{"id":6222,"date":"2023-06-26T14:28:20","date_gmt":"2023-06-26T14:28:20","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=6222"},"modified":"2023-06-26T14:28:20","modified_gmt":"2023-06-26T14:28:20","slug":"reportage-mauritanie-sur-les-traces-des-gardiens-du-patrimoine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=6222","title":{"rendered":"REPORTAGE \u2013 Mauritanie : sur les traces des gardiens du patrimoine"},"content":{"rendered":"<p>En Mauritanie, une partie du patrimoine se trouve entre les mains de collectionneurs priv\u00e9s. Une richesse qui se transmet parfois de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et qui ne trouve pas sa place dans des mus\u00e9es, faute d\u2019infrastructure suffisante permettant de les accueillir. Un h\u00e9ritage que les passionn\u00e9s esp\u00e8rent transmettre un jour.<\/p>\n<p>La notion de conservation n\u2019est pas toujours quelque chose d\u2019\u00e9vident. En Mauritanie, la sauvegarde du patrimoine est complexe. Le sable et le vent coupl\u00e9s \u00e0 la s\u00e8cheresse font craqueler le papier des livres conserv\u00e9s. Les collectionneurs de patrimoine ne disposent pas d\u2019endroits climatis\u00e9s permettant de maintenir \u00e0 bonne temp\u00e9rature les ouvrages. Certains utilisent m\u00eame des syst\u00e8mes de bassines remplies d\u2019eau afin de maintenir un minimum d\u2019humidit\u00e9 dans les pi\u00e8ces. Outre les conditions climatiques, il y a surtout la culture. \u00ab Dans un pays de nomades, il est difficile de garder beaucoup de choses. Les d\u00e9m\u00e9nagements sont des incendies pour les livres \u00bb t\u00e9moigne Ahmed Mahmoud Jemal Ahmedou, r\u00e9sidant \u00e0 Nouakchott et plus connu sous le nom de \u00ab Jemal \u00bb.<\/p>\n<p>Les paroles s\u2019envolent, les \u00e9crits restent<br \/>\nAncien conseiller financier en ambassade, sa passion des livres lui provient de ses parents. \u00ab Je suis n\u00e9 entre les livres. D\u00e8s mon enfance, j\u2019ai appris \u00e0 sacraliser tout ce qui \u00e9tait \u00e9crit. Mon p\u00e8re a insist\u00e9 pour que nous lisions et que nous \u00e9crivions. Selon lui, seul le savoir nous permettait de nous \u00e9manciper \u00bb explique celui qui depuis son enfance ne jette rien. Au travers de ses voyages, il collectionne pr\u00e8s de 10 000 ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s sur la Mauritanie et le Sahel dont les fameuses histoires du Paris \u2013 Dakar. Mais la collection a un co\u00fbt. \u00ab Il faut savoir concilier avec les budgets de la famille. Lorsque le salaire approchait, certains me surveillait de pr\u00e8s. J\u2019ai toujours dit \u00e0 mes enfants que le savoir doit primer sur l\u2019argent \u00bb.<\/p>\n<p><img src=https:\/\/i0.wp.com\/www.billetdefrance.fr\/sitewordpress\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/1687695313497-scaled.jpg?resize=768%2C433&#038;ssl=1\" alt=\"Gemal\" \/><\/p>\n<p>Passionn\u00e9 par l\u2019histoire de son pays, il a souhait\u00e9 mettre \u00e0 disposition sa collection au tout-venant. \u00ab Je re\u00e7ois la visite d\u2019\u00e9tudiants et jeunes chercheurs qui sont envoy\u00e9s par leur professeur pour venir rechercher des ouvrages qu\u2019ils ne trouveront pas ailleurs. La seule biblioth\u00e8que publique est la biblioth\u00e8que nationale mais elle ne dispose malheureusement pas de r\u00e9f\u00e9rences suffisantes \u00bb. Selon lui, les personnes qui souhaitent consulter des manuscrits sp\u00e9cialis\u00e9s, doivent obligatoirement se tourner vers les collectionneurs priv\u00e9s. Jemal tente ainsi d\u2019entretenir et de centraliser un vivier de documents et livres sp\u00e9cialis\u00e9s sur la r\u00e9gion et librement accessibles aux personnes qui le souhaitent. \u00ab Il nous manque les infrastructures de sauvegarde n\u00e9cessaires, des gens form\u00e9s pour sauvegarder ce patrimoine et des centres de formations pour favoriser la transmission de notre savoir \u00bb dit-il attrist\u00e9.<\/p>\n<p>Un mus\u00e9e pour transmettre<br \/>\nLes rares passionn\u00e9s du patrimoine ouvrent volontiers leurs portes afin de transmettre l\u2019histoire de la Mauritanie, un pays qu\u2019ils aiment. C\u2019est le cas de El Khalil Ould Dah N\u2019Tahah \u00e0 Atar. Depuis 2002, le fondateur du mus\u00e9e historique de Touezekt \u00e9cume le sol de sa ville \u00e0 la recherche d\u2019objets. \u00ab A l\u2019\u00e9poque, il \u00e9tait facile de trouver des objets historiques, il suffisait de se baisser \u00bb t\u00e9moigne-t-il. De l\u2019antiquit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale, il recense 6 000 objets qu\u2019il affiche dans son mus\u00e9e depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es.  \u00ab Mon objectif est de faire en sorte que ma collection puisse s\u2019int\u00e9grer dans un mus\u00e9e historique plus grand g\u00e9r\u00e9 par la ville. Malheureusement, tr\u00e8s peu de personnes s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 ce travail \u00bb se d\u00e9sesp\u00e8re-t-il.<\/p>\n<p> <img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.billetdefrance.fr\/sitewordpress\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/1687695313522-scaled.jpg?resize=768%2C432&#038;ssl=1\" alt=\"El Khalil\" \/><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pourtant pas faute d\u2019avoir sensibilis\u00e9 les nombreuses personnalit\u00e9s qui sont venues le voir. Les photos souvenirs qu\u2019il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 mettre en avant comme un troph\u00e9e et son livre d\u2019or t\u00e9moignent de ses \u00e9changes. Des ambassadeurs \u00e9trangers au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Mohamed Ould El-Ghazouani, en passant par l\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise Fran\u00e7ois Hollande, El Khalil a accueilli de nombreuses personnalit\u00e9s. Son mus\u00e9e est une sorte de passage oblig\u00e9 pour toute personnalit\u00e9 qui souhaite se rendre dans la ville. \u00ab Ils sont tous d\u2019accord pour que je continue et me f\u00e9licitent pour mon mus\u00e9e. Mais cela ne va pas plus loin \u00bb dit-il attrist\u00e9.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce travail de plusieurs d\u00e9cennies se pose la question de la p\u00e9rennisation. Et l\u00e0 encore la difficult\u00e9 est r\u00e9elle. \u00ab Mes enfants ne sont pas int\u00e9ress\u00e9s pour reprendre et garder ce que j\u2019ai fait \u00bb. Un t\u00e9moignage qui condamne un pan de l\u2019histoire dont la jeune g\u00e9n\u00e9ration ne s\u2019int\u00e9resse pas suffisamment, pr\u00e9f\u00e9rant quitter la Mauritanie. Mais ce matin, \u00e0 l\u2019issue de notre passage, une classe de jeunes filles prendra notre suite dans la visite de ce petit mus\u00e9e. Un symbole de transmission qu\u2019il attend d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment. Autrefois v\u00e9ritable nomade dans leur propre pays, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration tend \u00e0 une nouvelle sorte de nomadisme : celui du monde et de l\u2019abstrait. En Mauritanie, le patrimoine est un d\u00e9fi du quotidien pour les collectionneurs qui parfois sont vus comme des personnages iconoclastes.<\/p>\n<p>La \u00ab Dame poubelle \u00bb de Ouad\u00e2ne<br \/>\nA Ouedane, au d\u00e9tour d\u2019une porte \u00ab tr\u00e8s fatigu\u00e9e \u00bb, se trouve un ensemble d\u2019objets divers et vari\u00e9s qui jonchent le sol. Comme une poubelle \u00e0 ciel ouvert. Un peu plus loin, un homme para\u00eet faire du rangement. Sidi Mohamed Ould Abidine Sidi est lui aussi un passionn\u00e9 d\u2019histoire. Il collectionne de tout mais surtout beaucoup de vieilles ferrailles. Dans sa ville qui accueille la c\u00e9l\u00e8bre \u00ab rue des 40 savants \u00bb, ses surnoms sont multiples et changent en fonction de l\u2019origine des personnes. \u00ab Les habitants me surnomment la \u2018Dame Poubelle\u2019 ou alors le \u2018brocanteur\u2019, ce que je ne suis absolument pas. Certains croient que je suis un vendeur de patrimoine mais je ne vends rien \u00bb se d\u00e9fend le collectionneur. \u00ab Les visiteurs occidentaux, eux, m\u2019appellent souvent \u2018la caverne d\u2019Alibaba\u2019 \u00bb raconte-t-il amus\u00e9. Les termes utilis\u00e9s sont tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateurs de la vision que peuvent avoir les personnes de leur histoire.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.billetdefrance.fr\/sitewordpress\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/1687695313536-scaled.jpg?resize=768%2C432&#038;ssl=1\" alt=\"Abidine\" \/><\/p>\n<p>Son travail commence \u00e0 porter ses fruits. \u00ab Avec le temps, les personnes commencent \u00e0 comprendre l\u2019importance de sauvegarder notre patrimoine \u00bb. Ce n\u2019\u00e9tait pas chose facile \u00e0 ses d\u00e9buts. \u00ab Je me souviens d\u2019avoir trouv\u00e9 un casque de la police militaire fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque. Les propri\u00e9taires s\u2019en servait pour mettre le foin destin\u00e9 \u00e0 nourrir les \u00e2nes. La personne ne s\u2019\u00e9tait pas pos\u00e9e la question de ce que c\u2019\u00e9tait. Je l\u2019ai rachet\u00e9 tout de suite \u00bb. Parfaitement francophone, Sidi Mohamed collectionne des milliers d\u2019objets parfois vieux de plusieurs milliers d\u2019ann\u00e9es du pal\u00e9olithique jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Plus encore, il collectionne \u00e9galement de vieux manuscrits dont des anciens corans vieux de plusieurs si\u00e8cles qu\u2019il est fier de mettre en avant mais dont les conditions de conservations sont \u00ab tr\u00e8s rudimentaires \u00bb.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.billetdefrance.fr\/sitewordpress\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/1687695313543-scaled.jpg?resize=768%2C433&#038;ssl=1\" alt=\"poubelle\" \/><\/p>\n<p>Il faut dire que sa collection est un v\u00e9ritable d\u00e9potoir qui s\u2019\u00e9tend sur 3 sites distincts. Comme les autres, la constitution de son tr\u00e9sor part du m\u00eame principe : la volont\u00e9 de conserver. \u00ab J\u2019ai remarqu\u00e9 que nous avons un patrimoine magnifique particuli\u00e8rement n\u00e9glig\u00e9 \u00bb explique-t-il. \u00ab Depuis 1992, je collecte des objets que je trouve dans la r\u00e9gion. Une petite partie provient de dons ou d\u2019achat que je fais \u00bb. Sp\u00e9cialiste reconnu de son secteur, il a r\u00e9alis\u00e9 un stage en 1997 en Afrique du Sud sur la normalisation et l\u2019inventaire du patrimoine africain. Au sujet de la transmission, il a cr\u00e9\u00e9 une fondation afin que ses enfants puissent prendre la suite de ses activit\u00e9s et puissent p\u00e9renniser son travail. \u00ab Je les sensibilise afin qu\u2019ils puissent comprendre l\u2019importance de ce patrimoine pour notre histoire \u00bb t\u00e9moigne le collectionneur lui aussi passionn\u00e9e d\u2019Odette de Puigaudeau \u00ab Pour les jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui ne parlent pas sp\u00e9cialement fran\u00e7ais, il faudrait traduire son \u0153uvre en arabe pour qu\u2019ils voient le bien qu\u2019elle a fait \u00e0 notre pays \u00bb conclut-t-il.<\/p>\n<p>Une difficult\u00e9 de sauvegarde<br \/>\nDans le but de prendre en consid\u00e9ration ce besoin de mise en avant de l\u2019histoire mauritanienne, le mus\u00e9e national de Nouakchott a ouvert ses portes en 1972. Construit par les Chinois, l\u2019objectif de celui-ci est de centraliser et mettre en avant le patrimoine mill\u00e9naire du pays. Malheureusement, lors de notre visite r\u00e9alis\u00e9e par le directeur du mus\u00e9e, Mamadou Hadya Kane, nous sommes seuls. Les deux grandes salles d\u2019exposition permanentes (arch\u00e9ologie et ethnographie) n\u2019attirent pas la foule.  Sans visiteur, le mus\u00e9e para\u00eet comme fig\u00e9 dans le temps. Une troisi\u00e8me grande salle d\u2019exposition temporaire vient compl\u00e9ter le tout. Au travers de celle-ci l\u2019objectif est \u00e9galement d\u2019accueillir des s\u00e9minaires. \u00ab Notre objectif est que le mus\u00e9e devienne \u00e9galement un lieu qui permette de se rencontrer. Cela permet de nous faire davantage conna\u00eetre aupr\u00e8s de la population locale mais aussi aupr\u00e8s des personnalit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res. \u00bb explique le directeur.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.billetdefrance.fr\/sitewordpress\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/1687695313508-scaled.jpg?resize=768%2C432&#038;ssl=1\" alt=\"mus\u00e9e\" \/><\/p>\n<p>Dans la continuit\u00e9 de ce mus\u00e9e, se d\u00e9roule chaque ann\u00e9e, le festival des villes anciennes. \u00ab Cet \u00e9v\u00e9nement festif permet de mettre en avant le patrimoine mauritanien de 4 villes caravani\u00e8res inscrites au patrimoine mondial de l\u2019humanit\u00e9 (Oualata, Chinguetti, Tichit et Ouad\u00e2ne) \u00bb d\u00e9veloppe M. Kane. Chaque ann\u00e9e, le festival se d\u00e9roule dans une ville diff\u00e9rente et attire des milliers de visiteurs. Musique, exposition d\u2019artisanat, course de dromadaires, l\u2019\u00e9v\u00e9nement participe ainsi au rayonnement culturel de la r\u00e9gion. Mais la mise en place de cette politique culturelle prend du temps. Et ce m\u00eame si le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a cr\u00e9\u00e9 en 2022 un prix des beaux-arts qui permet de r\u00e9compenser le meilleur artiste mauritanien dans le domaine du th\u00e9\u00e2tre, du cin\u00e9ma, de la musique et de la peinture.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"ehOMh7QjKs\"><p><a href=\"https:\/\/www.billetdefrance.fr\/reportages\/reportage-mauritanie-sur-les-traces-des-gardiens-du-patrimoine\/25\/06\/2023\/\">REPORTAGE \u2013 Mauritanie : sur les traces des gardiens du patrimoine<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0REPORTAGE \u2013 Mauritanie : sur les traces des gardiens du patrimoine\u00a0\u00bb &#8212; Billet de France\" src=\"https:\/\/www.billetdefrance.fr\/reportages\/reportage-mauritanie-sur-les-traces-des-gardiens-du-patrimoine\/25\/06\/2023\/embed\/#?secret=5yhfSQlRyv#?secret=ehOMh7QjKs\" data-secret=\"ehOMh7QjKs\" width=\"500\" height=\"282\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Mauritanie, une partie du patrimoine se trouve entre les mains de collectionneurs priv\u00e9s. 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