{"id":22200,"date":"2026-05-25T15:57:27","date_gmt":"2026-05-25T15:57:27","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=22200"},"modified":"2026-05-25T15:57:27","modified_gmt":"2026-05-25T15:57:27","slug":"lunion-africaine-et-la-mauritanie-entre-profondeur-de-lappartenance-africaine-et-defis-de-lavenir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=22200","title":{"rendered":"L\u2019Union africaine et la Mauritanie\u2026 entre profondeur de l\u2019appartenance africaine et d\u00e9fis de l\u2019avenir."},"content":{"rendered":"<p>Chaque 25 mai, les peuples africains comm\u00e9morent l\u2019une des dates les plus marquantes de leur histoire politique contemporaine : la cr\u00e9ation de l&#8217;Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine, devenue plus tard Union africaine. Cette journ\u00e9e d\u00e9passe largement le simple souvenir institutionnel. Elle renvoie \u00e0 toute une \u00e9poque de luttes anticoloniales, aux r\u00eaves d\u2019\u00e9mancipation du continent et \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un projet commun fond\u00e9 sur la solidarit\u00e9 et le destin partag\u00e9 des peuples africains.<\/p>\n<p>Lorsque les dirigeants africains se r\u00e9unissent en 1963 \u00e0 Addis-Abeba, l\u2019Afrique traverse une p\u00e9riode d\u00e9cisive. Les ind\u00e9pendances se succ\u00e8dent, tandis que les nouveaux \u00c9tats tentent de se reconstruire apr\u00e8s des d\u00e9cennies de domination coloniale et de fragmentation politique. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019est n\u00e9e l\u2019id\u00e9e d\u2019une organisation continentale capable d\u2019unifier la voix de l\u2019Afrique sur la sc\u00e8ne internationale, \u00e0 un moment o\u00f9 le monde \u00e9tait profond\u00e9ment marqu\u00e9 par les rivalit\u00e9s de la guerre froide.<\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode reste associ\u00e9e \u00e0 des figures historiques majeures comme Kwame Nkrumah, Gamal Abdel Nasser ou encore Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, qui voyaient dans l\u2019unit\u00e9 africaine une n\u00e9cessit\u00e9 historique plus qu\u2019un simple choix diplomatique. D\u00e8s ses premi\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine soutient les mouvements de lib\u00e9ration nationale et accompagne les peuples encore soumis au colonialisme ou \u00e0 l\u2019apartheid, notamment en Alg\u00e9rie, en Angola et au Mozambique. Elle joue \u00e9galement un r\u00f4le politique important dans l\u2019isolement du r\u00e9gime s\u00e9gr\u00e9gationniste en Afrique du Sud jusqu\u2019\u00e0 son effondrement avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Nelson Mandela.<br \/>\nMais malgr\u00e9 la port\u00e9e symbolique de l\u2019OUA, ses limites apparaissent rapidement. Son attachement au principe de non-ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures des \u00c9tats r\u00e9duit fortement sa capacit\u00e9 \u00e0 agir face aux guerres civiles, aux coups d\u2019\u00c9tat et aux conflits qui secouent plusieurs pays africains durant les d\u00e9cennies suivantes.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la guerre froide, l\u2019id\u00e9e d\u2019un cadre continental plus ambitieux s\u2019impose progressivement. L\u2019Afrique doit d\u00e9sormais r\u00e9pondre \u00e0 de nouveaux d\u00e9fis :<\/p>\n<p>mondialisation \u00e9conomique, crises s\u00e9curitaires, d\u00e9veloppement, int\u00e9gration r\u00e9gionale. C\u2019est dans cette dynamique qu\u2019est cr\u00e9\u00e9e, en 2002, l&#8217;Union africaine, con\u00e7ue comme une version modernis\u00e9e de l\u2019OUA et comme l\u2019expression d\u2019une Afrique tourn\u00e9e vers l\u2019int\u00e9gration politique et \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Depuis lors, l\u2019Union africaine s\u2019est dot\u00e9e de structures institutionnelles plus \u00e9labor\u00e9es : Conseil de paix et de s\u00e9curit\u00e9, Parlement panafricain, Cour africaine de justice, sans oublier la Commission de l\u2019Union africaine qui constitue son bras ex\u00e9cutif. Le continent a \u00e9galement lanc\u00e9 de grands projets \u00e9conomiques, notamment la Zone de libre-\u00e9change continentale africaine, consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019un des projets d\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique les plus ambitieux au monde.<\/p>\n<p>L\u2019Union africaine repose aujourd\u2019hui sur plusieurs institutions qui structurent l\u2019action panafricaine. La Conf\u00e9rence des chefs d\u2019\u00c9tat et de gouvernement demeure l\u2019organe supr\u00eame de d\u00e9cision, tandis que le Conseil de paix et de s\u00e9curit\u00e9 joue un r\u00f4le central dans la gestion des crises et des conflits. Le Parlement panafricain ambitionne quant \u00e0 lui de renforcer la participation politique des peuples africains et de promouvoir une culture du dialogue continental. \u00c0 travers cet ensemble institutionnel, l\u2019UA tente de transformer l\u2019id\u00e9e panafricaine en m\u00e9canismes concrets de gouvernance et de coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9conomique,la Banque africaine de d\u00e9veloppement occupe une place majeure. Depuis sa cr\u00e9ation en 1964, l\u2019institution finance des projets li\u00e9s aux infrastructures, \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, \u00e0 l\u2019agriculture, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation ou encore aux transports. Elle s\u2019est impos\u00e9e comme l\u2019un des principaux leviers du d\u00e9veloppement africain, m\u00eame si les besoins du continent restent immenses face aux d\u00e9fis de la pauvret\u00e9, du ch\u00f4mage et des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les ambitions affich\u00e9es, de nombreux objectifs de l\u2019Union africaine demeurent encore difficiles \u00e0 atteindre. Le continent continue de faire face \u00e0 une multiplication des crises s\u00e9curitaires, \u00e0 la mont\u00e9e des groupes arm\u00e9s, au retour des coups d\u2019\u00c9tat militaires et aux effets des ing\u00e9rences ext\u00e9rieures. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les divergences d\u2019int\u00e9r\u00eats entre \u00c9tats membres et la forte d\u00e9pendance financi\u00e8re de l\u2019organisation envers ses partenaires internationaux, ce qui alimente r\u00e9guli\u00e8rement le d\u00e9bat sur l\u2019autonomie r\u00e9elle de la d\u00e9cision africaine.<\/p>\n<p>Pour la Mauritanie, l\u2019ancrage africain a toujours constitu\u00e9 une composante essentielle de sa diplomatie, malgr\u00e9 la complexit\u00e9 de son identit\u00e9 \u00e0 la fois arabe et africaine. Le pr\u00e9sident fondateur Moktar Ould Daddah a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans l\u2019int\u00e9gration du pays au sein de l\u2019espace africain. D\u00e9fenseur du dialogue entre les \u00c9tats africains, il voyait en la Mauritanie un pont naturel entre le monde arabe et l\u2019Afrique subsaharienne.<\/p>\n<p>Sous la pr\u00e9sidence de Mohamed Khouna Ould Haidalla, la Mauritanie conna\u00eet l\u2019un des \u00e9pisodes les plus marquants de son histoire politique contemporaine : le chef de l\u2019\u00c9tat est renvers\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat en 1984 alors qu\u2019il participe au sommet de Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine \u00e0 Bujumbura.<\/p>\n<p>Avec Maaouiya Ould Sid&#8217;Ahmed Taya, la diplomatie mauritanienne s\u2019oriente davantage vers le monde arabe, \u00e0 travers un rapprochement plus marqu\u00e9 avec la Ligue arabe. Cette orientation nourrit alors un d\u00e9bat interne sur les priorit\u00e9s g\u00e9opolitiques du pays, sans pour autant remettre en cause son appartenance aux institutions africaines.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence tournante de Union africaine assur\u00e9e par Mohamed Ould Abdel Aziz en 2014 constitue une \u00e9tape importante pour la diplomatie mauritanienne. Dans un contexte r\u00e9gional marqu\u00e9 par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au Sahel et la mont\u00e9e du terrorisme, Nouakchott tente alors de s\u2019imposer comme un acteur r\u00e9gional cr\u00e9dible sur les questions de paix et de stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, sous la pr\u00e9sidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, la Mauritanie poursuit cette volont\u00e9 de renforcer son ancrage africain. Le pays mise sur une diplomatie de dialogue, de stabilit\u00e9 et de coop\u00e9ration r\u00e9gionale, notamment dans l\u2019espace sah\u00e9lien.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les crises et les fragilit\u00e9s persistantes, l\u2019Afrique dispose d\u2019atouts consid\u00e9rables : une population jeune, des ressources naturelles immenses et un potentiel \u00e9conomique encore largement inexploit\u00e9. Mais la transformation de ces richesses en v\u00e9ritable puissance continentale d\u00e9pendra de la capacit\u00e9 des \u00c9tats africains \u00e0 renforcer leurs institutions, d\u00e9passer les logiques de division et construire une int\u00e9gration plus coh\u00e9rente.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion de ce 25 mai, parler de Union africaine ne revient donc pas seulement \u00e0 \u00e9voquer un pass\u00e9 militant ou une m\u00e9moire institutionnelle. Il s\u2019agit surtout d\u2019interroger l\u2019avenir d\u2019un continent toujours en qu\u00eate de sa pleine souverainet\u00e9 politique, \u00e9conomique et strat\u00e9gique. Car l\u2019Afrique, apr\u00e8s avoir remport\u00e9 la bataille de l\u2019ind\u00e9pendance, reste confront\u00e9e \u00e0 un d\u00e9fi plus complexe encore : celui de b\u00e2tir des \u00c9tats solides, de produire son propre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement et d\u2019imposer une voix africaine v\u00e9ritablement ind\u00e9pendante dans le monde contemporain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par Ahmed Mohamed Hamade \u2013 \u00c9crivain et analyste politique<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque 25 mai, les peuples africains comm\u00e9morent l\u2019une des dates les plus marquantes de leur histoire politique contemporaine : la cr\u00e9ation de l&#8217;Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine, devenue plus tard Union africaine. 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