Journée internationale de la femme: communiqué Ira-Mauritanie

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, l’Initiative pour la Résurgence Abolitionniste (IRA) Mauritanie rappelle que la condition des femmes en Mauritanie demeure profondément marquée par l’inégalité, l’oppression systémique et les pratiques esclavagistes persistantes, héritées et entretenues par des structures sociales et politiques profondément ancrées.

Malgré les discours officiels célébrant les femmes mauritaniennes, la réalité quotidienne de nombreuses femmes, en particulier celles issues des communautés victimes de l’esclavage et de la discrimination héréditaire, reste tragiquement immuable.

Plus de vingt pour cent de la population mauritanienne vit encore sous le joug de l’esclavage héréditaire et domestique, victimes dont 90 pour cent sont des femmes et leurs enfants. Ces hommes et femmes naissent propriétés privées d’autres hommes issus des segments aristocratiques et privilégiés; ce bétail humain est souvent privée de liberté, de scolarité, de salaire et même d’état civil. La filiation et le droit au mariage leur sont systématiquement refusés.

Selon le code esclavagiste mauritanien, interprété par le gouvernement et les groupes dominants esclavagistes sous le couvert de la charia, la femme esclave n’a pas de mari légal et elle est juridiquement la propriété de son maître et de ses héritiers.
Dans la pratique, elle peut également être exploitée sexuellement par d’autres individus, sans son consentement, ce qui fait du viol collectif et récurrent une réalité tragique et immuable pour ces femmes et filles.

Le cas de Nouha Mohamed illustre de manière frappante cette situation. Fille d’une femme Haratine, dans des conditions de servitude comme ses quatre sœurs et sa maman. Noura est cédée comme cadeau de mariage à Isellemheu mint Cheikh El Weli Ould Horma, institutrice de son État et héritière d’une lignée de suzerains. Nouha(11 ans), trimait, n’était ni habillée ni chaussée, était maltraitée et ne partait pas à l’école. C’est le lot de toutes les filles et femmes esclaves en Mauritanie, vivant les affres de la servitude ancestrale, privées de leurs droits fondamentaux, avec la complicité des pouvoirs politique, judiciaire, législatif et sécuritaire, qui sont tous dominés et gérés par les dépositaires de l’ordre social, religieux et politique esclavagiste.
Leur quotidien est celui de l’exploitation, de la privation et de l’humiliation, témoignant de la mauvaise foi des institutions à protéger les victimes, même les femmes les plus vulnérables.

De plus, la journaliste Warda Ahmed Souleymane et les lanceuses d’alerte Rachida Saleck et Lala Vatma, toutes issues des communautés victimes de l’esclavage et de la discrimination héréditaire, sont actuellement emprisonnées pour avoir dénoncé publiquement la situation de Nouha Mohamed et de sa famille, ainsi que pour leur engagement en faveur de la justice sociale et de l’abolition de l’esclavage.
Leur détention impitoyables(deux d’entre elles sont en état de grossesse), l’acharnement du général Ghazouani, à réprimer la soif de la liberté des victimes et démontre la persistance d’un appareil étatique qui criminalise celles qui défendent les droits des femmes et des communautés marginalisées, renforçant ainsi un système esclavagiste et discriminatoire. Cette attitude met à nue l’hypocrisie et l’instinct ségrégationniste des juges qui ont toujours refusé le dépôt en en prison les femmes convaincus de crimes d’esclavage arguant qu’elles allaitent ou son enceinte, alors que cet alibi est totalement absent quand il s’agit de militantes abolitionnistes issues de la communauté des esclaves et affranchis.

Au-delà de la question de l’esclavage, toutes les femmes mauritaniennes subissent des discriminations systémiques sur le plan scolaire, professionnel et politique. L’accès limité à l’éducation, la marginalisation dans le marché du travail et l’exclusion de la participation politique sont des réalités qui affectent toutes les femmes, mais de manière particulièrement sévère pour celles issues des communautés victimes de l’esclavage et de la discrimination héréditaire.

Le refus catégorique du pouvoir politique et de son assemblée, où il est largement majoritaire, de voter la loi karama sur les droits des filles et des femmes conforme aux standards internationaux constitue un scandale au regard du droit international et des engagements de la Mauritanie envers l’ONU.

En cette Journée internationale des femmes, IRA Mauritanie appelle la communauté nationale et internationale à :

Reconnaître et dénoncer les discriminations et violences spécifiques subies par les femmes Haratines et celles issues des communautés victimes de l’esclavage et de la discrimination héréditaire; et ce en condamnant la Mauritanie pour les sévices contre les militantes abolitionnistes, la journaliste Warda et les deux lanceuses d’alerte Lalla et Rachida.

Libérer immédiatement toutes les militantes emprisonnées pour leur engagement en faveur des droits humains et de l’égalité.

Mettre fin aux pratiques de servitude et d’esclavage domestique, en appliquant rigoureusement les lois existantes et en renforçant les mécanismes de protection des femmes et des filles.

Promouvoir l’autonomisation économique, éducative et sociale des femmes, particulièrement celles issues des communautés marginalisées, afin de briser le cycle de la dépendance et de la soumission.

La Journée du 8 mars ne doit pas être réduite à une célébration symbolique.
Elle doit devenir un moment de prise de conscience et d’action concrète pour toutes les femmes, en particulier celles encore contraintes par les chaînes de l’esclavage et de la discrimination.

IRA Mauritanie réaffirme son engagement indéfectible à lutter contre l’esclavage et les injustices structurelles, et à soutenir toutes les femmes dans leur combat pour la liberté, la dignité et l’égalité.

Nouakchott, le 8 mars 2026
Commission communication IRA Mauritanie

Références
Initiative pour la Résurgence Abolitionniste (IRA) Mauritanie, rapports annuels 2025-2026.
Observatoire pour la Protection des Défenseurs des Droits Humains, FIDH & OMCT, 2026.
SOS Esclaves Mauritanie, « Rapport sur l’esclavage héréditaire et domestique », 2025.
Amnesty International, « Mauritanie : Droits des femmes et communautés marginalisées », 2025.
Loi n°2007-048 du 3 août 2007 relative à l’abolition de l’esclavage et textes connexes.
ONU, Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), rapports périodiques sur la Mauritanie, 2025.
Observations d’IRA Mauritanie sur les pratiques discriminatoires de la filiation et du mariage dans les communautés esclavagistes, 2026.
Commission de la Communication

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