{"id":22208,"date":"2026-05-26T16:21:55","date_gmt":"2026-05-26T16:21:55","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=22208"},"modified":"2026-05-26T16:24:10","modified_gmt":"2026-05-26T16:24:10","slug":"la-paix-assassinee-a-quoi-servent-les-accords-dabraham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=22208","title":{"rendered":"La paix assassin\u00e9e en Palestine: A quoi servent les accords d&#8217;Abraham?"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019histoire retiendra que la poign\u00e9e de main historique de 1993, sur la pelouse de la Maison-Blanche, entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, sous le regard triomphant de Bill Clinton, portait l\u2019espoir immense d\u2019une paix enfin possible entre Isra\u00e9liens et Palestiniens. Les accords d\u2019Oslo consacraient alors, au moins en apparence, le principe fondamental de deux \u00c9tats vivant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans la s\u00e9curit\u00e9 et la reconnaissance mutuelle.<\/p>\n<p>Mais trois d\u00e9cennies plus tard, cet espoir n\u2019est plus qu\u2019un champ de ruines diplomatiques, enseveli sous les calculs politiques, les extr\u00e9mismes et les renoncements successifs des occidentaux, parrains du processus. Surtout les administrations am\u00e9ricaines, d\u00e9mocrates comme r\u00e9publicaines.<\/p>\n<p>Le premier coup fatal port\u00e9 \u00e0 cette initiative de paix fut sans doute l\u2019assassinat de Yitzhak Rabin par un extr\u00e9miste isra\u00e9lien oppos\u00e9 aux accords d\u2019Oslo. Avec sa disparition, c\u2019est l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un compromis historique qui fut vis\u00e9e. La droite radicale isra\u00e9lienne, hostile \u00e0 toute concession territoriale, allait progressivement imposer sa vision nationaliste et messianique de l\u2019\u00c9tat h\u00e9breu.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection en 1996 de Benjamin Netanyahu marqua alors un tournant d\u00e9cisif. Sous ses diff\u00e9rents mandats, le processus de paix fut m\u00e9thodiquement vid\u00e9 de sa substance. Colonisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, humiliation permanente de l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne, refus de reconna\u00eetre les fronti\u00e8res de 1967 comme base de n\u00e9gociation : tout concourait \u00e0 rendre impossible la coexistence de deux \u00c9tats souverains.<\/p>\n<p>Jamais, peut-\u00eatre, Isra\u00ebl n\u2019aura autant terni son image internationale \u2014 y compris aupr\u00e8s d\u2019une partie croissante de l\u2019opinion am\u00e9ricaine \u2014 que sous l\u2019\u00e8re de celui que beaucoup surnomment d\u00e9sormais \u201cle boucher de Gaza\u201d. L\u2019usage disproportionn\u00e9 de la force, les destructions massives et le m\u00e9pris affich\u00e9 pour les r\u00e9solutions internationales ont profond\u00e9ment isol\u00e9 l\u2019\u00c9tat isra\u00e9lien sur la sc\u00e8ne mondiale.<\/p>\n<p>Les administrations am\u00e9ricaines successives portent une responsabilit\u00e9 \u00e9crasante dans cette d\u00e9rive. Les d\u00e9mocrates ont multipli\u00e9 les discours sur la paix sans jamais exercer de pression r\u00e9elle sur leur alli\u00e9 isra\u00e9lien. Quant aux r\u00e9publicains, ils ont souvent assum\u00e9 un alignement quasi total sur les positions les plus dures du gouvernement isra\u00e9lien.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Donald Trump en 2016 constitua une rupture suppl\u00e9mentaire. En transf\u00e9rant l\u2019ambassade am\u00e9ricaine \u00e0 J\u00e9rusalem, Washington enterrait de facto l\u2019un des principes centraux des n\u00e9gociations : le statut partag\u00e9 ou n\u00e9goci\u00e9 de la ville sainte. Cette d\u00e9cision fut per\u00e7ue dans le monde arabe comme une validation unilat\u00e9rale des revendications isra\u00e9liennes sur l\u2019ensemble de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, l\u2019effacement progressif du cadre europ\u00e9en, symbolis\u00e9 par le r\u00f4le ambigu et largement inefficace de Tony Blair comme envoy\u00e9 international, achevait de d\u00e9sarticuler ce qu\u2019il restait de l\u2019initiative de paix.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, l\u2019appel renouvel\u00e9 de Donald Trump aux accords d\u2019Abraham appara\u00eet comme une autre illusion diplomatique. Ces accords ont normalis\u00e9 les relations entre Isra\u00ebl et certains dirigeants arabes sans jamais r\u00e9gler la question centrale : de la paix entre les peuples et donc des droits nationaux du peuple palestinien. Ils invitent, en r\u00e9alit\u00e9, les dirigeants arabes \u00e0 contourner la trag\u00e9die palestinienne au nom d\u2019int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques ou \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Or, aucune paix durable\u00a0; une paix viable ne pourra voir le jour au Proche-Orient tant que la question palestinienne restera baffou\u00e9e. Isra\u00ebl aura beau s\u2019abriter derri\u00e8re la protection militaire et diplomatique am\u00e9ricaine, aucune stabilit\u00e9 r\u00e9elle ne lui sera garantie sans une paix juste.<\/p>\n<p>Et le prix de cette paix est connu depuis longtemps : la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat palestinien viable sur les fronti\u00e8res de 1967, avec J\u00e9rusalem-Est pour capitale. Tout le reste n\u2019est que diversion, gestion du conflit ou fuite en avant.<\/p>\n<p>L\u2019histoire enseigne qu\u2019aucun peuple n\u2019accepte ind\u00e9finiment l\u2019effacement, l\u2019occupation ou l\u2019exil. Le destin des Palestiniens demeure celui de recouvrer une part de leur terre afin d\u2019y vivre libres, dignes et en paix avec les autres peuples du monde. C\u2019est \u00e0 cette condition seulement que la coexistence cessera d\u2019\u00eatre un slogan diplomatique pour devenir enfin une r\u00e9alit\u00e9 politique. L\u2019opinion publique internationale y pousse, chaque jour.<\/p>\n<p>J.D<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire retiendra que la poign\u00e9e de main historique de 1993, sur la pelouse de la Maison-Blanche, entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, sous le regard triomphant de Bill Clinton, portait l\u2019espoir immense d\u2019une paix enfin possible entre Isra\u00e9liens et Palestiniens. 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