{"id":3190,"date":"2022-12-07T13:10:08","date_gmt":"2022-12-07T13:10:08","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=3190"},"modified":"2022-12-07T13:10:08","modified_gmt":"2022-12-07T13:10:08","slug":"lafrique-et-la-crise-de-la-biodiversite-par-hailemariam-desalegn","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=3190","title":{"rendered":"L&#8217;Afrique et la crise de la biodiversit\u00e9 -Par Hailemariam Desalegn"},"content":{"rendered":"<p>ADDIS ABABA \u2013 L&#8217;Afrique est le continent qui pr\u00e9sente la plus grande diversit\u00e9 au monde. On y trouve plus de 50 000 esp\u00e8ces de plantes, quelques 1100 esp\u00e8ces de mammif\u00e8res, 2500 esp\u00e8ces d&#8217;oiseaux et 3000 \u00e0 5500 esp\u00e8ces de poissons d&#8217;eau douce. Les organismes vivants du continent repr\u00e9sentent le quart de la biodiversit\u00e9 sur Terre. Il est de notre responsabilit\u00e9 de les prot\u00e9ger.  <\/p>\n<p>L&#8217;Afrique a de grandes ambitions pour son d\u00e9veloppement. S&#8217;appuyant sur des ressources humaines et naturelles consid\u00e9rables, ainsi que la taille de leur march\u00e9 et la force de leurs liens commerciaux, les Africains veulent parvenir \u00e0 une croissance forte et inclusive. Parvenir \u00e0 cet objectif suppose une modernisation de l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie \u2013 un processus d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&#8217;origine de dommages consid\u00e9rables port\u00e9s \u00e0 l&#8217;environnement dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p>La biodiversit\u00e9 de l&#8217;Afrique est sous tension en raison de la croissance d\u00e9mographique, de l&#8217;expansion de l&#8217;agriculture, de l&#8217;exploitation de la faune et de la flore sauvages, des pratiques de p\u00eache non durables, de la d\u00e9forestation et de la d\u00e9gradation des sols, de l&#8217;urbanisation et du d\u00e9veloppement des infrastructures. Si l&#8217;on ajoute \u00e0 cela les effets du changement climatique &#8211; auquel l&#8217;Afrique est particuli\u00e8rement vuln\u00e9rable, le continent pourrait perdre plus de la moiti\u00e9 de ses esp\u00e8ces d&#8217;oiseaux et de mammif\u00e8res avant la fin du si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Pourtant nous n&#8217;avons pas \u00e0 choisir entre protection de l&#8217;environnement et d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Au contraire, des secteurs \u00e9conomiques cl\u00e9s (notamment l&#8217;agriculture, la sylviculture et la p\u00eache, qui repr\u00e9sentent une part importante du PIB des pays africains) d\u00e9pendent des services \u00e9cosyst\u00e9miques. Le secteur agricole g\u00e9n\u00e8re \u00e0 lui seul plus de la moiti\u00e9 des emplois du continent.<\/p>\n<p>L&#8217;Afrique de demain pourrait cro\u00eetre et se d\u00e9velopper en s&#8217;appuyant sur une strat\u00e9gie de gestion judicieuse de ses ressources naturelles, des \u00e9cosyst\u00e8mes sains et la biodiversit\u00e9 qu&#8217;ils abritent. Ainsi les ressources de ses esp\u00e8ces sauvages peuvent g\u00e9n\u00e9rer des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques importantes.<\/p>\n<p>Prot\u00e9ger l&#8217;environnement au service d&#8217;une croissance \u00e9conomique durable est plus que souhaitable, mais les obstacles sont consid\u00e9rables. Les atouts naturels de l&#8217;Afrique transcendent les fronti\u00e8res juridiques, g\u00e9ographiques et politiques : les oiseaux ne se soucient pas de politique, mais des abris naturels ; quand ils cherchent de l&#8217;eau fra\u00eeche, les \u00e9l\u00e9phants ne s&#8217;arr\u00eatent pas aux fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Les pays africains partagent un r\u00e9seau abondant d&#8217;\u00e9cosyst\u00e8mes et de ressources naturelles et sont tous confront\u00e9s au d\u00e9fi de concevoir une strat\u00e9gie viable pour pr\u00e9server ces derniers. Ils partageront \u00e9galement le succ\u00e8s ou l&#8217;\u00e9chec \u00e0 venir. Aussi doivent-ils coop\u00e9rer et accepter de faire les concessions et les d\u00e9penses n\u00e9cessaires au b\u00e9n\u00e9fice du continent et de toute la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Sans perdre de vue les besoins et les demandes locales, il leur faut parvenir \u00e0 un consensus pour combler les \u00e9carts entre leurs diverses politiques environnementales. Ce consensus doit prendre en compte les aspirations du continent en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement et \u00eatre conforme aux objectifs internationaux fond\u00e9s sur des donn\u00e9es scientifiques. Ainsi l&#8217;objectif 30&#215;30 vise \u00e0 classer 30 % des terres et des oc\u00e9ans de la plan\u00e8te comme zones prot\u00e9g\u00e9es d&#8217;ici \u00e0 2030.<\/p>\n<p>Les pays africains doivent agir de concert pour atteindre leurs objectifs de d\u00e9veloppement et de protection de l&#8217;environnement, tout d&#8217;abord sur le continent, puis sur la sc\u00e8ne internationale. Les repr\u00e9sentants des Etats du monde entier sont r\u00e9unis \u00e0 Montr\u00e9al jusqu&#8217;au 19 d\u00e9cembre pour la 15\u00b0 Conf\u00e9rence des parties (COP15) \u00e0 la Convention des Nations unies sur la diversit\u00e9 biologique. Ils doivent convenir d&#8217;une nouvelle s\u00e9rie d&#8217;objectifs pour la prochaine d\u00e9cennie et au-del\u00e0. Les dirigeants africains doivent surmonter leurs divisions et saisir cette occasion pour d\u00e9fendre le patrimoine et le capital naturel du continent.<\/p>\n<p>Ils doivent agir en faveur d&#8217;un accord mondial incluant l&#8217;objectif 30&#215;30 qui permettrait d&#8217;augmenter la production mondiale. Certains pays africains dont l&#8217;Ethiopie, le Nigeria, le Rwanda et le S\u00e9n\u00e9gal ont \u00e9t\u00e9 parmi les premiers \u00e0 s&#8217;engager dans cet objectif, et le continent dans son ensemble peut veiller maintenant \u00e0 son adoption. Pour cela, l&#8217;Afrique doit souligner l&#8217;importance de la d\u00e9fense de la biodiversit\u00e9 pour pr\u00e9server son approvisionnement alimentaire, combattre le r\u00e9chauffement climatique et favoriser une croissance inclusive et la cr\u00e9ation d&#8217;emplois \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Lors de la COP15, cette \u00e9tape doit faire la preuve que l&#8217;Afrique peut avoir son propre programme de d\u00e9fense de la biodiversit\u00e9 et tracer le chemin vers un avenir prosp\u00e8re. Cette conf\u00e9rence est l&#8217;occasion \u00e0 saisir pour que le continent se positionne en tant que mod\u00e8le \u00e9conomique qui accorde une place centrale \u00e0 la d\u00e9fense de la biodiversit\u00e9, \u00e0 la durabilit\u00e9 et au respect de l&#8217;h\u00e9ritage naturel.<\/p>\n<p>Unis, les dirigeants africains peuvent devenir un partenaire de poids dans les n\u00e9gociations, capable de r\u00e9unir le budget n\u00e9cessaire pour pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 du continent. Ils ont d\u00e9j\u00e0 fait preuve de cette capacit\u00e9 en appelant tous les pays \u00e0 consacrer 1% de leur PIB pour combler le d\u00e9ficit de financement de la biodiversit\u00e9 et prot\u00e9ger les biens naturels de notre plan\u00e8te. <\/p>\n<p>Responsables de l&#8217;un des \u00e9cosyst\u00e8mes les plus riches et les plus vari\u00e9s qui existent, les dirigeants africains doivent d&#8217;apporter des solutions viables \u00e0 long terme \u00e0 la crise de la biodiversit\u00e9. Ils le doivent non seulement \u00e0 la population du continent, aux g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures et aux milliers d&#8217;esp\u00e8ces uniques appartenant \u00e0 la faune et \u00e0 la flore qui d\u00e9pendent de nos \u00e9cosyst\u00e8mes, mais aussi \u00e0 tous les habitants de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Traduit de l\u2019anglais par Patrice Horovitz<\/p>\n<p>Hailemariam Desalegn a \u00e9t\u00e9 Premier ministre d&#8217;Ethiopie.<\/p>\n<p>Copyright: Project Syndicate, 2022.<br \/>\nwww.project-syndicate.org<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ADDIS ABABA \u2013 L&#8217;Afrique est le continent qui pr\u00e9sente la plus grande diversit\u00e9 au monde. On y trouve plus de 50 000 esp\u00e8ces de plantes, quelques 1100 esp\u00e8ces de mammif\u00e8res, 2500 esp\u00e8ces d&#8217;oiseaux et 3000 \u00e0 5500 esp\u00e8ces de poissons d&#8217;eau douce. 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