Affaire du bateau Castelinos Mar: Youssouf Sylla dénonce des irrégularités flagrantes et appelle à préserver l’image de la Mauritanie

Lors d’un point de presse, organisé samedi, Youssouf Sylla a déclaré que son intervention était motivée par la volonté de défendre l’image de la Mauritanie. Selon lui, les dysfonctionnements et les injustices commis dans certaines affaires judiciaires portent atteinte à la réputation du pays.
M. Sylla est revenu sur un litige opposant des hommes d’affaires mauritaniens (K.P Pêche), dirigée par Ahmed Salem Ould Khatary, à une société portugaise autour de l’acquisition d’un bateau: « Castelinos Mar ». Il a expliqué qu’un contrat avait été signé en 2012 pour l’achat de navire pour montant de 200 000 euros. Selon les termes du contrat, un premier versement de 100 000 euros devait être effectué par l’acquéreur Mauritanie à la livraison, suivi de quatre échéances de 25 000 euros.
Document à l’appui, Y.Sylla argue qu’en 2017, les autorités portugaises avaient officiellement autorisé la vente du bateau. Toutefois, il affirme que les acquéreurs mauritaniens auraient réceptionné le navire sans respecter leurs engagements financiers. Plus grave encore, ils auraient, selon lui, falsifié les documents administratifs du bateau afin de le faire passer pour un navire espagnol, alors qu’il était, d’après les documents contractuels, de pavillon portugais.
Youssouf Sylla a également contesté les informations figurant sur les documents présentés en Mauritanie. Il soutient que le bateau n’a pas été construit en 2008, comme cela aurait été déclaré, par KP Pêche, mais en 1982 à Boulogne-sur-Mer (France), avant d’être immatriculé au Portugal en 1988. Il a également dénoncé la mention d’une prétendue délivrance de la jauge du navire à Madrid, estimant cette information incohérente puisqu’il n’existe pas de port maritime dans cette ville.
Selon lui, ces irrégularités auraient permis aux acquéreurs de conserver le bateau sans honorer leurs obligations, tandis que le navire se dégradait progressivement.
Le conférencier a ensuite évoqué les réparations effectuées sur le bateau au Portugal. Il affirme qu’un professionnel portugais, mandaté à cet effet, par les mauritaniens qui se savaient rechercher au dans ce pays suite à cette affaire, aurait accepté de remettre le navire en état après avoir reçu une procuration. Les travaux auraient bien été réalisés, mais les factures seraient restées impayées.
Toujours selon M. Sylla, ce réparateur portugais se serait ensuite rendu en Mauritanie pour réclamer son dû. Il affirme que celui-ci a été placé en détention pendant près de deux ans, accusé d’avoir retenu le bateau.
Pour obtenir une liberté provisoire, il aurait été contraint de déposer une caution équivalente à la valeur du navire, soit environ 80 millions d’anciennes ouguiyas. Malgré cette caution et un certificat médical justifiant la nécessité de quitter le pays pour se faire soigner, il aurait été empêché de franchir la frontière «tant qu’il n’aura pas ramené le bateau ».
Youssouf Sylla a également dénoncé les conditions imposées au ressortissant portugais après sa libération provisoire. Il affirme que deux policiers étaient postés à son domicile, à ses frais, pour l’empêcher de se déplacer et contrôler ses visites. Estimant cette mesure injustifiée, il dit être intervenu auprès de plusieurs responsables afin que cette surveillance soit levée. Malgré le versement correspondant au prix du bateau, d’une caution équivalente, soit 80 millions d’ouguiyas, celle-ci ne lui a jamais restituée en dépit du retour du bateau dans les eaux mauritaniennes. Pire, selon lui le juge a livré le bateau au Mauritanien qui n’a pas, non plus, versé les frais de réparation du navire au Portugal.
Par ailleurs, il a indiqué que le bateau avait finalement été retrouvé grâce à des copies de documents obtenues auprès du ministère de la Pêche, ce qui aurait permis son identification.
Il s’est interrogé sur les suites de cette affaire, estimant que la restitution du bateau devait s’accompagner du remboursement de la caution versée ainsi que du paiement des frais de réparation engagés au Portugal. Or, selon lui, aucune de ces obligations n’aurait été respectée. Il a également critiqué une décision judiciaire ayant permis la remise du bateau sans règlement préalable des frais de réparation.
Pour M. Sylla, la justice doit protéger les victimes et non favoriser ceux qui commettent des actes répréhensibles. Il a qualifié cette situation de « honteuse » pour la Mauritanie et préjudiciable à son image.
En conclusion, il a précisé que son intervention n’avait pas pour objectif de politiser l’affaire, ni de se substituer aux avocats. Il a indiqué vouloir simplement attirer l’attention de l’opinion publique sur une situation qu’il juge préoccupante pour l’image du pays. Il a également souligné que cette affaire ne devait pas être imputée aux plus hautes autorités de l’État, estimant que le président de la République n’avait aucun lien avec ce dossier. Selon lui, il s’agit avant tout d’une affaire relevant de la justice, dont la mission est de garantir les droits des victimes dans le respect de son indépendance.
Interrogé à l’issue de son intervention, Youssouf Sylla a rappelé que l’affaire est toujours pendante devant les juridictions compétentes et qu’il entend respecter le cours de la procédure judiciaire. Même s’il pointe un ping-pong du dossier devant les juridictions d’appel qui toutes ramènent l’affaire devant le tribunal de première instance de Nouadhibou pour dire le droit. Une juridiction qui a elle-même «tranché » au détriment des portugais. Pourtant, Y.Sylla croit fermement que « l’on ne doit pas permettre à qui que ce soit de ternir l’image du pays ».