{"id":23874,"date":"2026-09-01T09:30:10","date_gmt":"2026-09-01T09:30:10","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23874"},"modified":"2026-08-31T23:51:26","modified_gmt":"2026-08-31T23:51:26","slug":"or-les-benefices-indecents-de-kinross-en-mauritanie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23874","title":{"rendered":"Or : les b\u00e9n\u00e9fices ind\u00e9cents de Kinross en Mauritanie"},"content":{"rendered":"<p>Alors que le prix de l\u2019or conna\u00eet depuis plus de deux ans une envol\u00e9e spectaculaire, d\u00e9passant par moments les 5 000 dollars l\u2019once, une question de fond s\u2019impose pour nous: notre pays b\u00e9n\u00e9ficie-t-il r\u00e9ellement \u00e0 la hauteur de la richesse extraite de son sous-sol, ou ne recueille-t-il qu\u2019une part marginale d\u2019une rente devenue exceptionnelle ?<\/p>\n<p>Depuis que la compagnie canadienne Kinross a pris le contr\u00f4le de Tasiast en 2010, la mine est devenue un actif majeur du groupe et l\u2019un des principaux moteurs de sa performance. Mais la r\u00e9partition de la valeur cr\u00e9\u00e9e soul\u00e8ve aujourd\u2019hui de s\u00e9rieuses interrogations. Le grand hic se trouve notamment dans le m\u00e9canisme de redevance pr\u00e9vu : celui-ci pr\u00e9voit un taux progressif culminant \u00e0 6,5 % lorsque le prix de l\u2019or d\u00e9passe 1 800 dollars l\u2019once. Or que signifie encore ce plafond lorsque l\u2019or se n\u00e9gocie \u00e0 3 000, 4 000 ou, comme r\u00e9cemment, pr\u00e8s de 5 000 dollars ? La valeur de la ressource explose, mais la part suppl\u00e9mentaire revenant \u00e0 l\u2019\u00c9tat reste, elle, enferm\u00e9e dans un m\u00e9canisme con\u00e7u pour une tout autre r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit \u00e9videmment pas de contester le principe de l\u2019investissement \u00e9tranger ni le r\u00f4le jou\u00e9 par Kinross dans le d\u00e9veloppement de Tasiast, dont les performances en font l\u2019une des grandes mines d\u2019or du continent. La v\u00e9ritable question est celle de l\u2019\u00e9quit\u00e9 du contrat dans les conditions actuelles. Les accords n\u00e9goci\u00e9s en 2020-2021 l\u2019ont \u00e9t\u00e9 dans un contexte o\u00f9 les perspectives du march\u00e9 \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es des niveaux atteints aujourd\u2019hui. Les projections retenues par l\u2019entreprise semblaient d\u00e9j\u00e0 lui garantir une rentabilit\u00e9 substantielle avec une hypoth\u00e8se prudente de 1 800 dollars l\u2019once. Depuis, le march\u00e9 de l\u2019or a profond\u00e9ment chang\u00e9, mais le m\u00e9canisme de partage de la rente, lui, n\u2019a pas suivi. Il en r\u00e9sulte une situation paradoxale : plus le cours de l\u2019or augmente, plus la valeur de la production s\u2019envole, mais la progression de la part revenant directement \u00e0 l\u2019\u00c9tat reste limit\u00e9e. Un contrat minier n\u2019est certes pas un document que l\u2019on modifie au gr\u00e9 des fluctuations du march\u00e9. Mais lorsqu\u2019un param\u00e8tre \u00e9conomique fondamental change radicalement, son \u00e9quilibre m\u00e9rite l\u00e9gitimement d\u2019\u00eatre r\u00e9\u00e9valu\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23479\">R\u00e9sultats de son deuxi\u00e8me trimestre: Kinross discr\u00e8te sur les performances de Tasiazt \u2013 La D\u00e9p\u00eache de Mauritanie et du Sahel<\/a><\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette asym\u00e9trie qui justifie aujourd\u2019hui l\u2019ouverture d\u2019un d\u00e9bat national. Un investisseur a \u00e9videmment vocation \u00e0 r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices : c\u2019est le principe m\u00eame de l\u2019investissement priv\u00e9. Mais un contrat peut \u00eatre parfaitement l\u00e9gal tout en devenant \u00e9conomiquement discutable lorsque les circonstances ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 sa conclusion ont profond\u00e9ment chang\u00e9.<\/p>\n<p>La l\u00e9galit\u00e9 ne devrait jamais emp\u00eacher l\u2019\u00e9valuation p\u00e9riodique d\u2019un accord \u00e0 l\u2019aune de l\u2019int\u00e9r\u00eat national. Le terme de \u00ab pillage l\u00e9gal \u00bb peut para\u00eetre excessif, mais il traduit une interrogation que les autorit\u00e9s ne peuvent plus \u00e9luder : la Mauritanie obtient-elle une r\u00e9mun\u00e9ration \u00e0 la mesure de la valeur exceptionnelle de la ressource qu\u2019elle met \u00e0 disposition ? D\u2019autant que Kinross a d\u00e9sormais \u00e9tendu son emprise \u00e0 Tasiast Sud pour plusieurs d\u00e9cennies. Dans ces conditions, les Mauritaniens sont en droit de demander des r\u00e9ponses pr\u00e9cises : combien d\u2019or est r\u00e9ellement produit chaque ann\u00e9e ? Quelle quantit\u00e9 est contenue dans les concentr\u00e9s export\u00e9s ? Quels sont les co\u00fbts effectifs de production ? Quelle marge est r\u00e9alis\u00e9e sur chaque once ? Quels contr\u00f4les l\u2019\u00c9tat exerce-t-il sur les volumes, les teneurs, les ventes et les recettes d\u00e9clar\u00e9es ?<\/p>\n<p>Ces questions ne rel\u00e8vent ni de la pol\u00e9mique ni d\u2019une hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019investissement \u00e9tranger. Elles constituent une exigence \u00e9l\u00e9mentaire de transparence dans la gestion d\u2019un patrimoine collectif. La Mauritanie \u2013encore profane dans le domaine- doit \u00eatre capable de savoir exactement ce qui est extrait de son sous-sol, ce qui est export\u00e9, ce qu\u2019elle per\u00e7oit et ce que l\u2019exploitant gagne. Les propres r\u00e9sultats financiers de Kinross montrent l\u2019importance strat\u00e9gique de Tasiast pour le groupe et l\u2019effet particuli\u00e8rement favorable de la flamb\u00e9e du prix de l\u2019or sur ses performances. Dans ce contexte, il serait pour le moins l\u00e9gitime de s\u2019interroger sur le m\u00e9canisme permettant \u00e0 l\u2019\u00c9tat de capter une part des profits exceptionnels g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par cette conjoncture. Le principe pourrait \u00eatre simple : lorsque les cours restent dans une fourchette normale, le contrat demeure inchang\u00e9 ; lorsqu\u2019ils atteignent des niveaux exceptionnellement \u00e9lev\u00e9s, une part croissante de la rente suppl\u00e9mentaire revient au pays producteur. C\u2019est cette logique de partage des \u00ab superprofits \u00bb qu\u2019il conviendrait d\u2019\u00e9tudier, plut\u00f4t que de s\u2019en tenir \u00e0 une simple perception plafonn\u00e9e des royalties.<\/p>\n<p>La question m\u00e9rite d\u2019autant plus d\u2019\u00eatre pos\u00e9e que l\u2019accord conclu en 2020 pr\u00e9voyait, pour Tasiast Sud, une participation gratuite de 15 % de l\u2019\u00c9tat, avec la possibilit\u00e9 de la porter \u00e0 25 % sous certaines conditions. Il faut certes pr\u00e9ciser que cette disposition concernait Tasiast Sud et non la mine actuellement exploit\u00e9e, et que ce volet n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re dans l\u2019accord d\u00e9finitif simplifi\u00e9 conclu en juillet 2021.<br \/>\nMais cette architecture contractuelle m\u00e9rite justement d\u2019\u00eatre r\u00e9examin\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de la nouvelle donne du march\u00e9. Pourquoi la Mauritanie devrait-elle continuer \u00e0 appliquer m\u00e9caniquement un taux maximal con\u00e7u autour d\u2019un cours de 1 800 dollars alors que l\u2019or vaut parfois presque trois fois plus ? Pourquoi ne pas n\u00e9gocier, \u00e0 l\u2019amiable, un nouveau m\u00e9canisme progressif permettant \u00e0 l\u2019\u00c9tat de b\u00e9n\u00e9ficier davantage des p\u00e9riodes de cours exceptionnellement \u00e9lev\u00e9s, tout en pr\u00e9servant la rentabilit\u00e9 et l\u2019attractivit\u00e9 de l\u2019investissement ? Il ne s\u2019agit pas de chasser Kinross, mais de trouver un nouvel \u00e9quilibre entre la r\u00e9mun\u00e9ration l\u00e9gitime du capital et le droit l\u00e9gitime d\u2019un \u00c9tat \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de la rente tir\u00e9e de son propre patrimoine minier.<\/p>\n<p>L\u2019urgence est d\u2019autant plus grande que la Mauritanie fait face \u00e0 des besoins consid\u00e9rables en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie, d\u2019infrastructures et de d\u00e9veloppement, dans un contexte marqu\u00e9 par des tensions \u00e9nerg\u00e9tiques, des difficult\u00e9s \u00e0 la Somelec et une inflation attendue autour de 7,5 %. Dans une telle situation, il serait difficilement acceptable que l\u2019essentiel de la valeur additionnelle cr\u00e9\u00e9e par l\u2019envol\u00e9e du cours de l\u2019or profite principalement \u00e0 l\u2019investisseur, tandis que l\u2019\u00c9tat et les populations riveraines n\u2019en recueilleraient qu\u2019une fraction marginale. Les visites officielles, les c\u00e9r\u00e9monies, les annonces ponctuelles ou les actions sociales de l\u2019exploitant ne sauraient se substituer \u00e0 la question essentielle : quelle est, au total, la rentabilit\u00e9 de Tasiast pour la collectivit\u00e9 nationale ? Une ressource naturelle ne devient une v\u00e9ritable richesse nationale que lorsqu\u2019elle contribue suffisamment au bien-\u00eatre de la population et au d\u00e9veloppement du pays. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019or atteint des sommets historiques, la Mauritanie doit donc regarder avec lucidit\u00e9 les conditions dans lesquelles son or est exploit\u00e9.<\/p>\n<p>Le moment est venu d\u2019ouvrir le d\u00e9bat, chiffres \u00e0 l\u2019appui, sans proc\u00e8s d\u2019intention mais sans complaisance non plus. La v\u00e9ritable question n\u2019est pas de savoir si Kinross gagne de l\u2019argent en Mauritanie : c\u2019est normal pour un investisseur. Elle est de savoir si, lorsque la valeur de l\u2019or extrait du sous-sol mauritanien explose, la Mauritanie gagne, elle aussi, suffisamment. Si l\u2019entreprise refuse toute \u00e9volution du m\u00e9canisme de partage, le gouvernement devra examiner avec s\u00e9rieux l\u2019ensemble des leviers juridiques, fiscaux et contractuels dont il dispose pour d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9r\u00eat national. Les controverses \u00e9ventuelles autour de certains actionnaires ou investisseurs de la mine (Vanguard) pourraient booster une argumentation \u00e9conomique et juridique solide. Mais elles pourraient nourrir le d\u00e9bat public sur la responsabilit\u00e9 et la gouvernance de cette ressource strat\u00e9gique. Au fond, la question est simple : \u00e0 qui profite r\u00e9ellement l\u2019or de Tasiast ?<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s mauritaniennes auront-elles le courage politique de demander \u00e0 Kinross de revoir sa copie ? Car Tasiazt n\u2019est pas seulement une mine rentable pour une multinationale : c\u2019est une partie du patrimoine national. Et ce patrimoine doit d\u2019abord profiter davantage aux Mauritaniens.<\/p>\n<p>JD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que le prix de l\u2019or conna\u00eet depuis plus de deux ans une envol\u00e9e spectaculaire, d\u00e9passant par moments les 5 000 dollars l\u2019once, une question de fond s\u2019impose pour nous: notre pays b\u00e9n\u00e9ficie-t-il r\u00e9ellement \u00e0 la hauteur de la richesse extraite de son sous-sol, ou ne recueille-t-il qu\u2019une part marginale d\u2019une rente devenue exceptionnelle ? &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":23510,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,2],"tags":[],"class_list":["post-23874","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-economie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23874","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23874"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23874\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23880,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23874\/revisions\/23880"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/23510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23874"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23874"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23874"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}