OMVS -UE-Financement AFD: Un coup d’épée dans l’eau?

L’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et l’Agence française de développement (AFD) ont signé, le lundi 26 janvier 2026, une convention de financement de 3 millions d’euros (environ 2 milliards de francs CFA) pour la gestion durable de l’eau dans le bassin du fleuve Sénégal. Ce financement s’inscrit dans le cadre du Programme de Gestion Intégrée des Ressources en Eau du bassin du fleuve Sénégal (PROGIRESS), soutenu par l’Union européenne au Sénégal.
La cérémonie officielle, marquée par la présence de plusieurs hauts responsables européens et français, s’est voulue rassurante et annonciatrice d’espoir. Pourtant, derrière l’annonce, des questions fusent: que deviendra réellement ce financement dans un contexte où l’OMVS traverse une période délicate, tant sur le plan institutionnel que financier ? Qu’en tireraient les populations au nom desquelles le financement est obtenu?
Le Haut-Commissaire de l’OMVS, le mauritanien, Mohamed Abdel Vetah, reconnaît qu’un état de référence scientifique récent montre que le fleuve Sénégal est fortement sous pression. Pollution, dégradation des écosystèmes et activités humaines non contrôlées menacent l’équilibre du bassin. Sans oublier une gestion peu efficace détournée des véritables enjeux de l’organisation. Un constat alarmant qui justifie, selon lui, l’urgence d’agir à travers le programme PROGIRESS.
Sur le papier, les actions prévues sont nombreuses et pertinentes : suivi renforcé de la qualité des eaux, appui à l’Observatoire du Fouta Djallon, lutte contre le typha envahissant, encadrement de l’orpaillage artisanal dans la Falémé, ou encore restauration d’écosystèmes fragiles. Autant de chantiers lourds, coûteux et complexes, qui nécessitent une gouvernance solide, une coordination efficace et une capacité réelle d’absorption des fonds.
Or, c’est précisément là que le doute s’installe. L’OMVS, confrontée à des difficultés internes et à des retards chroniques dans la mise en œuvre de certains projets, peine depuis quelque temps à rassurer sur sa capacité à mobiliser et gérer durablement les financements internationaux. Dans ce contexte, l’annonce de 3 millions d’euros, bien que bienvenue, apparaît modeste au regard des enjeux, et surtout fragile si les problèmes structurels persistent. Finalement ce financement risquerait, en raison de l’Etat actuel de l’organisation, de n’avoir que l’effet d’un coup d’épée dans l’eau.
Pour les millions de riverains du bassin du fleuve Sénégal, l’enjeu dépasse les discours et les signatures officielles. Il s’agit de savoir si ces fonds se traduiront effectivement par des améliorations concrètes sur le terrain, ou s’ils risquent, une fois encore, de ne pas avoir l’impact escompté de leur mobilisation.
Ce partenariat avec l’Union européenne et l’AFD place l’OMVS face à ses responsabilités. Plus que jamais, l’organisation est attendue sur des résultats tangibles. Sans réformes internes et sans une transparence accrue, le risque est grand que ce financement, présenté comme un levier pour la gestion durable de l’eau, ne soit qu’un nouvel espoir suspendu aux incertitudes actuelles.
JD