{"id":23767,"date":"2026-08-17T12:38:44","date_gmt":"2026-08-17T12:38:44","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23767"},"modified":"2026-08-17T12:38:44","modified_gmt":"2026-08-17T12:38:44","slug":"rapport-de-linspection-generale-detat-que-nous-disent-vraiment-les-chiffres-sur-notre-gestion-publique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23767","title":{"rendered":"Rapport de l&#8217;Inspection G\u00e9n\u00e9rale d&#8217;\u00c9tat : que nous disent vraiment les chiffres sur notre gestion publique ?"},"content":{"rendered":"<p>Il existe une mani\u00e8re facile de lire un rapport comme celui de l&#8217;Inspection G\u00e9n\u00e9rale d&#8217;\u00c9tat : parcourir rapidement les chiffres, s&#8217;arr\u00eater sur le plus impressionnant d&#8217;entre eux, exprimer sa surprise ou sa col\u00e8re, puis tourner la page. Et il en existe une autre, plus exigeante mais plus juste : s&#8217;attarder un peu sur ces chiffres et demander \u00e0 chacun d&#8217;eux ce qu&#8217;il \u00e9tait avant de devenir un simple nombre.<\/p>\n<p>Car derri\u00e8re chaque montant cit\u00e9 dans ce rapport, il y a une institution cens\u00e9e fonctionner autrement. Derri\u00e8re chaque irr\u00e9gularit\u00e9, il y a un responsable qui a pris une d\u00e9cision, ferm\u00e9 les yeux sur une proc\u00e9dure, ou sign\u00e9 un document qu&#8217;il n&#8217;aurait pas d\u00fb signer. Et derri\u00e8re chaque recommandation, une question reste en suspens : allons-nous vraiment corriger le probl\u00e8me, ou nous contenterons-nous de le consigner ?<\/p>\n<p>C&#8217;est pour cette raison que le rapport annuel de l&#8217;Inspection G\u00e9n\u00e9rale d&#8217;\u00c9tat, portant sur les exercices 2024 et 2025, m\u00e9rite mieux qu&#8217;une lecture rapide des titres. Il m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre lu calmement, loin de deux tentations extr\u00eames qui ne servent ni l&#8217;une ni l&#8217;autre la v\u00e9rit\u00e9 : l&#8217;exag\u00e9ration, qui transforme chaque irr\u00e9gularit\u00e9 en scandale, et la minimisation, qui transforme chaque manquement en \u00ab incident banal, comme dans toute administration \u00bb. Ce rapport ne dit pas que l&#8217;administration mauritanienne est gangren\u00e9e par la corruption, mais il ne nous autorise pas non plus \u00e0 traiter ce qu&#8217;il r\u00e9v\u00e8le comme de simples faux pas sans cons\u00e9quence. Il offre, selon moi, le portrait fid\u00e8le d&#8217;une administration qui progresse dans la bonne direction sur certains points, tout en vacillant s\u00e9rieusement sur d&#8217;autres.<\/p>\n<p>Un chiffre qui rassure, une question qui ne se referme pas<\/p>\n<p>Ce qui retient d&#8217;abord l&#8217;attention du lecteur, c&#8217;est que l&#8217;Inspection a \u00e9tabli un impact financier des irr\u00e9gularit\u00e9s s&#8217;\u00e9levant \u00e0 2 375 239 189 ouguiyas, sur un montant total de plus de 32,86 milliards d&#8217;ouguiyas ayant fait l&#8217;objet d&#8217;un audit, en pr\u00e9cisant que cet impact financier identifi\u00e9 a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gralement recouvr\u00e9.<\/p>\n<p>C&#8217;est, franchement, une bonne nouvelle. Le recouvrement des deniers publics n&#8217;est pas un d\u00e9tail : c&#8217;est le c\u0153ur m\u00eame de tout contr\u00f4le s\u00e9rieux, et cela donne au contribuable une raison l\u00e9gitime de croire qu&#8217;une vigilance existe bel et bien. Mais je ne peux pas m&#8217;arr\u00eater \u00e0 ce sentiment de soulagement, car une question plus fondamentale demeure : pourquoi ce dysfonctionnement s&#8217;est-il produit en premier lieu ?<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;une entit\u00e9 publique paie pour des travaux non r\u00e9alis\u00e9s, ou pour des prestations qui ne respectent pas le cahier des charges convenu, r\u00e9cup\u00e9rer cet argent est une \u00e9tape n\u00e9cessaire, mais elle ne cl\u00f4t pas l&#8217;histoire. La question demeure : o\u00f9 \u00e9taient les yeux du contr\u00f4le \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? Qui suivait l&#8217;avancement des travaux, jour apr\u00e8s jour ? Qui a sign\u00e9 la r\u00e9ception de l&#8217;ouvrage tout en sachant, ou en devant savoir, qu&#8217;il \u00e9tait incomplet ? Et comment cette irr\u00e9gularit\u00e9 a-t-elle pu traverser toutes ces \u00e9tapes, l&#8217;une apr\u00e8s l&#8217;autre, avant d&#8217;\u00eatre finalement rep\u00e9r\u00e9e par l&#8217;Inspection ?<\/p>\n<p>Ce sont ces questions, bien plus que les chiffres eux-m\u00eames, qui donnent au rapport sa v\u00e9ritable valeur. Elles nous font passer d&#8217;un d\u00e9bat sur \u00ab combien avons-nous r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ? \u00bb \u00e0 un d\u00e9bat bien plus profond : \u00ab comment g\u00e9rons-nous r\u00e9ellement nos deniers publics ?<\/p>\n<p>Quand la m\u00eame histoire se r\u00e9p\u00e8te sous des noms diff\u00e9rents<\/p>\n<p>Le tableau se pr\u00e9cise encore lorsqu&#8217;on parcourt la liste des irr\u00e9gularit\u00e9s relev\u00e9es par l&#8217;Inspection : des montants vers\u00e9s pour des travaux partiels non ex\u00e9cut\u00e9s ou non conformes, des p\u00e9nalit\u00e9s de retard jamais recouvr\u00e9es, des surfacturations, des cr\u00e9ances de l&#8217;\u00c9tat rest\u00e9es dans les tiroirs des d\u00e9biteurs, des imp\u00f4ts non pr\u00e9lev\u00e9s \u00e0 la source, des d\u00e9penses sans contrepartie r\u00e9elle, des d\u00e9penses insuffisamment justifi\u00e9es, et des avantages accord\u00e9s \u00e0 des agents sans qu&#8217;ils y aient droit.<\/p>\n<p>Prise isol\u00e9ment, chacune de ces situations peut sembler une simple erreur administrative, facilement rectifiable. Mais r\u00e9unies dans un m\u00eame rapport, elles dessinent les contours d&#8217;un probl\u00e8me plus profond : un probl\u00e8me qui touche l&#8217;ensemble du cycle de la gestion publique.<\/p>\n<p>Car l&#8217;argent public se perd rarement dans un acte de corruption unique et spectaculaire. L&#8217;histoire commence souvent par une petite tol\u00e9rance envers une proc\u00e9dure de routine, une signature qui n&#8217;aurait pas d\u00fb \u00eatre appos\u00e9e, un march\u00e9 mal encadr\u00e9, un contr\u00f4le interne qui s&#8217;est momentan\u00e9ment assoupi. Puis, \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9tition, l&#8217;exception devient la r\u00e8gle, et sa correction devient bien plus difficile que ne l&#8217;aurait \u00e9t\u00e9 sa pr\u00e9vention initiale.<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi ce qui m&#8217;a le plus marqu\u00e9 dans ce rapport, ce ne sont pas seulement les irr\u00e9gularit\u00e9s \u00e0 impact financier chiffr\u00e9, mais surtout celles dont l&#8217;impact financier direct n&#8217;a pas pu \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 \u2014 car elles sont les plus dangereuses, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&#8217;elles restent silencieuses sur le plan chiffr\u00e9 : 16 cas de d\u00e9faillance du contr\u00f4le interne, 12 cas de concurrence fictive, 10 cas d&#8217;entente directe injustifi\u00e9e ou de d\u00e9passement du seuil de comp\u00e9tence, sans compter les cas li\u00e9s \u00e0 la transparence, au fractionnement des d\u00e9penses, et \u00e0 des ouvrages achev\u00e9s puis laiss\u00e9s \u00e0 l&#8217;abandon, sans exploitation.<\/p>\n<p>Ces chiffres murmurent quelque chose de simple mais d&#8217;essentiel : certaines erreurs co\u00fbtent de l&#8217;argent \u00e0 l&#8217;\u00c9tat aujourd&#8217;hui, et d&#8217;autres sont plus dangereuses encore, car elles pr\u00e9parent le terrain \u00e0 des pertes plus importantes demain.<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le interne constitue la premi\u00e8re ligne de d\u00e9fense, le gardien cens\u00e9 d\u00e9tecter le dysfonctionnement avant que les organes de contr\u00f4le externe ne soient contraints d&#8217;intervenir sur le terrain. Et lorsque c&#8217;est l&#8217;inspecteur externe qui d\u00e9couvre, encore et encore, des erreurs que le contr\u00f4le interne aurait d\u00fb intercepter en premier lieu, la question ne se limite plus \u00e0 \u00ab qui a commis l&#8217;erreur ? \u00bb, mais devient : \u00ab pourquoi l&#8217;erreur n&#8217;a-t-elle pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9tect\u00e9e de l&#8217;int\u00e9rieur ? \u00bb \u00c0 mon sens, la r\u00e9forme de ce contr\u00f4le interne n&#8217;est pas moins urgente que celle des organes d&#8217;inspection eux-m\u00eames ; elle pourrait m\u00eame la pr\u00e9c\u00e9der en priorit\u00e9.<\/p>\n<p>Quand l&#8217;argent public passe par une porte \u00e9troite : la commande publique<\/p>\n<p>Parmi les dossiers que les donn\u00e9es mettent clairement en lumi\u00e8re figure celui de la commande publique, que le rapport qualifie de domaine le plus expos\u00e9 aux risques. Cela se comprend ais\u00e9ment si l&#8217;on consid\u00e8re le volume des fonds qui transitent par les march\u00e9s publics, ainsi que la multiplicit\u00e9 de leurs \u00e9tapes : de la planification \u00e0 la passation, puis \u00e0 l&#8217;ex\u00e9cution et \u00e0 la r\u00e9ception.<\/p>\n<p>Or, le probl\u00e8me r\u00e9side rarement dans le march\u00e9 en tant que document. Un contrat peut sembler parfaitement bord\u00e9 sur le papier, puis se d\u00e9liter sur le terrain faute d&#8217;un suivi r\u00e9el des travaux et des prestations. C&#8217;est pourquoi la num\u00e9risation des march\u00e9s, l&#8217;application rigoureuse du code de la commande publique, et le renforcement du contr\u00f4le pendant l&#8217;ex\u00e9cution \u2014 et non plus seulement apr\u00e8s coup \u2014 ne sont pas de simples mesures techniques arides, mais bien, dans leur essence, une bataille quotidienne pour prot\u00e9ger l&#8217;argent public d&#8217;une \u00e9rosion silencieuse.<\/p>\n<p>Quand le chiffre a un visage humain<\/p>\n<p>Ce que le rapport r\u00e9v\u00e8le concernant le secteur de la protection sociale m\u00e9rite, quant \u00e0 lui, un arr\u00eat diff\u00e9rent \u2014 plus pos\u00e9, plus r\u00e9fl\u00e9chi.<\/p>\n<p>Ce secteur, par sa nature m\u00eame, s&#8217;adresse aux cat\u00e9gories qui ont le plus besoin de soutien. Aussi, lorsque le rapport \u00e9voque des fonds destin\u00e9s \u00e0 des activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus non recouvr\u00e9s, des financements d\u00e9pos\u00e9s aupr\u00e8s d&#8217;un \u00e9tablissement financier en difficult\u00e9, des d\u00e9penses ex\u00e9cut\u00e9es hors des r\u00e8gles de la comptabilit\u00e9 publique, ou des travaux r\u00e9alis\u00e9s sans base contractuelle, il ne faut pas se contenter d&#8217;une lecture purement comptable.<\/p>\n<p>Car derri\u00e8re chaque programme social se trouve un \u00eatre humain bien r\u00e9el : une famille qui attendait une aide arriv\u00e9e trop tard, un jeune qui avait plac\u00e9 ses espoirs dans le financement d&#8217;un petit projet, une femme qui misait sur une activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus pour changer quelque chose dans la vie de ses enfants. Lorsque cet argent se perd ou est mal g\u00e9r\u00e9, la perte n&#8217;est pas seulement chiffr\u00e9e \u2014 c&#8217;est une occasion humaine perdue.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, prot\u00e9ger les fonds des programmes sociaux d\u00e9passe la simple obligation comptable ; c&#8217;est, tout simplement, une responsabilit\u00e9 morale. Dans ce contexte, la recommandation de l&#8217;Inspection de cr\u00e9er un syst\u00e8me d&#8217;information pour le suivi et la gestion des aides financi\u00e8res appara\u00eet comme bien plus qu&#8217;une mesure technique : bien exploit\u00e9e, la num\u00e9risation peut rendre le parcours de chaque ouguiya plus transparent, r\u00e9v\u00e9ler o\u00f9 elle est all\u00e9e, qui en a r\u00e9ellement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, si elle a servi l&#8217;objectif pour lequel elle avait \u00e9t\u00e9 allou\u00e9e, et si les pr\u00eats et cr\u00e9ances ont \u00e9t\u00e9 recouvr\u00e9s dans les d\u00e9lais.<\/p>\n<p>Le chiffre qui m\u00e9rite qu&#8217;on s&#8217;y attarde<\/p>\n<p>Mais le chiffre le plus interpellant de tout le rapport est peut-\u00eatre celui-ci : 66 %, le taux d&#8217;ex\u00e9cution des actions li\u00e9es aux recommandations de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Cela signifie que 231 actions sur 348 ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre, tandis que les autres sont rest\u00e9es en suspens durant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e. Et la port\u00e9e de ce chiffre s&#8217;accentue encore lorsqu&#8217;on examine les \u00e9carts entre secteurs : 94 % de taux d&#8217;ex\u00e9cution dans l&#8217;agriculture, contre seulement 34 % dans la protection sociale.<\/p>\n<p>Je ne pense pas que cet \u00e9cart nous autorise \u00e0 conclure h\u00e2tivement qu&#8217;un secteur serait \u00ab int\u00e8gre \u00bb et l&#8217;autre \u00ab corrompu \u00bb \u2014 ce serait une simplification trompeuse d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 bien plus complexe. Mais il nous permet, voire nous impose, de poser une question l\u00e9gitime : pourquoi certains secteurs parviennent-ils \u00e0 ex\u00e9cuter les recommandations bien mieux que d&#8217;autres, avec un tel \u00e9cart ?<\/p>\n<p>Est-ce une question de capacit\u00e9s des responsables concern\u00e9s ? De clart\u00e9 des recommandations et de leur applicabilit\u00e9 concr\u00e8te ? De faiblesse des m\u00e9canismes de suivi ? D&#8217;absence d&#8217;outils v\u00e9ritablement contraignants capables de transformer une recommandation en obligation ? Ou bien, hypoth\u00e8se la plus d\u00e9rangeante, d&#8217;une culture administrative qui continue de consid\u00e9rer les recommandations de contr\u00f4le comme quelque chose que l&#8217;on peut ind\u00e9finiment reporter ?<\/p>\n<p>\u00c0 mon sens, ce point pr\u00e9cis constitue le c\u0153ur m\u00eame de ce rapport \u2014 et peut-\u00eatre le c\u0153ur de tout dilemme du contr\u00f4le, dans quelque administration que ce soit.<\/p>\n<p>Quand le rapport s&#8217;ach\u00e8ve, la phase la plus difficile commence<\/p>\n<p>Le contr\u00f4le ne s&#8217;arr\u00eate pas lorsque l&#8217;inspecteur quitte son bureau et pose son rapport sur la table. C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que commence la phase la plus difficile. Un rapport peut \u00eatre excellent, ses recommandations pr\u00e9cises, ses irr\u00e9gularit\u00e9s m\u00e9ticuleusement document\u00e9es \u2014 tout ce travail perd n\u00e9anmoins une grande partie de sa valeur si ces recommandations ne se traduisent pas en d\u00e9cisions concr\u00e8tes, en v\u00e9ritable reddition de comptes, et en r\u00e9formes tangibles du fonctionnement quotidien.<\/p>\n<p>C&#8217;est pourquoi je rejoins la conclusion du rapport : l&#8217;efficacit\u00e9 du contr\u00f4le ne se mesure pas au nombre de missions accomplies ni au volume des pages r\u00e9dig\u00e9es, mais \u00e0 la mesure dans laquelle il se traduit r\u00e9ellement en correction sur le terrain.<\/p>\n<p>Et j&#8217;irais m\u00eame plus loin : le meilleur rapport de contr\u00f4le n&#8217;est pas n\u00e9cessairement celui qui affiche les chiffres les plus impressionnants, mais celui qui rend le rapport de l&#8217;ann\u00e9e suivante moins n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9couverte des m\u00eames erreurs.<\/p>\n<p>C&#8217;est de l\u00e0 que d\u00e9coule l&#8217;importance des r\u00e9formes juridiques et institutionnelles \u00e9voqu\u00e9es dans le rapport : les lois relatives \u00e0 la lutte contre la corruption, \u00e0 la d\u00e9claration de patrimoine et d&#8217;int\u00e9r\u00eats, \u00e0 l&#8217;Autorit\u00e9 nationale de lutte contre la corruption, ainsi que la num\u00e9risation des march\u00e9s publics et du registre foncier, l&#8217;\u00e9laboration de cartographies des risques de corruption, et le d\u00e9veloppement d&#8217;une plateforme de suivi des recommandations des organes de contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Mais ces mesures, aussi importantes soient-elles, ne suffiront pas si elles restent prisonni\u00e8res des textes, des plateformes et des documents officiels. La v\u00e9ritable r\u00e9forme commence \u00e0 un endroit plus profond : au moment o\u00f9 l&#8217;agent et le responsable, chacun \u00e0 son poste, ressentent que le respect de la loi n&#8217;est pas une option parmi d&#8217;autres, que l&#8217;argent public n&#8217;appartient \u00e0 personne en particulier mais \u00e0 tous, que le non-respect d&#8217;une proc\u00e9dure a un prix clair et d\u00e9fini, et que la reddition de comptes ne s&#8217;arr\u00eate pas au petit fonctionnaire pendant que le d\u00e9cideur haut plac\u00e9, lui, \u00e9chappe \u00e0 toute cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Une mise en garde n\u00e9cessaire<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, il faut se garder d&#8217;une autre tentation : celle de transformer les rapports de contr\u00f4le en instruments d&#8217;accusation collective ou de proc\u00e8s d&#8217;intention. Toute erreur n&#8217;est pas de la corruption, et toute irr\u00e9gularit\u00e9 proc\u00e9durale n&#8217;est pas la preuve d&#8217;une mauvaise foi. L&#8217;administration, de par sa nature humaine, est expos\u00e9e \u00e0 l&#8217;erreur en tout temps et en tout lieu. Mais la diff\u00e9rence v\u00e9ritable entre une administration saine et une administration qui s&#8217;accommode du dysfonctionnement r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de la premi\u00e8re \u00e0 d\u00e9tecter l&#8217;erreur, \u00e0 la corriger, \u00e0 en tenir responsable son auteur, puis \u00e0 prendre les mesures n\u00e9cessaires pour \u00e9viter qu&#8217;elle ne se reproduise.<\/p>\n<p>De m\u00eame, le renforcement des pr\u00e9rogatives des organes de contr\u00f4le doit s&#8217;accompagner du respect des garanties juridiques et de l&#8217;objectivit\u00e9, afin que le contr\u00f4le demeure une institution professionnelle \u2014 et non un instrument de r\u00e8glement de comptes ou de traitement s\u00e9lectif des dossiers.<\/p>\n<p>Deux messages dans un seul rapport<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, je consid\u00e8re que le rapport de l&#8217;Inspection G\u00e9n\u00e9rale d&#8217;\u00c9tat porte deux messages simultan\u00e9s, et non un seul.<\/p>\n<p>Le premier message est rassurant : il existe un organe de contr\u00f4le qui \u00e9largit ses outils, d\u00e9veloppe ses m\u00e9thodologies, d\u00e9tecte les irr\u00e9gularit\u00e9s avec une pr\u00e9cision croissante, assure le suivi de ses recommandations, participe \u00e0 la construction d&#8217;un dispositif national de lutte contre la corruption, et a su faire recouvrer int\u00e9gralement l&#8217;impact financier identifi\u00e9 par ses missions.<\/p>\n<p>Le second message est plus pressant : des dysfonctionnements r\u00e9currents persistent dans la gestion, une faiblesse structurelle affecte le contr\u00f4le interne, des risques manifestes entourent la commande publique, et un \u00e9cart consid\u00e9rable et injustifi\u00e9 subsiste dans l&#8217;ex\u00e9cution des recommandations d&#8217;un secteur \u00e0 l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Entre ces deux messages, notre position doit \u00eatre \u00e9quilibr\u00e9e, non oscillante. Il ne faut pas c\u00e9l\u00e9brer le recouvrement des fonds comme si le probl\u00e8me \u00e9tait d\u00e9finitivement r\u00e9solu, ni traiter ce rapport comme un acte de d\u00e9c\u00e8s de l&#8217;administration publique dans son ensemble.<\/p>\n<p>La juste attitude, selon moi, consiste \u00e0 le lire comme on lit un miroir : il nous montre des points forts qui m\u00e9ritent d&#8217;\u00eatre valoris\u00e9s, des points faibles qu&#8217;il faut reconna\u00eetre sans complaisance ni posture d\u00e9fensive, et des chantiers de r\u00e9forme qui ne supportent plus l&#8217;attente.<\/p>\n<p>L&#8217;argent que l&#8217;\u00c9tat parvient \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer est important, sans aucun doute, mais l&#8217;essentiel est de ne pas le perdre \u00e0 nouveau, de la m\u00eame mani\u00e8re, l&#8217;ann\u00e9e prochaine.<\/p>\n<p>La recommandation ex\u00e9cut\u00e9e aujourd&#8217;hui est un pas positif, mais l&#8217;essentiel est que les mesures qui \u00e9taient n\u00e9cessaires hier deviennent, demain, une partie normale et \u00e9vidente du fonctionnement quotidien \u2014 et non une exception que l&#8217;on c\u00e9l\u00e8bre chaque fois qu&#8217;elle se r\u00e9alise.<\/p>\n<p>Au bout du compte, je ne crois pas que la v\u00e9ritable r\u00e9forme administrative ait toujours besoin de grands slogans ou de plans grandioses. Elle commence parfois par quelque chose de tr\u00e8s simple : un agent qui respecte la proc\u00e9dure m\u00eame lorsque personne ne l&#8217;observe \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, un responsable qui suit un dossier jusqu&#8217;\u00e0 son terme et non jusqu&#8217;\u00e0 sa simple signature, une institution qui sait pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 va son argent, un contr\u00f4le interne qui joue pleinement son r\u00f4le avant que le contr\u00f4le externe ne soit contraint d&#8217;intervenir, et une recommandation qui ne reste pas prisonni\u00e8re du papier mais se traduit en action.<\/p>\n<p>C&#8217;est seulement lorsque ces \u00e9l\u00e9ments simples se r\u00e9unissent que nous pourrons v\u00e9ritablement affirmer \u00eatre pass\u00e9s d&#8217;une administration qui d\u00e9couvre ses erreurs apr\u00e8s qu&#8217;elles se soient produites, \u00e0 une administration qui apprend de ses erreurs et en emp\u00eache la r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>Et c&#8217;est l\u00e0, \u00e0 mon sens, le v\u00e9ritable test que le rapport de l&#8217;Inspection place devant l&#8217;\u00c9tat mauritanien : non pas un test de chiffres, mais un test de volont\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par Ahmed Mohamed Hamada<br \/>\n\u00c9crivain et analyste politique<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il existe une mani\u00e8re facile de lire un rapport comme celui de l&#8217;Inspection G\u00e9n\u00e9rale d&#8217;\u00c9tat : parcourir rapidement les chiffres, s&#8217;arr\u00eater sur le plus impressionnant d&#8217;entre eux, exprimer sa surprise ou sa col\u00e8re, puis tourner la page. Et il en existe une autre, plus exigeante mais plus juste : s&#8217;attarder un peu sur ces chiffres &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":20985,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,19],"tags":[],"class_list":["post-23767","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-tribune"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23767"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23767\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23768,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23767\/revisions\/23768"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/20985"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}