{"id":6363,"date":"2023-07-07T15:25:11","date_gmt":"2023-07-07T15:25:11","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=6363"},"modified":"2023-07-07T15:25:11","modified_gmt":"2023-07-07T15:25:11","slug":"gaz-quelle-gestion-pour-les-revenus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=6363","title":{"rendered":"GAZ : QUELLE GESTION POUR LES REVENUS ?"},"content":{"rendered":"<p>La Mauritanie est en passe de devenir un important producteur de gaz naturel dans les prochaines ann\u00e9es. Une source potentielle de croissance \u00e9conomique pour le pays, conduisant \u00e0 l&#8217;afflux de capitaux \u00e9trangers li\u00e9s \u00e0 la production qui pourrait causer de s\u00e9rieux probl\u00e8mes macro\u00e9conomiques et de gouvernance, notamment une baisse de la qualit\u00e9 des d\u00e9cisions en mati\u00e8re de d\u00e9penses publiques et une recherche accrue de rentes, alors que notre pays est class\u00e9 parmi les pays du Tiers-monde les plus pauvres et les moins d\u00e9velopp\u00e9s. Cela fait plus de cinq ans que l&#8217;\u00c9tat mauritanien travaille avec son homologue s\u00e9n\u00e9galais sur un projet gazier commun connu sous le nom d'&#8221; Ahmeyim &#8220;, autour du forage de deux puits. Selon les estimations officielles, la production annuelle devait atteindre 2,5 millions de tonnes dans sa premi\u00e8re phase puis, apr\u00e8s le d\u00e9veloppement d&#8217;une deuxi\u00e8me phase qui devrait d\u00e9marrer en 2025, cinq millions de tonnes, pour plafonner enfin, dans la troisi\u00e8me phase (2030), autour de dix millions de tonnes\/an. Les revenus annuels pour la Mauritanie devraient \u00eatre de l&#8217;ordre de cent millions de dollars par an d\u00e8s la premi\u00e8re phase du projet. De quoi attiser l&#8217;impatience des Mauritaniens esp\u00e9rant que le d\u00e9but de l&#8217;extraction du gaz marque celui du d\u00e9veloppement \u00e9conomique du pays. Cela se traduit en r\u00e9flexions tous azimuts sur les plans politique, \u00e9conomique et s\u00e9curitaire, ainsi que sur la position de notre pays dans la r\u00e9gion. Mais le spectre de la mauvaise gestion, de la corruption et des d\u00e9s\u00e9quilibres de gouvernance ne cesse de planer, entravant la voie du progr\u00e8s et du d\u00e9veloppement dans les esprits, avant le terrain. Des contraintes aggrav\u00e9es par les d\u00e9clarations attribu\u00e9es au ministre de l&#8217;\u00c9conomie et de la promotion des secteurs productifs, monsieur Ousmane Mamoudou Kane : &#8221; [&#8230;] le pays ne peut pas compter sur des richesses qui ne se renouvellent pas &#8220;, a-t-il dit \u00e0 propos des revenus attendus du projet, justifiant son propos par le fait que &#8221; de nombreux de pays dans le monde ont accumul\u00e9 des sommes colossales d&#8217;argent \u00e0 partir du p\u00e9trole et du gaz mais les ont investis en d&#8217;autres secteurs pour diversifier leurs sources apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 que l&#8217;avenir de l&#8217;\u00e9conomie n&#8217;est plus en faveur du gaz &#8220;. Un d\u00e9fi majeur \u00c0 quels termes les Mauritaniens peuvent-ils donc esp\u00e9rer voir l&#8217;\u00e9conomie du pays s&#8217;am\u00e9liorer et cro\u00eetre ? Les industries extractives vontelles sortir des milliers de jeunes du ch\u00f4mage qui touche plus de 30%d&#8217;entre eux, selon les chiffres officiels ? La gestion des revenus est une des principales responsabilit\u00e9s de notre gouvernement qui devra mettre en place des proc\u00e9dures et des r\u00e8gles pour r\u00e9guler le contr\u00f4le des fonds publics et la distribution de ceux-l\u00e0. Si les ressources en gaz ne sont \u00e9videmment pas in\u00e9puisables, leur gestion peut g\u00e9n\u00e9rer de multiples retomb\u00e9es socio-\u00e9conomiques partout dans notre pays, contribuant \u00e0 \u00e9tablir des solutions \u00e0 long terme qui renforcent la confiance des investisseurs, am\u00e9liorent l&#8217;acc\u00e8s aux march\u00e9s et soutiennent la comp\u00e9titivit\u00e9. L&#8217;industrie du gaz est donc essentielle \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie nationale. Certes les d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la r\u00e9glementation des politiques fiscales et \u00e0 l&#8217;acc\u00e8s aux march\u00e9s limitent sa croissance et cela impose au gouvernement de stimuler le produit int\u00e9rieur brut, financer les infrastructures, l&#8217;\u00e9ducation, les soins de sant\u00e9 et autres produits et services ; tout en maintenant des emplois stables au sein de la classe moyenne qui pourrait jouer un r\u00f4le important en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement durable pour lutter contre le ch\u00f4mage des jeunes. Le gouvernement s&#8217;efforce d&#8217;am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie de nos citoyens et cela implique de poursuivre diff\u00e9rents objectifs. Comme, par exemple, augmenter la croissance du PIB, r\u00e9duire la pauvret\u00e9, g\u00e9n\u00e9rer des emplois, maintenir le taux d&#8217;inflation \u00e0 un faible niveau, susciter un environnement \u00e9conomique propice et fournir des services publics de qualit\u00e9 \u00e0 tous. C&#8217;est beaucoup et la gestion des recettes publiques de l&#8217;exploitation de gaz est un d\u00e9fi majeur pour notre pays. Il va s&#8217;agir d&#8217;opter pour des investissements conduisant \u00e0 une plus grande capacit\u00e9 de production et \u00e0 une diversification \u00e9conomique accrue, pour aboutir en fin de compte \u00e0 un niveau de vie plus \u00e9lev\u00e9 pour tous nos concitoyens. A contrario, une mauvaise gestion g\u00e2chera les possibilit\u00e9s qu&#8217;offrent les ressources non renouvelables de gaz et r\u00e9duire les perspectives de relever les d\u00e9fis auxquels le pays est confront\u00e9. Je pense qu&#8217;il est donc n\u00e9cessaire de mettre en place un comit\u00e9 d&#8217;orientation strat\u00e9gique du gaz impliquant tous les partenaires de l&#8217;\u00c9tat afin de prendre les mesures n\u00e9cessaires en vue d&#8217;assurer un suivi particulier dans la reconfiguration de l&#8217;\u00e9conomie nationale adapt\u00e9e aux opportunit\u00e9s et enjeux de notre pays. Cela peut \u00e9largir le consensus national autour de la gouvernance inclusive et participative du secteur et de la gestion des recettes issues de l&#8217;exploitation des ressources gazi\u00e8res. Il est important de comprendre que cette production va constituer une part importante de notre approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique au cours des ann\u00e9es \u00e0 venir, sans pour autant mutiler notre capacit\u00e9 \u00e0 devenir un choix de premier plan d&#8217;approvisionnement pour de nombreux autres pays. Il est certain que le d\u00e9marrage de l&#8217;extraction fera de la Mauritanie un nouveau centre d&#8217;attention des pays importateurs de gaz, en particulier en cette Europe si proche de nos c\u00f4tes et de plus en plus demandeuse en gaz. C&#8217;est donc dire que d&#8217;importants d\u00e9fis doivent \u00eatre relev\u00e9s rapidement pour permettre \u00e0 notre pays de prendre sa place dans le bouquet gazier mondial. Cela nous oblige \u00e0 d\u00e9velopper une industrie \u00e9conomiquement viable qui r\u00e9ponde \u00e0 des crit\u00e8res tout autant environnementaux que concurrentiels.<br \/>\nDe nombreux inconv\u00e9nients Nul doute que cette affaire place notre pays et le S\u00e9n\u00e9gal au c\u0153ur des orientations strat\u00e9giques internationales dans le domaine de l&#8217;\u00e9nergie. L&#8217;entr\u00e9e de nos pays en ce secteur va ouvrir la voie \u00e0 des transformations majeures, entra\u00eenant la r\u00e9vision des politiques de certains pays dans la r\u00e9gion, alors que la course aux faveurs de Nouakchott a commenc\u00e9, avec l&#8217;ouverture de nouveaux consulats et ambassades, tandis que se consolident de plus anciennes relations bilat\u00e9rales. Si l&#8217;engagement de l&#8217;\u00c9tat doit se porter surtout sur la transparence, la bonne gestion et la diversification bien \u00e9tudi\u00e9e des b\u00e9n\u00e9fices du secteur, en plein respect de nos exigences sp\u00e9cifiques de d\u00e9veloppement, c&#8217;est beaucoup d\u00fb aux avantages que lui offre son d\u00e9sengagement envers les co\u00fbts d&#8217;exploration, lui \u00e9vitant les d\u00e9boires de recherches infructueuses. B\u00e9n\u00e9ficiant du concours des meilleures soci\u00e9t\u00e9s internationales en ce domaine, il dispose \u00e9galement d&#8217;une part de la production sous forme de redevance : jamais moins de 10 %, comme sp\u00e9cifi\u00e9 dans le Code des hydrocarbures. Bien s\u00fbr, il a le droit d&#8217;augmenter ce pourcentage, puisqu&#8217;il atteint 14% dans le projet d&#8217;Ahmeyim et m\u00eame 29% en ce qui concerne le champ de Bir Allah, sans compter divers autres avantages sur les profits. Mais les inconv\u00e9nients sont nombreux. \u00c0 commencer par la tr\u00e8s longue dur\u00e9e des contrats conclus entre l&#8217;\u00c9tat et les grandes entreprises : elle peut d\u00e9passer un demi-si\u00e8cle pour le gaz, une tr\u00e8s longue p\u00e9riode au regard de l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration des mutations dans le secteur de l&#8217;\u00e9nergie mondiale. Le Monde peut ainsi r\u00e9aliser un basculement qualitatif vers d&#8217;autres sources d&#8217;\u00e9nergie avant la fin du contrat&#8230;tandis que cette long\u00e9vit\u00e9 de bail cache une atteinte aux droits des g\u00e9n\u00e9rations futures et \u00e0 leur part de notre richesse nationale. La r\u00e9gion du Sahel partag\u00e9e entre la Mauritanie et le S\u00e9n\u00e9gal est une r\u00e9gion tr\u00e8s riche en flore et faune. Des milliers de kilom\u00e8tres de d\u00e9sert saharien d\u00e9bouchent sur un sol fertile, arros\u00e9 par le fleuve S\u00e9n\u00e9gal, offrant un lieu de repos \u00e0 des millions d&#8217;oiseaux aquatiques sur leur voyage entre l&#8217;Afrique et les pays temp\u00e9r\u00e9s. On doit donc demander aux grandes entreprises impliqu\u00e9es dans l&#8217;exploitation des hydrocarbures un maximum de garanties prot\u00e9geant l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me mauritanien. Ce n&#8217;est pas peu que le puits Okra 1 constitue, \u00e0 ce jour, la plus grande d\u00e9couverte d&#8217;hydrocarbures en eaux profondes au monde. Dans ce contexte attenant aux d\u00e9fis li\u00e9s aux changements climatiques, nous devons nous pr\u00e9occuper d&#8217;une approche nationale \u00e0 long terme, respectant notamment nos engagements pris lors de l&#8217;accord de Paris. Nous avons \u00e0 contribuer \u00e0 la r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effets de serre. On conclura en rappelant que le secteur gazier doit \u00eatre trait\u00e9 en \u00e9troite symbiose avec les autres secteurs \u00e9conomiques, sociaux et environnementaux, afin de favoriser une efficace diversification nous \u00e9vitant de nuisibles d\u00e9pendances. Notre vision gazi\u00e8re doit \u00eatre effectivement participative, prenant \u00e9galement en compte les acteurs politiques, parlementaires et civils, \u00e0 travers des m\u00e9canismes d&#8217;inclusion transparente : oui, c&#8217;est bel et bien au regard de l&#8217;ensemble et des d\u00e9tails de notre situation sp\u00e9cifique, avec la participation de tous, que doit se r\u00e9aliser l&#8217;exploitation de nos ressources en gaz. CHEIKH AHMED OULD MOHAMED<br \/>\nING\u00c9NIEUR<br \/>\nCHEF DU SERVICE ETUDES ET D\u00c9VELOPPEMENT<br \/>\n\u00c9TABLISSEMENT PORTUAIRE DE LA BAIE DU REPOS<br \/>\nNOUADHIBOU<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Mauritanie est en passe de devenir un important producteur de gaz naturel dans les prochaines ann\u00e9es. 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