{"id":6193,"date":"2023-06-23T12:07:27","date_gmt":"2023-06-23T12:07:27","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=6193"},"modified":"2023-06-23T12:07:27","modified_gmt":"2023-06-23T12:07:27","slug":"sommet-pour-un-nouveau-pacte-financier-pauvrete-dette-climat-et-apd-en-question","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=6193","title":{"rendered":"Sommet pour un Nouveau Pacte financier : Pauvret\u00e9, dette, climat et APD en question"},"content":{"rendered":"<p>Le Sommet pour un Nouveau Pacte financier s\u2019est ouvert, jeudi 22 juin \u00e0 Paris en pr\u00e9sence d\u2019une cinquantaine de chefs d\u2019\u00c9tat, dont le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cette nouvelle initiative du Pr\u00e9sident fran\u00e7ais Emmanuel Macron vise \u00e0 initier un cycle de discussions autour des questions de financement et du climat.<\/p>\n<p>Cette importante rencontre regroupe plus de 50 chefs d\u2019\u00c9tats, 70 partenaires du secteur priv\u00e9 et philanthropes, 120 ONGs et 40 organisations internationales. Ses travaux sont d\u00e9clin\u00e9s en 6 tables rondes et 50 \u00e9v\u00e8nements parall\u00e8les pr\u00e9vus pour d\u00e9battre des th\u00e9matiques choisies comme, entre autres sujets, le financement du d\u00e9veloppement, les questions du climat, la pauvret\u00e9 et la dette.<\/p>\n<p>En disant que cette \u00ab rencontre doit \u00eatre celle des solutions \u00bb, le Pr\u00e9sident fran\u00e7ais ne cache pas son appr\u00e9hension caus\u00e9e par les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s \u2013 ou les demis succ\u00e8s \u2013 de la plupart des sommets organis\u00e9s, jusque-l\u00e0, autour des questions de la dette, de la pauvret\u00e9 et du climat.<\/p>\n<p>Certes, les choses ne vont pas bouger d\u2019elles-m\u00eames, parce qu\u2019il y a eu un sommet de plus, mais l\u2019ambition d\u00e9clar\u00e9e des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile ainsi que de certains pays du Sud est d\u2019entamer, \u00e0 partir de ce sommet pour un Nouveau Pacte financier, la refonte du syst\u00e8me financier international, rendu obsol\u00e8te par la multiplication des crises. On cherche, par exemple, \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le processus de financements d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9s et \u00e0 entendre de nouveaux engagements, notamment sur une taxe sur le transport maritime, ce que la plupart des ONGs et chercheurs pr\u00e9sents \u00e0 Paris consid\u00e8rent comme \u00ab un minimum pour retrouver un dialogue en confiance avec le Sud \u00bb. Sinon, on se retrouvera dans la situation embarrassante d\u2019un autre sommet \u00ab pour rien \u00bb, estime-t-on.<\/p>\n<p>Annonc\u00e9 par Emmanuel Macron lors de la COP27, en novembre dernier, le sommet pour un Nouveau Pacte financier est issu d\u2019une rencontre avec Mia Mottley, la Premi\u00e8re ministre de la Barbade qui cherche \u00e0 concr\u00e9tiser une id\u00e9e sur laquelle elle travaille depuis plusieurs ann\u00e9es en partant de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue par cette petite \u00eele des Cara\u00efbes : l\u2019acc\u00e8s des pays vuln\u00e9rables aux ressources financi\u00e8res pour r\u00e9pondre au r\u00e9chauffement climatique. Un d\u00e9fi qui emporte tous les autres mais intenable dans le cercle vicieux de l\u2019endettement. \u00ab 93 % des pays les plus vuln\u00e9rables aux catastrophes climatiques sont en situation de surendettement, ou pas loin de l\u2019\u00eatre, selon l\u2019ONG Oxfam. Les pays en crise (\u2026) ne peuvent par exemple plus investir dans les services publics ou la lutte contre les d\u00e9r\u00e8glements climatiques. \u00bb<\/p>\n<p>Cet aspect du Sommet pour un Nouveau Pacte Financier a, tr\u00e8s souvent, \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, lors de sommets ant\u00e9rieurs, soulignant, avec force arguments, que l\u2019annulation de la dette africaine est la solution id\u00e9ale, non un moratoire qui ne fait que retarder le drame (faillite des Etats). Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique est rejoint dans cette orientation de l\u2019annulation de la dette par son homologue tchadien qui estime, parlant du Nouveau Pacte financier, que le sommet de Paris doit \u00eatre \u00ab un nouveau d\u00e9part, pour un monde juste \u00bb et que, \u00ab la meilleure fa\u00e7on d\u2019entamer un nouveau d\u00e9part, c\u2019est de geler la dette des pays \u00e0 faible revenu. \u00bb<\/p>\n<p>Dans la table ronde consacr\u00e9e au financement des infrastructures, le Pr\u00e9sident du S\u00e9n\u00e9gal, Macky Sall rappelle que, pour les \u00e9conomies \u00e9mergentes, \u00ab le mod\u00e8le actuel n\u2019est pas un mod\u00e8le ad\u00e9quat.<\/p>\n<p>Oui, pour le climat, mais il y a aussi d\u2019autres priorit\u00e9s. Les pays africains ont d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 le tribut pour les d\u00e9r\u00e8glements climatiques mais au prix de leur endettement.<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles ne sont plus en ad\u00e9quation avec les besoins des pays. Elles ne tiennent pas compte, en mati\u00e8re d\u2019infrastructures, de climat, de qui est bien pour les pays du Sud. Il faut donc poser des actes nouveaux, dans l\u2019imm\u00e9diat, pour ne pas aller vers une r\u00e9elle fragmentation. \u00bb<\/p>\n<p>Citant la promesse des DTS (droits de tirages sp\u00e9ciaux), Macky Sall dira qu\u2019elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 effective \u00e0 100%. \u00ab Que sont devenus ces engagements ?\u00bb s\u2019interroge-t-il, ajoutant que le financement des infrastructures est une urgence pour l\u2019Afrique. Les estimations annuelles sont \u00e0 170 milliards pour l\u2019Afrique mais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces ressources est limit\u00e9 \u00e0 cause de la chert\u00e9 du cr\u00e9dit \u00bb, r\u00e9v\u00e8le le Pr\u00e9sident s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n<p>Pour une architecture financi\u00e8re plus d\u00e9mocratique<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me de financement international est donc au c\u0153ur de la probl\u00e9matique que pose le sommet pour un Nouveau Pacte financier. Sans demander \u00e0 faire table rase de ce qui existe, certains, comme l\u2019initiative de Bridgetown, sugg\u00e8rent que l\u2019on s\u2019oriente avec d\u00e9termination vers la r\u00e9forme des institutions de Bretton Woods, \u00e0 savoir la Banque mondiale et le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) fond\u00e9es en 1944. Cens\u00e9es garantir la stabilit\u00e9 macro-\u00e9conomique, elles ne seraient plus, pensent les plus critiques d\u2019entre nous, en phase avec la r\u00e9alit\u00e9 et les n\u00e9cessit\u00e9s plan\u00e9taires du nouveau si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le Pr\u00e9sident Tunisien, Ka\u00efs Sa\u00efed, estime, lors de l\u2019une des 6 tables rondes, qu\u2019il faut une conception autre pour \u00ab pour construire un monde nouveau, o\u00f9 il sera question de partenaires, avec des principes de justices et d\u2019\u00e9quit\u00e9 pour tous, au niveau international, pour construire un nouveau syst\u00e8me une nouvelle architecture financi\u00e8re, car celui que nous avons aujourd\u2019hui est p\u00e9rim\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>La directrice g\u00e9n\u00e9rale du Fonds mon\u00e9taire international (FMI), Mme Kristalina Georgieva, \u00e9met des r\u00e9serves suite aux propos du pr\u00e9sident tunisien : \u00ab Oui, je suis tout \u00e0 fait d\u2019accord qu\u2019il faut r\u00e9former, transformer, ces institutions mais il faut trouver la bonne approche. Le changement est d\u00e9j\u00e0 notable.<\/p>\n<p>On est parti d\u2019une quarantaine de membres, \u00e0 la cr\u00e9ation de la Banque mondiale, pour arriver aujourd\u2019hui \u00e0 plus de 200. A lui seul, ce changement appelle \u00e0 adopter une nouvelle attitude. Pour la question de la dette, je suis encore d\u2019accord qu\u2019il faut acc\u00e9l\u00e9rer les bonnes propositions et je suis en mesure d\u2019annoncer aujourd\u2019hui que nous sommes \u00e0 100 000 milliards de pr\u00eats (objectif fix\u00e9 pour 2021) dont 60% sont destin\u00e9s aux pays du sud. \u00bb<\/p>\n<p>Pour le pr\u00e9sident de la Banque africaine de d\u00e9veloppement, Akinwumi Adesina, les processus (de restructuration financi\u00e8re au plan mondial) retard\u00e9 dans les ann\u00e9es 90, a \u00e9t\u00e9 une d\u00e9cennie perdue. Il faut faire face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Tout cela est trop lent. En 2000, par exemple, la dette africaine \u00e9tait soutenue \u00e0 52% ; aujourd\u2019hui, elle l\u2019est \u00e0 25% seulement. La Covid \u00e9tait un d\u00e9fi, comme le sont la dette, le climat mais il y en a d\u2019autres pour lesquels il faudrait aussi que la communaut\u00e9 internationale s\u2019engage plus r\u00e9solument. Ce nouveau pacte est tr\u00e8s important parce qu\u2019il nous permet de faire face aux probl\u00e8mes de nos liquidit\u00e9s. Un m\u00e9canisme (comme une facilit\u00e9 de garantie de liquidit\u00e9s) doit \u00eatre mis en place pour aider les pays en difficult\u00e9s avec leurs dettes.<\/p>\n<p>C\u2019est donc que tout le monde ne voient pas les choses de cette fa\u00e7on. Ceux qui sont pour le maintien du syst\u00e8me actuel, en attendant des garanties certaines qu\u2019on peut faire mieux, font de la r\u00e9sistance, ne voulant pas l\u00e2cher la proie pour l\u2019ombre. Il s\u2019agit, pour la plupart, dans le soutien apport\u00e9 aux institutions de Bretton Woods, de banques publiques de d\u00e9veloppement, multilat\u00e9rales, nationales, r\u00e9gionales, bilat\u00e9rales etc. Car le changement, s\u2019il doit avoir lieu, passe d\u2019abord par elles dans leurs pratiques et rapports avec les pays du sud qui ont besoin de financer leur d\u00e9veloppement \u00e0 moindres co\u00fbts.<\/p>\n<p>Ces banques doivent \u00e9galement s\u2019orienter, si elles acceptent le changement qui devrait \u00eatre initi\u00e9 par le Pacte, \u00e0 \u00ab aider les \u00c9tats \u00e0 d\u00e9velopper et financer un cadre assez incitatif et protecteur pour le secteur priv\u00e9 afin qu\u2019il engage davantage de fonds dans les projets de la lutte contre le changement climatique \u00bb. En pratique, elles doivent \u00ab passer d\u2019une logique de volume \u2013 j\u2019ai fait tant de projets pour le climat \u2013 \u00e0 une logique d\u2019impact \u2013 j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9verrouiller un cadre qui permet au priv\u00e9 d\u2019apporter ses capitaux \u00bb, r\u00e9sume un \u00e9conomiste.<\/p>\n<p>D\u00e9penser mieux donc. \u00ab D\u00e9penser plus aussi, en recapitalisant ces banques de d\u00e9veloppement \u00bb, plaident les ONG, mais aussi \u00e9conomistes et chercheurs dont les rapports \u00e9valuant les besoins en financement des projets destin\u00e9s au sud \u00e0 plusieurs centaines de milliards se succ\u00e8dent. \u00ab Il s\u2019agit de multiplier par cinq la capacit\u00e9 d\u2019intervention du syst\u00e8me Banque mondiale et banques de d\u00e9veloppement, et cela en deux \u00e0 trois ans, analyse S\u00e9bastien Treyer, directeur de l\u2019Institut du d\u00e9veloppement durable et des relations internationales (Iddri). Ce sont des r\u00e9formes massives, pas faciles \u00e0 d\u00e9cider. Cela dit toute la tension tr\u00e8s forte qu\u2019il y a entre montrer des volont\u00e9s politiques sur ce sujet et la difficult\u00e9 \u00e0 atteindre des r\u00e9sultats concrets dans un temps relativement court \u00bb, conclut cet expert.<\/p>\n<p>Il est rejoint par Alice Pauthier, chercheuse \u00e0 I4CE qui estime que si ce sommet ne dispose pas du mandat pour aboutir \u00e0 des d\u00e9cisions formelles (comme dans le cadre de l\u2019ONU ou du G20), \u00abson succ\u00e8s r\u00e9sidera dans la constitution de leadership et de coalitions de pays capables d\u2019annoncer des engagements puis de les porter dans les instances ad\u00e9quates \u00bb. Sinon, le Nouveau Pacte financier aura \u00e9t\u00e9, tout simplement, une tentative, qui se veut plus r\u00e9aliste, de \u00ab b\u00e2tir un nouveau contrat entre le Nord et le Sud \u00bb, selon les termes de Catherine Colonna, ministre fran\u00e7aise des Affaires \u00e9trang\u00e8res.<br \/>\nAmi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Sommet pour un Nouveau Pacte financier s\u2019est ouvert, jeudi 22 juin \u00e0 Paris en pr\u00e9sence d\u2019une cinquantaine de chefs d\u2019\u00c9tat, dont le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. 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