{"id":7394,"date":"2023-09-30T15:21:04","date_gmt":"2023-09-30T15:21:04","guid":{"rendered":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=7394"},"modified":"2023-09-30T15:21:04","modified_gmt":"2023-09-30T15:21:04","slug":"le-president-mauritanien-mohamed-ould-ghazouani-au-figaro-lafrique-attend-trop-de-la-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ladepeche.mr\/?p=7394","title":{"rendered":"Le pr\u00e9sident mauritanien Mohamed Ould Ghazouani au Figaro: \u00abL\u2019Afrique attend trop de la France\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>&#8211; Entretien exclusif &#8211; Le pr\u00e9sident du G5 Sahel estime que la situation est plus \u00abmauvaise\u00bb que jamais dans cette r\u00e9gion du continent.<\/p>\n<p>Longtemps habitu\u00e9e aux coups d\u2019\u00c9tat depuis son ind\u00e9pendance en 1960, la Mauritanie fait aujourd\u2019hui figure d\u2019\u00eelot de stabilit\u00e9 au Sahel, alors que le rejet de la France va grandissant dans cette r\u00e9gion d\u2019Afrique de plus en plus livr\u00e9e au djihadisme, aux groupes arm\u00e9s en tous genres et travers\u00e9e par d\u2019importantes vagues migratoires.<\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani, \u00e9lu \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique islamique de Mauritanie en 2019, qui devrait se repr\u00e9senter en 2024, a re\u00e7u Le Figaro dans le palais pr\u00e9sidentiel de Nouakchott, la capitale du pays.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : La France vient de rappeler son ambassadeur au Niger et s\u2019appr\u00eate \u00e0 \u00e9vacuer ses soldats pr\u00e9sents sur place. Ce retrait signe-t-il l\u2019\u00e9chec de la pr\u00e9sence fran\u00e7aise au Sahel?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Je ne dirai pas que c\u2019est un \u00e9chec pour la France ni une humiliation, comme j\u2019ai pu l\u2019entendre dire, mais elle a sans doute raison de partir. Quant \u00e0 la Mauritanie, elle a condamn\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat au Niger, comme elle a condamn\u00e9 tous les coups d\u2019\u00c9tats qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 au Sahel.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Pourriez-vous accueillir sur votre sol les 1500 militaires fran\u00e7ais qui vont quitter le Niger d\u2019ici \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : La Mauritanie ne me para\u00eet pas, ni strat\u00e9giquement ni g\u00e9ographiquement, le meilleur pays pour accueillir des soldats d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la lutte contre le terrorisme au Sahel. Dans un tel dispositif de lutte contre le terrorisme, une action des forces d\u00e9di\u00e9es est plus logique depuis un pays qui est davantage au centre ou dans la proximit\u00e9 du champ d\u2019action. La Mauritanie n\u2019a d\u2019ailleurs pas connu d\u2019attentat sur son sol depuis 2011 et a, sans doute, moins besoin de l\u2019assistance d\u2019une force multinationale.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Prenez-vous des nouvelles du pr\u00e9sident nig\u00e9rien renvers\u00e9, Mohamed Bazoum, retenu dans la r\u00e9sidence pr\u00e9sidentielle de Niamey?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Je l\u2019ai de temps en temps au t\u00e9l\u00e9phone. Il est effectivement retenu avec son \u00e9pouse et son fils Salem. Il va bien et me dit \u00eatre en bonne sant\u00e9, m\u00eame si &#8211; et ce n\u2019est un secret pour personne &#8211; ses conditions de vie ne sont pas bonnes. Il garde n\u00e9anmoins le moral.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : \u00c0 part la Mauritanie, quatre des cinq pays du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali) ont connu ces derniers temps des coups d\u2019\u00c9tat ou un changement \u00e0 la t\u00eate du pays. Dans ce nouveau contexte, le G5 Sahel, cr\u00e9\u00e9 en 2014 pour lutter contre le terrorisme et le sous-d\u00e9veloppement, puis soutenu par la France, est-il mort?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Non, je vous l\u2019affirme, le G5 Sahel n\u2019est pas mort. Cette organisation, que je pr\u00e9side, est encore en vie. Seul le Mali en est pour l\u2019instant sorti. Les raisons qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de cette structure &#8211; la lutte antiterroriste et les efforts communs pour le d\u00e9veloppement &#8211; restent pertinentes. Nos d\u00e9fis partag\u00e9s demeurent.<\/p>\n<p>Certes, la sortie du Mali pose un probl\u00e8me. Elle cr\u00e9e de la discontinuit\u00e9 pour nos op\u00e9rations militaires communes qui se poursuivent avec les autres pays. Nous devons imp\u00e9rativement surmonter nos diff\u00e9rends par le dialogue pour atteindre nos objectifs sur les deux fronts pr\u00e9cit\u00e9s. On doit se parler. La r\u00e8gle est la concertation et je veux rester optimiste. Il est de notre devoir, \u00e0 tous, de maintenir cette organisation comme un acquis g\u00e9opolitique et strat\u00e9gique majeur au service de la paix et du d\u00e9veloppement des peuples du Sahel. Celle-ci est un rempart contre le repli sur soi et le regain des communautarismes.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Voyez-vous la main de Wagner derri\u00e8re cette d\u00e9stabilisation du Sahel?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Les bruits courent sur cette pr\u00e9sence au Mali, mais j\u2019entends aussi la voix officielle du Mali qui dit qu\u2019existe une coop\u00e9ration directe avec l\u2019\u00c9tat russe.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Les villes de Tombouctou et de Gao sont au c\u0153ur d\u2019une guerre entre groupes arm\u00e9s et pourraient prochainement tomber. Avez-vous peur qu\u2019un califat s\u2019installe au c\u0153ur du Sahel?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Effectivement, le nord du Mali et particuli\u00e8rement les villes de Gao et de Tombouctou connaissent, ces derni\u00e8res semaines, une situation s\u00e9curitaire pr\u00e9caire. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la situation du moment au Sahel n\u2019est pas bonne, elle est m\u00eame tr\u00e8s mauvaise. Tous les pays de la r\u00e9gion sont sous pression, y compris mon pays. Les activit\u00e9s des groupes terroristes s\u2019intensifient, d\u2019autant que les forces fran\u00e7aises de Barkhane ne sont plus l\u00e0 ni celles de la mission onusienne de la Minusma.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Un violent sentiment antifran\u00e7ais s\u2019exprime dans les pays sah\u00e9liens. Comment l\u2019expliquez-vous?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : J\u2019entends d\u2019abord un populisme virulent qui n\u2019est pas propre \u00e0 l\u2019Afrique, mais qui s\u2019exprime partout sur la plan\u00e8te. Ce populisme, que personne ne ma\u00eetrise, est largement amplifi\u00e9 par les r\u00e9seaux sociaux. Pour ce qui est du sentiment antifran\u00e7ais, il n\u2019y a pas, \u00e0 mon sens, \u00e0 proprement parler, de sentiment antifran\u00e7ais. Je parlerais plut\u00f4t de malentendus de parcours, comme il en existe parfois entre amis de longue date.<\/p>\n<p>J\u2019explique cela par des attentes, que je juge excessives, de certaines populations africaines vis-\u00e0-vis d\u2019un pays historiquement ami. Certes, le pass\u00e9 ne passe pas toujours, mais, selon moi, l\u2019Afrique attend trop de la France. Et puis, attention, il existe, parall\u00e8lement \u00e0 cela, une insatisfaction des opinions africaines sur la gestion des affaires publiques en termes de gouvernance et de d\u00e9mocratie dans nos pays. Le m\u00e9contentement vise donc deux destinataires. J\u2019ajoute que ce sentiment dit \u00abantifran\u00e7ais\u00bb ne se manifeste pas en Mauritanie, car le respect et l\u2019amiti\u00e9 ont toujours pr\u00e9sid\u00e9 aux relations entre la France et mon pays.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Comment la Mauritanie lutte-t-elle contre la vague migratoire qui vient d\u2019Afrique subsaharienne?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Nous avons deux types de migrants. D\u2019une part, ceux qui arrivent d\u2019Afrique subsaharienne par la mer pour rejoindre l\u2019Europe, via les Canaries. Leur nombre est croissant et met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve nos moyens de surveillance. Et puis il y a \u00e9galement les r\u00e9fugi\u00e9s fuyant les attaques dans le Sahel, malien pour la plupart, qui affluent vers notre camp de Mbera, \u00e0 l\u2019est de la Mauritanie, et qui ne cherchent pas \u00e0 rejoindre l\u2019Europe pour la plupart d\u2019entre eux. Leur nombre a doubl\u00e9 en un an et atteint d\u00e9sormais plus de 100.000 individus. Aucune ville mauritanienne, en dehors de Nouakchott, est aussi peupl\u00e9e. Ces migrants nous co\u00fbtent \u00e0 tous points de vue, notamment sur le plan s\u00e9curitaire, car comment reconna\u00eetre, parmi eux, d\u2019\u00e9ventuels terroristes? Sur le front humanitaire, nous avons l\u2019aide louable, mais insuffisante, des agences de l\u2019ONU. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire, potentiellement d\u00e9stabilisateur, m\u2019inqui\u00e8te beaucoup.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Les relations de la France avec le Maroc et l\u2019Alg\u00e9rie sont aussi difficiles, compliqu\u00e9es par le dossier du Sahara occidental. Quelle est votre position sur ce sujet?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Traditionnellement, la Mauritanie a toujours observ\u00e9 une neutralit\u00e9 par rapport \u00e0 ce dossier. Depuis 2019, on a maintenu cette neutralit\u00e9 &#8211; sans pour autant \u00eatre indiff\u00e9rent &#8211; tout en la rendant positive. Pour ce qui est des relations entre la France et le Maroc, personne ne nous a rien demand\u00e9 et, d\u2019ailleurs, nous n\u2019avons pas connaissance d\u2019un diff\u00e9rend entre ces deux pays.<\/p>\n<p>Nous pensons plut\u00f4t que ce qui les lie est plus fort que ce qui peut les s\u00e9parer. Nous sommes toujours dispos\u00e9s \u00e0 jouer notre r\u00f4le d\u2019amis, mais je pense que ni la France ni le Maroc n\u2019ont besoin de nous pour se parler. Entre nations amies, quand bien m\u00eame il y aurait des divergences, la sagesse des dirigeants parvient toujours \u00e0 les r\u00e9gler. Pour ce qui la concerne, la Mauritanie est un trait d\u2019union entre le monde arabe et l\u2019Afrique subsaharienne. Elle fait le maximum pour rapprocher ces deux ensembles.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : La France a-t-elle encore un avenir en Afrique?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : C\u2019est le pays d\u2019Occident qui conna\u00eet le mieux l\u2019Afrique, avec laquelle il a un lien exceptionnel. La France a une histoire commune avec l\u2019Afrique, et donc un avenir. Avec l\u2019Europe en g\u00e9n\u00e9ral et la France en particulier, nous avons non seulement un pass\u00e9 li\u00e9, mais la g\u00e9ographie, la culture et les civilisations des mondes m\u00e9diterran\u00e9ens nous obligent \u00e0 relever ensemble les d\u00e9fis d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.<\/p>\n<p>Toutefois, si la France a \u00e9videmment un avenir en Afrique, il faut que l\u2019Afrique ait \u00e9galement un avenir en France, en Europe et en Occident. Cet avenir est commun et il ne doit pas se concevoir aux d\u00e9pens de l\u2019autre, ni dans un sens ni dans l\u2019autre. Il faut reb\u00e2tir cette relation \u00e0 partir de ce qui existe d\u00e9j\u00e0 de positif, et pas seulement sur le plan militaire, pour que le r\u00e9sultat soit gagnant-gagnant. Nous avons, ensemble, \u00e0 relever des d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la mont\u00e9e des courants haineux en Europe comme en Afrique, aux questions essentielles comme la migration et la coop\u00e9ration Nord-Sud, pour structurer des r\u00e9ponses partag\u00e9es, empreintes de respect mutuel, de justice et d\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Serez-vous candidat \u00e0 votre r\u00e9\u00e9lection en 2024 ?<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : Je me soumettrai \u00e0 la volont\u00e9 de ma majorit\u00e9 et du peuple.<\/p>\n<p><strong>Le Figaro : Vous serez donc bien candidat\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Mohamed Ould Ghazouani : \u00c0 vous d\u2019interpr\u00e9ter\u2026<\/p>\n<p><strong>Par Yves Thr\u00e9ard<\/strong><\/p>\n<p>Le Figaro via cridem<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Entretien exclusif &#8211; Le pr\u00e9sident du G5 Sahel estime que la situation est plus \u00abmauvaise\u00bb que jamais dans cette r\u00e9gion du continent. 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