{"id":23625,"date":"2026-08-06T10:08:34","date_gmt":"2026-08-06T10:08:34","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23625"},"modified":"2026-08-06T10:07:44","modified_gmt":"2026-08-06T10:07:44","slug":"situation-economique-2025-la-bcm-epinglee-sur-son-rapport","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23625","title":{"rendered":"Situation \u00e9conomique 2025 : la BCM \u00e9pingl\u00e9e sur son rapport"},"content":{"rendered":"<p>Le Rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Mauritanie (BCM), document de r\u00e9f\u00e9rence cens\u00e9 pr\u00e9senter une photographie fid\u00e8le de l&#8217;\u00e9conomie nationale, fait l&#8217;objet de s\u00e9rieuses r\u00e9serves soulev\u00e9es par le Pr Moustapha Ely. Son analyse met en relief des contradictions statistiques qui d\u00e9passent le statut d&#8217;erreurs mat\u00e9rielles et plus pernicieusement encore interrogent la qualit\u00e9 du processus de validation des donn\u00e9es \u00e9conomiques officielles elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Le Pr Moustapha Ely, en sp\u00e9cialiste, n\u2019y va donc pas par quatre chemins. Il prend le temps de tout d\u00e9sherber pour retrouver les failles. Une anguille sous roche qui jusqu\u2019ici avait \u00e9chapp\u00e9 aux autres ou parce que noy\u00e9e dans la tradition r\u00e9barbative des rapports. Il rel\u00e8ve avant de r\u00e9v\u00e9ler une incoh\u00e9rence dans des donn\u00e9es statistiques s\u2019agissant aussi bien de la dette ext\u00e9rieure, des recettes budg\u00e9taires, de l&#8217;absence d&#8217;un indicateur consolid\u00e9 de dette publique ainsi que d\u2019autres lacunes m\u00e9thodologiques r\u00e9duisant ainsi la fiabilit\u00e9 d&#8217;un document destin\u00e9 \u00e0 servir de r\u00e9f\u00e9rence aux autorit\u00e9s publiques, aux investisseurs et aux partenaires techniques et financiers. Car, en effet, la cr\u00e9dibilit\u00e9 d&#8217;une banque centrale repose autant sur la qualit\u00e9 de ses d\u00e9cisions que sur la rigueur, la coh\u00e9rence et la fiabilit\u00e9 des donn\u00e9es qu&#8217;elle publie.<\/p>\n<p><strong>Une contradiction majeure sur la dette ext\u00e9rieure<\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re incoh\u00e9rence concerne l&#8217;\u00e9volution de la dette ext\u00e9rieure, indicateur d\u00e9terminant pour appr\u00e9cier la soutenabilit\u00e9 des finances publiques.<\/p>\n<p>Dans la lettre du Gouverneur, qui constitue le r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif du rapport, la BCM affirme que la dette ext\u00e9rieure est pass\u00e9e de 4,27 milliards de dollars en 2024 \u00e0 4,06 milliards en 2025, soit une baisse de 4,97 %, ramenant le ratio dette\/PIB \u00e0 33,58 %.<\/p>\n<p>Cependant, le chapitre technique consacr\u00e9 aux finances publiques pr\u00e9sente une r\u00e9alit\u00e9 totalement diff\u00e9rente. Les tableaux d\u00e9taill\u00e9s montrent une progression continue de l&#8217;encours de la dette, qui atteint 4,272 milliards de dollars en 2025 contre 4,237 milliards en 2024, soit une hausse de pr\u00e8s de 1 %, avec un ratio dette\/PIB de 37 %.<\/p>\n<p>Ces deux versions sont incompatibles. Or, les tableaux techniques d\u00e9taill\u00e9s, ventil\u00e9s par cr\u00e9anciers, apparaissent m\u00e9thodologiquement plus solides que le r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif. L&#8217;analyse du Pr Moustapha Ely montre ainsi que la contradiction ne porte pas sur un simple arrondi statistique mais sur le sens m\u00eame de l&#8217;\u00e9volution de l&#8217;endettement.<\/p>\n<p><strong>Les recettes budg\u00e9taires : un second \u00e9cart significatif<\/strong><\/p>\n<p>Une seconde incoh\u00e9rence concerne les recettes budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif annonce des recettes de 105,8 milliards d&#8217;ouguiyas alors que le chapitre technique retient 110,9 milliards, soit un \u00e9cart sup\u00e9rieur \u00e0 cinq milliards d&#8217;ouguiyas.<\/p>\n<p>La v\u00e9rification est simple.<\/p>\n<p>Les d\u00e9penses publiques \u00e9tant identiques dans les deux parties du rapport (112,4 milliards d&#8217;ouguiyas), le d\u00e9ficit budg\u00e9taire d\u00e9pend directement du niveau des recettes. Ainsi, avec 105,8 milliards de recettes, le d\u00e9ficit atteint environ 6,6 milliards d&#8217;ouguiyas alors qu\u2019avec 110,9 milliards, le d\u00e9ficit est proche de 1,5 milliard.<\/p>\n<p>Or, la BCM annonce elle-m\u00eame un d\u00e9ficit voisin de 1,4 milliard d&#8217;ouguiyas. Seule la seconde version permettrait de retrouver le r\u00e9sultat officiel, ce qui renforce l&#8217;hypoth\u00e8se selon laquelle le r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif contient des donn\u00e9es obsol\u00e8tes ou non actualis\u00e9es.<\/p>\n<p>Le raisonnement du Pr Moustapha Ely serait \u00e9galement confort\u00e9 par les statistiques internationales.<\/p>\n<p>La Banque mondiale estime le d\u00e9ficit budg\u00e9taire mauritanien \u00e0 environ 0,3 % du PIB en 2025, estimation coh\u00e9rente avec les chiffres du chapitre technique de la BCM et non avec ceux figurant dans la lettre du Gouverneur.<\/p>\n<p>Cette convergence constitue un \u00e9l\u00e9ment de validation externe qui renforce la cr\u00e9dibilit\u00e9 des tableaux techniques et affaiblit celle du r\u00e9sum\u00e9 ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p><strong>Une dette publique consolid\u00e9e absente<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;une des critiques les plus importantes concerne l&#8217;absence d&#8217;un indicateur pourtant essentiel : le ratio de dette publique totale.<\/p>\n<p>Le rapport pr\u00e9sente s\u00e9par\u00e9ment la dette ext\u00e9rieure et la dette int\u00e9rieure, mais ne fournit jamais leur consolidation. Cette omission limite fortement l&#8217;appr\u00e9ciation globale des risques budg\u00e9taires.<\/p>\n<p>Pourtant, le rapport montre lui-m\u00eame que les \u00e9missions de bons et obligations du Tr\u00e9sor ont progress\u00e9 d&#8217;environ 78 % en une seule ann\u00e9e.<\/p>\n<p>En reconstituant les donn\u00e9es disponibles, le Pr Moustapha Ely estime que la dette publique consolid\u00e9e repr\u00e9senterait entre 40 % et 43 % du PIB, une estimation tr\u00e8s proche des 42,6 % publi\u00e9s par la Banque mondiale.<\/p>\n<p>Cette absence de consolidation prive les d\u00e9cideurs et les investisseurs d&#8217;un indicateur fondamental de soutenabilit\u00e9 budg\u00e9taire.<\/p>\n<p><strong>Un rapport de qualit\u00e9 mais\u2026<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;analyse ne remet pas totalement en cause la qualit\u00e9 du rapport.<\/p>\n<p>Au contraire, plusieurs \u00e9l\u00e9ments t\u00e9moignent d&#8217;efforts de transparence, estime-t-il notamment en rapport avec les \u00e9tats financiers de la Banque elle-m\u00eame, les difficult\u00e9s de certaines banques commerciales au regard des exigences prudentielles et les risques li\u00e9s \u00e0 la concentration des exportations sur trois produits (or, fer et p\u00eache).<\/p>\n<p>La m\u00e9thodologie utilis\u00e9e pour convertir les montants en ouguiyas vers les dollars n&#8217;est pas expliqu\u00e9e, ce qui compliquerait la v\u00e9rification ind\u00e9pendante des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, le rel\u00e8vement du taux directeur d\u00e9cid\u00e9 face au retour des tensions inflationnistes n&#8217;est \u00e9voqu\u00e9 que dans la lettre du Gouverneur, sans \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 dans le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la politique mon\u00e9taire.<\/p>\n<p>Si ces incoh\u00e9rences semblent davantage relever d&#8217;insuffisances de gouvernance statistique que d&#8217;une volont\u00e9 de d\u00e9sinformation, elles rappellent pourtant les failles qui peuvent \u00e9branler tout l\u2019\u00e9chafaudage construit ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour faire \u00e0 la BCM son blason.<\/p>\n<p>La BCM gagnerait \u00e0 s\u2019expliquer sur les tares de son rapport pour mieux \u00e9difier ces zones d\u2019ombre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Rapport annuel 2025 de la Banque centrale de Mauritanie (BCM), document de r\u00e9f\u00e9rence cens\u00e9 pr\u00e9senter une photographie fid\u00e8le de l&#8217;\u00e9conomie nationale, fait l&#8217;objet de s\u00e9rieuses r\u00e9serves soulev\u00e9es par le Pr Moustapha Ely. 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