{"id":23918,"date":"2026-09-05T11:48:14","date_gmt":"2026-09-05T11:48:14","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23918"},"modified":"2026-09-05T11:48:14","modified_gmt":"2026-09-05T11:48:14","slug":"politique-le-dialogue-national-a-lepreuve-des-lignes-rouges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23918","title":{"rendered":"Politique: Le dialogue national \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des lignes rouges"},"content":{"rendered":"<p>Le pays est suspendu \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un dialogue politique dont les protagonistes ne parlent pas encore le m\u00eame langage Notre pays est d\u00e9sormais largement tourn\u00e9 vers le dialogue national annonc\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Un dialogue dont l\u2019opposition a accept\u00e9 le pilotage par Moussa Fall. Le pays en attend beaucoup, peut-\u00eatre m\u00eame trop, tant ce rendez-vous politique est progressivement devenu l\u2019un des principaux points de fixation de la vie nationale. Mais \u00e0 mesure que les pr\u00e9paratifs avancent, une difficult\u00e9 majeure appara\u00eet : les principaux protagonistes ne semblent pas appr\u00e9hender le dialogue sous le m\u00eame prisme.<\/p>\n<p>Le communiqu\u00e9 publi\u00e9 par les partis de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle et les formations soutenant le pr\u00e9sident Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, \u00e0 l\u2019issue de leur r\u00e9union du 3 septembre, en donne une illustration. La majorit\u00e9 affirme sa disponibilit\u00e9 \u00e0 discuter \u00ab des diff\u00e9rentes questions inscrites \u00e0 l\u2019ordre du jour \u00bb, annonce la constitution d\u2019une commission charg\u00e9e de d\u00e9finir ses positions et ses objectifs et insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de ne poser, en amont, aucune limite au d\u00e9bat. Une limite qui co\u00efncide avec les r\u00e9serves d\u00e9j\u00e0 \u00e9mises par l\u2019opposition au sujet du \u00ab3\u00e8me mandat\u00a0\u00bb. Cette approche traduit une volont\u00e9 affich\u00e9e de laisser le dialogue ouvert et de permettre que toutes les questions susceptibles d\u2019int\u00e9resser l\u2019avenir du pays puissent \u00eatre mises sur la table.<\/p>\n<p>Pour la majorit\u00e9, le principe semble \u00eatre donc celui d\u2019un dialogue sans tabou : les questions politiques, institutionnelles, \u00e9conomiques et sociales peuvent \u00eatre d\u00e9battues, \u00e0 condition que la discussion demeure \u00ab\u00a0orient\u00e9e vers l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la Nation\u00a0\u00bb. Mais cette conception se heurte d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une autre lecture, notamment au sein de l\u2019opposition. Pour une partie importante de celle-ci -le camp Biram \u00e9tant absent du dialogue- le d\u00e9bat ne peut \u00eatre v\u00e9ritablement ouvert si la question d\u2019un \u00e9ventuel nouveau mandat du pr\u00e9sident sortant et donc des r\u00e9formes constitutionnelles est soulev\u00e9e.<\/p>\n<p>Le refus de toute perspective de troisi\u00e8me mandat constitue ainsi une ligne rouge politique que certains opposants entendent maintenir avant m\u00eame l\u2019ouverture effective du dialogue. Mais que peut r\u00e9ellement l\u2019opposition contre cette alternative sinon boycotter la prochaine \u00e9lection? Ce rituel ne l\u2019a pas vraiment servi depuis 1993. Cependant, cette alternative (r\u00e9forme constitutionnelle pour permettre au pr\u00e9sident de briguer un 3\u00e8me mandat) reste l\u2019une des principales ambigu\u00eft\u00e9s du processus. La majorit\u00e9 semble vouloir entrer dans le dialogue en disant qu\u2019aucun sujet ne doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme tabou ; l\u2019opposition, elle, entend pr\u00e9cis\u00e9ment fixer des limites \u00e0 ce qui peut \u00eatre envisag\u00e9. Les deux camps peuvent donc se retrouver autour de la m\u00eame table sans n\u00e9cessairement parler le m\u00eame dialogue. Cette divergence n\u2019est pas secondaire. Elle pourrait d\u00e9terminer la nature m\u00eame des discussions \u00e0 venir. S\u2019agirait-il alors d\u2019un dialogue destin\u00e9 \u00e0 rechercher un consensus sur les r\u00e8gles du jeu politique et institutionnel pour les prochaines ann\u00e9es ? D\u2019un espace permettant de corriger les dysfonctionnements du syst\u00e8me ? D\u2019une concertation nationale sur les grandes priorit\u00e9s du pays ? Ou d\u2019un processus susceptible de d\u00e9boucher sur des r\u00e9formes institutionnelles plus profondes ?<\/p>\n<p>Le communiqu\u00e9 de la majorit\u00e9 apporte, \u00e0 ce stade, peu de r\u00e9ponses d\u00e9finitives. Il montre surtout que le pouvoir et ses soutiens sont encore en train de structurer leur position. Le report de la d\u00e9signation des sept repr\u00e9sentants de la majorit\u00e9 au sein de la Commission de supervision confirme d\u2019ailleurs que certaines questions n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9es. L\u2019adh\u00e9sion de deux nouvelles formations \u2014 Al-Oufiya pour la Mauritanie (Halm) et le Parti de la R\u00e9conciliation nationale pour le d\u00e9veloppement \u2014 vient, quant \u00e0 elle, renforcer l\u2019image d\u2019une majorit\u00e9 qui cherche \u00e0 \u00e9largir son assise avant l\u2019ouverture du dialogue. Mais cette dynamique pose \u00e9galement une question : l\u2019\u00e9largissement num\u00e9rique de la majorit\u00e9 suffira-t-il \u00e0 cr\u00e9er les conditions d\u2019un consensus national ? La r\u00e9ussite du dialogue ne d\u00e9pendra pas seulement du nombre de partis qui soutiennent le pouvoir, mais surtout de la capacit\u00e9 des diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s politiques \u00e0 accepter un d\u00e9bat dont l\u2019issue ne serait pas \u00e9crite \u00e0 l\u2019avance. Car c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que le pays attend d\u00e9sormais : non pas simplement un dialogue de plus, mais un dialogue capable de produire des garanties, des compromis et, surtout, de la confiance.<\/p>\n<p>La Mauritanie est aujourd\u2019hui scotch\u00e9e au r\u00e9sultat de ce processus. L\u2019attente est d\u2019autant plus forte que le dialogue intervient dans un contexte o\u00f9 les rapports entre majorit\u00e9 et opposition restent marqu\u00e9s par une m\u00e9fiance r\u00e9ciproque. Pour le pouvoir, l\u2019enjeu est de d\u00e9montrer que son appel au dialogue n\u2019est ni une formalit\u00e9 ni une op\u00e9ration de l\u00e9gitimation politique. Pour l\u2019opposition, l\u2019enjeu est de s\u2019assurer que sa participation ne servira pas \u00e0 valider par avance des d\u00e9cisions auxquelles elle est fondamentalement oppos\u00e9e. Le v\u00e9ritable test sera donc moins l\u2019ouverture du dialogue que sa capacit\u00e9 \u00e0 rapprocher ces deux perceptions. C\u2019est tout le paradoxe du rendez-vous politique qui se pr\u00e9pare. La majorit\u00e9 veut ouvrir largement le champ des possibles ; l\u2019opposition veut, elle, fermer certaines portes avant d\u2019entrer dans la salle. Entre ces deux approches, il reste \u00e0 trouver le v\u00e9ritable terrain du compromis.<\/p>\n<p>Pour l\u2019heure, le communiqu\u00e9 de la majorit\u00e9 marque une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans la pr\u00e9paration du processus. Mais il r\u00e9v\u00e8le surtout que le premier v\u00e9ritable dialogue \u00e0 \u00e9tablir sera peut-\u00eatre celui qui permettra aux protagonistes de s\u2019entendre sur ce que doit \u00eatre le dialogue lui-m\u00eame. Un dialogue sans tabou peut difficilement fonctionner si certains acteurs arrivent \u00e0 la table avec des tabous d\u00e9j\u00e0 sanctuaris\u00e9s. Mais un dialogue ne peut pas davantage pr\u00e9tendre produire un consensus si l\u2019une de ses parties consid\u00e8re que certaines conclusions sont exclues avant m\u00eame que la discussion ne commence. Ajoutez-y, m\u00eame s\u2019il a promis de se ranger avec les protagonistes en cas de v\u00e9ritable consensus, BIRAM DAH Abeid, l\u2019un des acteurs les plus en vue, qui ne participe pas \u00e0 ce dialogue.<\/p>\n<p>JD<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pays est suspendu \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un dialogue politique dont les protagonistes ne parlent pas encore le m\u00eame langage Notre pays est d\u00e9sormais largement tourn\u00e9 vers le dialogue national annonc\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Un dialogue dont l\u2019opposition a accept\u00e9 le pilotage par Moussa Fall. 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