Accords d’Abraham : une relance diplomatique qui se heurte toujours aux droits inaliénables des palestiniens

Pour la première fois depuis le déclenchement du génocide à Gaza, en octobre 2023, des pays signataires des Accords d’Abraham se sont officiellement retrouvés à New York pour tenter d’insuffler la vie à un projet mort-né.
Lancés en 2020 sous la première administration de Donald Trump, les Accords d’Abraham sont perçus aujourd’hui comme une tentative des cercles proches d’Israël de contourner les accords d’Oslo et pour vider l’ancien processus de paix en forçant la main à quelques pays arabes ou musulmans à assister à des rencontres dont celles organisées par la N7. Une organisation dont les principaux animateurs sont reconnus comme soutien à la politique dévastatrice israélienne dans la région.
Cette rencontre intervient surtout alors qu’Israél est toujours mis au banc des accusés pour son génocide perpétré à Gaza et alors que son premier Ministre sortant B. Netanyahou est toujours poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et contre l’Humanité à Gaza.
Si tous les animateurs de la N7 n’ont pas la même vision sur l’avenir de la région et certains poussent tout de même l’audace à rappeler à Israël que seule une solution politique à deux Etats pourrait mettre fin à la guerre ininterrompue pour propulser une paix durable (comme (Zack Apt), d’autres parmi ont des rapports étroits avec le gouvernement israélien. Ce qui repose la question de la crédibilité des intermédiaires.
Placée sous l’égide des Etats-Unis, dont la délégation était dirigée par Allison Hooker, sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, la rencontre organisée par la Fondation N7, a réuni trois pays arabes, Israël et les Etats-Unis. C’est dire la réticence quasi-unanime que les Etats musulmans et arabes opposent à ces accords que le génocide continu d’Israel à Gaza vide de leur essence même.
Derrière donc la tentative américano-israélienne de contourner une solution durable, par une fausse la dynamique diplomatique et alors que les principaux pays notamment l’Arabie Saoudite –pour son poids régional et religieux- s’opposent à toute initiative ourdie au détriment de la Palestinienne, la rencontre de la N7 risque d’être un simple coup d’épée dans l’eau.
Pour de nombreux acteurs de la région, et au-delà, en effet, et face à la fuite en avant d’Israël, l’unique solution politique passe par la jouissance par les Palestiniens de leurs droits à disposer d’un État et mettant fin à l’occupation des territoires palestiniens occupés depuis 1967.
Sans avancée substantielle sur ce dossier, toute tentative de normalisation des relations d’Israel avec le reste du monde concerné risque de n’être en fin de compte qu’un processus virtuel, laissant de côté les solutions idoines aux causes profondes du conflit.
Cette question renvoie d’ailleurs directement à l’esprit du processus d’Oslo engagé en 1993. Les accords signés cette année-là entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), à Washington sous les auspices du président américain Bill Clinton, avaient précisément ouvert la perspective d’un règlement politique fondé sur la reconnaissance mutuelle et la mise en place progressive d’une autonomie palestinienne, dans l’attente d’un règlement définitif.
L’assassinat en Israël contre Y. Rabbin, alors premier Ministre, par l’extrême droite juive israélienne surchauffée par des acteurs politiques comme le Likoud qui a porté B. Netanyahou, quelques temps plus tard, augurait la fin d’un processus. Comment dans ces conditions peut-on encore croire que celui qui a torpillé le processus d’Oslo envisagerait-il aujourd’hui une « paix des cousins ennemis » ?
Comment faire confiance au premier Ministre israélien, criminel de guerre, recherché par la Communauté internationale et qui naguère encore brandissait sa menace du « Grand Israël », englobant les territoires de maints pays voisins ?
Trois décennies plus tard, donc l’absence de règlement de la question territoriale et de l’érection de l’État palestinien continuent de peser sur toute tentative de recomposition régionale.
Dans ce contexte, l’élargissement des Accords d’Abraham à d’autres pays, en dépit du parapluie américain, reste utopique et dépendra toujours des évolutions du conflit israélo-palestinien. Le génocide à Gaza a considérablement compliqué cette perspective.
Reste désormais à savoir si ces dynamiques diplomatiques pourront s’accompagner d’une avancée suffisamment substantielle vers une paix régionale incluant la reconnaissance des droits nationaux des Palestiniens et une solution politique au conflit.
Ce n’est donc pas une rencontre incongrue avec trois ou quatre pays arabes qui risque de bouleverser la donne alors que même les parrains du cessez-le-feu à Gaza notent avec amertume la politique suicidaire dans laquelle s’enfonce chaque jour le gouvernement extrémiste de B. Netanyahou. Il vient de recevoir une autre gifle, lors de l’AG des NU, quand près de 80 pays, révulsés par son attitude assassine, ont boycotté son discours. Preuve encore que l’humanité ne croit pas aux dispositions du gouvernement israélien pour une paix durable dans la région.
A bon entendeur…
JD