{"id":4212,"date":"2023-02-17T21:27:03","date_gmt":"2023-02-17T21:27:03","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=4212"},"modified":"2023-02-17T21:27:03","modified_gmt":"2023-02-17T21:27:03","slug":"comment-prevenir-les-crises-humanitaires-par-myriam-castaneda-solares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=4212","title":{"rendered":"Comment pr\u00e9venir les crises humanitaires- Par Myriam Castaneda Solares"},"content":{"rendered":"<p>LONDRES \u2013 Le monde est aux prises avec la pire crise alimentaire de l\u2019histoire moderne. Au confluent de crises g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques et climatiques attisant les p\u00e9nuries mondiales, un nombre stup\u00e9fiant de 326 millions de personnes dans des douzaines de pays doivent recourir \u00e0 l\u2019aide humanitaire, 222 millions d\u2019entre elles subissent une ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire aigu\u00eb et jusqu\u2019\u00e0 50 millions courent le risque de mourir de faim.<\/p>\n<p>Les pays les plus d\u00e9munis ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s le plus durement par la hausse mondiale des prix des denr\u00e9es alimentaires provoqu\u00e9e par la guerre en Ukraine. Devant la catastrophe climatique imminente qui menace d\u2019amplifier les effets du conflit et des ruptures dans la cha\u00eene d\u2019approvisionnement, le secteur humanitaire doit adopter une strat\u00e9gie plus dynamique pour anticiper l\u2019ampleur grandissante de la crise alimentaire.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 une \u00e9poque relativement r\u00e9cente, les organisations humanitaires ne pr\u00eataient pas vraiment attention aux changements climatiques. Or la prolif\u00e9ration d\u2019urgences humanitaires provoqu\u00e9es par les fluctuations du climat a forc\u00e9 les intervenants de ce secteur \u00e0 prendre conscience de la menace que la crise climatique fait peser sur les pays \u00e0 faible revenu et sur le syst\u00e8me alimentaire mondial.<\/p>\n<p>Bien que le fait que l\u2019Europe ait subi des inondations et canicules mortelles au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es ait d\u00e9montr\u00e9 que m\u00eame les pays jug\u00e9s relativement \u00e9pargn\u00e9s par les ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques extr\u00eames ne peuvent y \u00e9chapper, les pays en d\u00e9veloppement sont beaucoup plus vuln\u00e9rables. En 2021, 94 % des populations r\u00e9fugi\u00e9es dans leur propre pays ont d\u00fb fuir le danger climatique. Les inondations de l\u2019an dernier au Pakistan, qui ont surpris le monde entier, ont submerg\u00e9 le tiers du pays. Elles ont caus\u00e9 la mort de 1\u2009730 personnes et sinistr\u00e9 33 millions de personnes tout en entra\u00eenant des pertes \u00e9conomiques estim\u00e9es \u00e0 16,3 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Les changements climatiques provoquant des crises humanitaires dans le monde entier, le nombre de personnes ayant besoin d\u2019aide a augment\u00e9 de 40 % par rapport \u00e0 l\u2019an dernier. En r\u00e9action aux besoins grandissants, le financement pour les causes humanitaires a presque doubl\u00e9 au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, atteignant 31,3 milliards de dollars en 2021. Mais m\u00eame si le financement s\u2019est accru, le d\u00e9fi que les agences internationales et les ONG doivent relever aujourd\u2019hui consiste \u00e0 maximiser les retomb\u00e9es de ces ressources et \u00e0 doter les organisations locales et nationales de moyens ad\u00e9quats.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, les deux tiers de toutes les contributions directes aux causes humanitaires sont affect\u00e9s \u00e0 l\u2019Organisation des Nations unies et aux grandes organisations internationales comme la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. M\u00eame s\u2019il est vrai que ces grandes institutions jouent un r\u00f4le essentiel, les responsables des initiatives communautaires connaissent mieux le contexte de leur localit\u00e9. Les plus grands donateurs internationaux et les ONG semblent avoir reconnu ce fait lors du lancement de l\u2019initiative du Grand compromis en 2016, en s\u2019engageant \u00e0 affecter 25 % du financement humanitaire aux organismes locaux. Pourtant, sept ans apr\u00e8s l\u2019annonce de l\u2019accord, ce chiffre demeure inf\u00e9rieur \u00e0 2 %.<\/p>\n<p>Jusqu\u2019ici, le modus operandi du secteur \u00e9tait en r\u00e9action aux \u00e9v\u00e9nements. Que ce soit pour Ha\u00efti, l\u2019\u00c9thiopie ou le Pakistan, les m\u00e9thodes sont les m\u00eames : une crise se produit, un appel \u00e0 l\u2019aide humanitaire est lanc\u00e9, les fonds sont lev\u00e9s et l\u2019assistance est achemin\u00e9e de nombreux jours (voire des mois) plus tard. Mais en nous appuyant sur la climatologie, nous pouvons anticiper les risques et combler les besoins humanitaires avant les catastrophes.<\/p>\n<p>Les mesures \u00e0 caract\u00e8re anticipatif, d\u00e9finies comme \u00ab\u2009des interventions avant les al\u00e9as pr\u00e9vus ayant pour but de pr\u00e9venir ou de r\u00e9duire les r\u00e9percussions des crises humanitaires aigu\u00ebs avant qu\u2019elles ne se produisent\u2009\u00bb, n\u00e9cessitent des m\u00e9canismes de pr\u00e9vision et des seuils de d\u00e9clenchement convenus \u00e0 l\u2019avance pour d\u00e9bloquer les fonds en avance. En r\u00e9pondant aux besoins de cette mani\u00e8re, nous pouvons dispenser l\u2019assistance plus efficacement et plus dignement. Ainsi, en 2019, les autorit\u00e9s gouvernementales du S\u00e9n\u00e9gal et Start Network ont souscrit des polices d\u2019assurance contre la s\u00e9cheresse, leur permettant de recevoir le financement de l\u2019aide humanitaire et de coordonner des mesures de protection des collectivit\u00e9s \u00e0 risque.<\/p>\n<p>Mais les interventions \u00e0 caract\u00e8re anticipatif ont \u00e9galement leurs limites. Comme le montre un rapport r\u00e9cent par Start Network, on ne peut pr\u00e9dire ou mod\u00e9liser toutes les crises. Toutefois, l\u2019adoption de cette strat\u00e9gie permettrait aux intervenants et aux organisations humanitaires de prendre les devants, d\u2019\u00eatre plus efficaces et d\u2019emp\u00eacher les \u00e9v\u00e9nements mettant en danger la vie des populations de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en catastrophes de plus grande ampleur.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me d\u2019aide internationale a besoin d\u2019une r\u00e9forme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Il y a eu des progr\u00e8s ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais la plupart \u00e9taient de nature ponctuelle plut\u00f4t que transformatrice. Certes, les probl\u00e8mes auxquels nous sommes confront\u00e9s sont complexes et multidimensionnels et nous ne pouvons passer sous silence la dimension politique de l\u2019aide humanitaire. Certains pourraient croire que la n\u00e9cessit\u00e9 ou le d\u00e9sespoir obligera le secteur \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer, mais le d\u00e9veloppement d\u2019interventions anticip\u00e9es et men\u00e9es au niveau local semble un chemin beaucoup plus prometteur.<\/p>\n<p>La crise climatique en cours offre une occasion unique de r\u00e9former l\u2019aide humanitaire en fonction de donn\u00e9es probantes. Dans un monde ax\u00e9 sur les donn\u00e9es, il n\u2019est pas justifi\u00e9 d\u2019attendre que les catastrophes se d\u00e9clarent. En anticipant les risques et en planifiant les interventions, nous pouvons prot\u00e9ger les collectivit\u00e9s vuln\u00e9rables et rendre le monde un endroit plus s\u00fbr pour tous.<\/p>\n<p>Traduit de l\u2019anglais par Pierre Castegnier<\/p>\n<p>Myriam Castaneda Solares est responsable des campagnes de sensibilisation de Start Network, un r\u00e9seau mondial d\u2019ONG humanitaires.<\/p>\n<p>Copyright: Project Syndicate, 2023.<br \/>\nwww.project-syndicate.org<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LONDRES \u2013 Le monde est aux prises avec la pire crise alimentaire de l\u2019histoire moderne. Au confluent de crises g\u00e9opolitiques, \u00e9conomiques et climatiques attisant les p\u00e9nuries mondiales, un nombre stup\u00e9fiant de 326 millions de personnes dans des douzaines de pays doivent recourir \u00e0 l\u2019aide humanitaire, 222 millions d\u2019entre elles subissent une ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire aigu\u00eb et &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4214,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[29,19],"tags":[],"class_list":["post-4212","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-monde","category-tribune"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4212","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4212"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4212\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4215,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4212\/revisions\/4215"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4214"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4212"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4212"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ladepeche.mr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4212"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}