. Si le soutien budg\u00e9taire persiste, le march\u00e9 peut interpr\u00e9ter cette combinaison comme une domination budg\u00e9taire (lorsque la banque centrale s\u2019accommode d\u2019une hausse des d\u00e9penses publiques).<\/p>\n<p>C&#8217;est dans la divergence entre les horloges financi\u00e8res, mon\u00e9taires et budg\u00e9taires que naissent les erreurs de politique. La configuration la plus dangereuse est celle o\u00f9 le march\u00e9 en est venu \u00e0 craindre une baisse de la croissance, la banque centrale continue de lutter contre l&#8217;inflation et le gouvernement maintient un soutien budg\u00e9taire d&#8217;urgence. Si le march\u00e9 per\u00e7oit un resserrement de la politique menant \u00e0 une r\u00e9cession, combin\u00e9 \u00e0 une expansion budg\u00e9taire qui ne peut \u00eatre financ\u00e9e, il pourrait conclure que le dosage des politiques est incoh\u00e9rent.<\/p>\n<p>Ces risques sont bien r\u00e9els aujourd\u2019hui. Nous avons r\u00e9cemment observ\u00e9 une boucle de r\u00e9troaction n\u00e9gative entre les gilts (obligations d\u2019\u00c9tat) et la livre sterling au Royaume-Uni ; un \u00e9largissement des spreads p\u00e9riph\u00e9riques (la diff\u00e9rence entre les rendements de la dette souveraine) dans la zone euro ; et un nouvel affaiblissement du yen au Japon. Les \u00c9tats-Unis ont \u00e9t\u00e9 les moins expos\u00e9s car le march\u00e9, la Fed et les autorit\u00e9s budg\u00e9taires ont tendance \u00e0 \u00e9voluer de mani\u00e8re plus synchronis\u00e9e. De plus, un canal de destruction de la demande en forme de K aux \u00c9tats-Unis offre un m\u00e9canisme de coordination naturel : lorsque les d\u00e9penses des m\u00e9nages \u00e0 faibles revenus s&#8217;effondrent, cela se refl\u00e8te dans les donn\u00e9es de d\u00e9penses en temps r\u00e9el que les march\u00e9s, les banques centrales et les autorit\u00e9s budg\u00e9taires peuvent observer simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>Les signaux \u00e0 surveiller actuellement sont la corr\u00e9lation entre les prix du p\u00e9trole et ceux des actions, ainsi que la pente de la courbe des taux. Lorsque les prix du brut et les actions baissent de concert, et que la courbe des taux s\u2019aplatit ou s\u2019inverse, cela signifie que le march\u00e9 a bascul\u00e9 vers la crainte d\u2019une baisse de la croissance. \u00c0 ce stade, la priorit\u00e9 de la banque centrale doit passer de la protection de l\u2019ancrage de l\u2019inflation \u00e0 la pr\u00e9vention d\u2019un d\u00e9passement de la destruction de la demande ; et les autorit\u00e9s budg\u00e9taires devraient passer de la ma\u00eetrise des co\u00fbts au soutien de la demande. En d\u2019autres termes, la nature du transfert devrait passer de \u00ab l\u2019absorption de la taxe \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb \u00e0 \u00ab la pr\u00e9vention d\u2019un effondrement de la consommation \u00bb, et les banques centrales devraient au moins se pr\u00e9parer \u00e0 un assouplissement.<\/p>\n<p>R\u00e9ussir cette transition \u2014 adapter la r\u00e9ponse politique \u00e0 l\u2019\u00e9volution des craintes du march\u00e9 \u2014 est la d\u00e9cision la plus difficile \u00e0 prendre. Lors des chocs p\u00e9troliers des ann\u00e9es 1970, les banques centrales se sont tromp\u00e9es dans les deux sens : elles ont \u00e9t\u00e9 trop accommodantes en 1974 et trop restrictives en 1981. Ce qu\u2019il faut aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas une formule, mais un cadre qui identifie les signaux d\u2019alerte (le renversement de la corr\u00e9lation entre le p\u00e9trole et les actions, l\u2019inversion de la courbe des taux et l\u2019effondrement des donn\u00e9es de d\u00e9penses en temps r\u00e9el) de mani\u00e8re suffisamment explicite pour que les d\u00e9cideurs puissent prendre les virages n\u00e9cessaires \u00e0 temps. C\u2019est la seule fa\u00e7on d\u2019\u00e9viter une destruction excessive de la demande et un d\u00e9bat inutile sur l\u2019ancrage de l\u2019inflation alors que la r\u00e9cession est d\u00e9j\u00e0 prise en compte dans les prix.<\/p>\n<p><em>Par Gene Frieda<\/em><\/p>\n<p><em>Gene Frieda est chercheur invit\u00e9 senior \u00e0 la London School of Economics.<\/em><\/p>\n<p><strong>Copyright : Project Syndicate, 2026.<a href=\"http:\/\/www.project-syndicate.org\">www.project-syndicate.org<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Traduction IA<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LONDRES \u2014 \u00c0 chaque choc d&#8217;offre, il arrive un moment o\u00f9 la crainte de l&#8217;inflation c\u00e8de la place \u00e0 l&#8217;inqui\u00e9tude concernant la croissance \u00e9conomique. 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