{"id":24483,"date":"2026-10-21T12:44:12","date_gmt":"2026-10-21T12:44:12","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=24483"},"modified":"2026-10-21T12:44:12","modified_gmt":"2026-10-21T12:44:12","slug":"lor-de-tasiast-la-mauritanie-ne-doit-plus-se-contenter-des-miettes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=24483","title":{"rendered":"L\u2019or de Tasiast : la Mauritanie ne doit plus se contenter des miettes"},"content":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait temps que la question soit pos\u00e9e avec vigueur et clart\u00e9! Depuis des ann\u00e9es, l\u2019or mauritanien rapporte des sommes consid\u00e9rables aux entreprises qui l\u2019exploitent. Pourtant, dans un pays confront\u00e9 \u00e0 d\u2019immenses d\u00e9fis \u00e9conomiques et sociaux, les retomb\u00e9es de cette richesse ne semblent pas toujours \u00e0 la hauteur des attentes de la population. Le contraste est saisissant : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un m\u00e9tal pr\u00e9cieux dont la valeur ne cesse de susciter les convoitises ; de l\u2019autre, un pays qui a encore tant besoin de ressources pour financer son d\u00e9veloppement et am\u00e9liorer les conditions de vie de ses citoyens.<\/p>\n<p>Comment ne pas s\u2019interroger devant un tel paradoxe ? Comment accepter que l\u2019or extrait du sous-sol mauritanien contribue \u00e0 b\u00e2tir des fortunes, alors que la Mauritanie doit encore se battre pour mobiliser les moyens n\u00e9cessaires \u00e0 son d\u00e9veloppement ? Cette situation m\u00e9rite mieux que des constats de circonstance. Elle appelle une v\u00e9ritable r\u00e9flexion sur la mani\u00e8re dont les richesses nationales sont exploit\u00e9es et, surtout, sur la part qui revient effectivement au pays.<\/p>\n<p>Car il faut le rappeler : l\u2019or de Tasiast n\u2019est pas une richesse ordinaire. Il appartient \u00e0 un patrimoine national qui, par sa nature m\u00eame, doit profiter \u00e0 la collectivit\u00e9. Son exploitation devrait contribuer davantage au financement des \u00e9coles, des h\u00f4pitaux, des infrastructures et des nombreux projets dont le pays a besoin. La Mauritanie ne peut pas se contenter de regarder ses ressources partir de son sous-sol sans exiger, en retour, des b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 la hauteur des enjeux.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi la d\u00e9marche du ministre des Finances, M. Codioro Moussa N\u2019Guenore, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre salu\u00e9e.<\/p>\n<p>En recevant mardi, \u00e0 Nouakchott, une d\u00e9l\u00e9gation de Tasiast Mauritania Limited (TMLSA), filiale de Kinross Gold Corporation, conduite par M. Daniel Fombonne, vice-pr\u00e9sident principal charg\u00e9 des relations ext\u00e9rieures du groupe, le ministre a abord\u00e9 un sujet essentiel : la contribution de l\u2019entreprise \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale et aux recettes du budget de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>La d\u00e9l\u00e9gation comprenait \u00e9galement M. Baba Salihi, vice-pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 en Mauritanie, et M. Brahim Mbareck, pr\u00e9sident de son conseil d\u2019administration.<\/p>\n<p>Certes, les \u00e9changes ont port\u00e9 sur le renforcement de la coop\u00e9ration entre les deux parties et sur les perspectives de consolidation de leur partenariat. Mais derri\u00e8re ces formules diplomatiques se cache une question que les Mauritaniens sont en droit de poser : que rapporte r\u00e9ellement au pays l\u2019exploitation de son or, au regard des richesses qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re ?<\/p>\n<p>Cette question est d\u2019autant plus l\u00e9gitime que les cours de l\u2019or connaissent une forte envol\u00e9e. Lorsque les prix augmentent et que les perspectives de gains s\u2019am\u00e9liorent pour les exploitants, il est normal que l\u2019\u00c9tat s\u2019interroge sur les moyens de mieux valoriser cette conjoncture au profit des finances publiques. Le pays qui abrite cette richesse ne doit pas \u00eatre le grand oubli\u00e9 d\u2019une telle embellie.<\/p>\n<p>Bien entendu, il ne s\u2019agit pas de nier les investissements r\u00e9alis\u00e9s par les entreprises mini\u00e8res, ni de m\u00e9conna\u00eetre les contraintes auxquelles elles sont soumises. Les investisseurs ont leurs int\u00e9r\u00eats, leurs charges et leurs objectifs de rentabilit\u00e9. Mais la Mauritanie a aussi les siens. Et ces int\u00e9r\u00eats doivent \u00eatre d\u00e9fendus avec d\u00e9termination.<\/p>\n<p>Une entreprise peut parfaitement r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices tout en contribuant plus largement au d\u00e9veloppement du pays dans lequel elle exerce ses activit\u00e9s. Le respect des obligations fiscales et contractuelles est indispensable, mais il ne doit pas faire oublier l&#8217;enjeu plus large de la responsabilit\u00e9 \u00e9conomique et sociale. Exploiter une ressource non renouvelable, c\u2019est aussi participer \u00e0 l\u2019avenir du pays qui la poss\u00e8de.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce terrain que le ministre des Finances m\u00e9rite d\u2019\u00eatre encourag\u00e9. En pla\u00e7ant la contribution de Tasiast \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale au c\u0153ur des discussions, il rappelle une \u00e9vidence trop souvent rel\u00e9gu\u00e9e au second plan : le partenariat avec les grandes compagnies mini\u00e8res doit aussi servir les int\u00e9r\u00eats de la Mauritanie.<\/p>\n<p>Encore faut-il que cette volont\u00e9 se traduise dans les faits. Les discussions doivent d\u00e9boucher sur des r\u00e9sultats concrets, une meilleure mobilisation des recettes publiques et des retomb\u00e9es \u00e9conomiques plus importantes pour le pays. Les Mauritaniens n\u2019attendent pas seulement de bonnes relations entre l\u2019\u00c9tat et les entreprises. Ils veulent pouvoir constater que l\u2019exploitation de leurs richesses contribue r\u00e9ellement \u00e0 am\u00e9liorer leur quotidien.<\/p>\n<p>Le ministre a d\u2019ailleurs r\u00e9affirm\u00e9 l\u2019engagement de son d\u00e9partement \u00e0 construire un partenariat durable avec l\u2019entreprise, au service du d\u00e9veloppement \u00e9conomique national et du renforcement des ressources publiques. La r\u00e9union s\u2019est tenue en pr\u00e9sence de M. Hanoune Mohammed Ahmed, directeur du contr\u00f4le et des enqu\u00eates fiscales et directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Agence des imp\u00f4ts.<\/p>\n<p>Cette rencontre constitue donc une occasion \u00e0 saisir. Il ne s\u2019agit ni de dresser les investisseurs contre le pays qui les accueille, ni de remettre en cause la place du secteur minier dans l\u2019\u00e9conomie nationale. Il s\u2019agit simplement de r\u00e9tablir un \u00e9quilibre plus juste entre les int\u00e9r\u00eats des entreprises et ceux de la collectivit\u00e9 mauritanienne.<\/p>\n<p>Car enfin, \u00e0 quoi servirait de disposer de richesses naturelles aussi pr\u00e9cieuses si leur exploitation ne permettait pas de r\u00e9pondre, davantage, aux besoins du pays ? L\u2019or ne peut pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une b\u00e9n\u00e9diction pour la seule entreprise qui l\u2019extrait. Il doit aussi \u00eatre une chance pour la nation, un moyen de renforcer les finances publiques et un instrument de progr\u00e8s social.<\/p>\n<p>Pendant trop longtemps, la Mauritanie a donn\u00e9 le sentiment de ne pas tirer pleinement profit de ses ressources mini\u00e8res. Il appartient d\u00e9sormais aux pouvoirs publics de corriger ce d\u00e9s\u00e9quilibre, en faisant valoir les droits et les int\u00e9r\u00eats du pays avec fermet\u00e9, dans le respect des lois et des engagements qui encadrent les activit\u00e9s mini\u00e8res.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=23874\">Or : les b\u00e9n\u00e9fices ind\u00e9cents de Kinross en Mauritanie \u2013 La D\u00e9p\u00eache de Mauritanie et du Sahel<\/a><\/p>\n<p>Bravo au ministre des Finances d\u2019avoir remis cette exigence au centre du dialogue avec Tasiast ! La d\u00e9marche m\u00e9rite d\u2019\u00eatre encourag\u00e9e, car elle pose les bases d\u2019une discussion indispensable sur le partage des richesses nationales.<\/p>\n<p>Mais le plus important reste \u00e0 venir : transformer les intentions en actes et faire en sorte que les retomb\u00e9es de l\u2019exploitation de l\u2019or soient davantage perceptibles dans la vie des Mauritaniens.<\/p>\n<p>La Mauritanie n\u2019a pas \u00e0 rougir de ses richesses. Elle doit, au contraire, veiller \u00e0 ce qu\u2019elles deviennent un v\u00e9ritable moteur de d\u00e9veloppement. Son or ne doit pas seulement enrichir les bilans des compagnies mini\u00e8res ; il doit aussi contribuer \u00e0 r\u00e9duire la pauvret\u00e9, \u00e0 financer les services publics et \u00e0 pr\u00e9parer un avenir meilleur pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>La Mauritanie ne demande pas de faveur. Elle demande simplement que ses richesses profitent davantage \u00e0 son peuple. Car il n\u2019est ni juste ni acceptable qu\u2019un pays encore confront\u00e9 \u00e0 tant de difficult\u00e9s se contente des miettes alors que son sous-sol rec\u00e8le des fortunes. L\u2019or de Tasiast doit aussi faire la richesse de la Mauritanie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait temps que la question soit pos\u00e9e avec vigueur et clart\u00e9! Depuis des ann\u00e9es, l\u2019or mauritanien rapporte des sommes consid\u00e9rables aux entreprises qui l\u2019exploitent. Pourtant, dans un pays confront\u00e9 \u00e0 d\u2019immenses d\u00e9fis \u00e9conomiques et sociaux, les retomb\u00e9es de cette richesse ne semblent pas toujours \u00e0 la hauteur des attentes de la population. 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