Tribune: Propositions pour renforcer l’efficacité énergétique

La crise énergétique qui frappe actuellement la Mauritanie a remis le projet de l’électrification du pays sur le devant de la scène, suscitant de nombreuses interrogations quant aux véritables raisons de cette situation. Cependant, elle a mis en lumière les carences des responsables de notre secteur énergétique, les plaçant face à leurs responsabilités quant aux dangers qui menacent la stabilité du pays. Je pense, en tant qu’ingénieur et responsable du bureau d’études BE MEGLEC NDB, que la crise actuelle de l’électricité est due au manque de planification des responsables du secteur énergétique, qui n’ont pas su anticiper les besoins croissants des Mauritaniens en la matière. Je confirme que les mécanismes d’attribution des postes de direction, affirmant qu’ils étaient fondés sur le favoritisme, le népotisme et le régionalisme, au détriment des compétences. Les perturbations saisonnières, qui pourraient être atténuées par des mesures temporaires, révèlent la fragilité de deux systèmes vitaux l’eau et l’électricité – qui impactent la vie quotidienne, l’économie et la santé publique. Avec la hausse des températures, les coupures de courant se multiplient et la capacité à assurer un approvisionnement régulier en eau diminue. Les citoyens sont ainsi confrontés à une pénurie croissante d’eau. Paradoxalement, la Mauritanie souffre, non seulement d’un manque de responsabilités, mais aussi d’un problème plus profond lié à la gestion inefficace des ressources existantes, au vieillissement de ses infrastructures, au coût élevé de l’énergie et à la dégradation de la qualité de certaines sources d’eau. Elle ne dispose pas non plus d’un système d’intervention d’urgence capable de réagir rapidement lorsque les vagues de chaleur coïncident avec une augmentation de la demande en électricité et en eau. La révélation la plus alarmante de la crise actuelle est peut-être le lien étroit entre l’eau et l’énergie. L’eau nécessite de l’électricité pour le pompage, le traitement, le dessalement et la distribution, tandis que l’électricité requiert, à son tour, des quantités croissantes d’eau à cerd’énergie directement sur son lieu de consommation. Ce système peut être complété par des batteries, notamment pour les installations ne tolérant aucune interruption de service. traines étapes de sa production. Parallèlement, les vagues de chaleur entraînent une augmentation de la consommation d’énergie due à la climatisation, tout en accroissant la demande en eau. Ainsi, la crise s’installe dans un cercle vicieux : la hausse des températures accroît la consommation d’électricité, les coupures de courant perturbent le fonctionnement des stations de pompage, ces perturbations aggravent la crise de l’eau, et la pénurie d’eau du robinet pousse les citoyens à se tourner vers celle en bouteille, accentuant la pression sur les installations de production, de transport et de distribution.
Décisions pratiques et applicables
Il ne s’agit donc plus de simplement réparer une panne ici ou là, mais de mettre en œuvre, d’urgence, un plan national pour la sécurité de l’eau et de l’énergie. Ce plan doit reposer sur des décisions pratiques et applicables à court terme, ainsi que sur une vision stratégique permettant d’éviter que ce scénario ne se reproduise chaque été. La première étape indispensable que je propose consiste à fonder une cellule nationale permanente de gestion de la crise de l’eau et de l’électricité. Sa mission serait de surveiller la situation en continu, d’identifier les zones les plus touchées et d’intervenir avant que les pannes locales ne dégénèrent en crise généralisée. Cette cellule devrait s’appuyer sur une carte quotidienne indiquant les zones de coupures d’eau et d’électricité, les niveaux de pression, les défaillances du réseau électrique, permettant ainsi de cibler les interventions sur les zones les plus nécessiteuses. Dans ce contexte, je propose que les stations de pompage, de traitement et de dessalement, ainsi que les principales installations hydrauliques, électriques, transformateurs, soient considérées comme des infrastructures vitales et bénéficier d’un traitement prioritaire. Les stations les plus critiques doivent également être équipées de générateurs de secours et de batteries de stockage, afin d’éviter que les coupures de courant n’entraînent l’arrêt complet du réseau d’eau. Je propose que l’énergie solaire ne soit pas limitée aux grands projets contraints par des délais de réalisation importants. La phase actuelle exige un programme rapide d’installation de panneaux solaires sur les stations de pompage, de traitement et de dessalement et les réservoirs d’eau, permettant ainsi la production Je propose qu’un programme national pour la bonne gouvernance énergétique soit également lancé afin de réduire le coût de production et de stockage de l’électricité solaire pour les citoyens, et d’installer des panneaux solaires sur les toits des établissements publics, des écoles et hôpitaux aux universités, en passant par les administrations et les municipalités. Des milliers de bâtiments publics disposent de surfaces pouvant être utilisées pour la production d’électricité, allégeant ainsi la pression sur le réseau national, en particulier aux heures de pointe. Pour résoudre la crise de l’électricité, il ne suffit pas de produire davantage d’énergie ; il faut également réduire la consommation aux heures de pointe. Des mesures incitatives peuvent donc être mises en place pour encourager les institutions et les usines à décaler une partie de leur consommation aux heures creuses, parallèlement à un programme de remplacement des anciens systèmes de climatisation par des modèles plus performants et à un soutien à l’isolation thermique des bâtiments. L’énergie non consommée est, en soi, de l’énergie perdue. Je propose de renforcer la numérisation du système électrique, permettant une gestion immédiate et intelligente des flux d’énergie et une utilisation plus efficace des ressources énergétiques. Ce plan ambitieux vise à faciliter une plus grande intégration des énergies renouvelables dans le réseau national, tout en maintenant sa stabilité, dans le cadre d’un partenariat public-privé avancé, renforçant ainsi la souveraineté énergétique et soutenant sa transition vers une économie verte et durable. Voici maintenant ma proposition de nouvelle feuille de route afin de renforcer la sécurité énergétique.
Piliers-clés de la nouvelle vision de l’efficacité énergétique
Garantir que les nouveaux projets d’investissement respectent les principes d’efficacité énergétique : diffusion des études d’impact énergétique ; renforcement du suivi des programmes à ce sujet ; intégration progressive de l’obligation de se conformer aux normes en la matière ; incitation à l’utilisation d’équipements plus économes en énergie ; et renforcement du cadre normatif et des spécifications relatives aux systèmes d’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Intégrer l’obligation de se conformer aux normes d’efficacité énergétique dans les dépenses publiques et les programmes bénéficiant d’un soutien de l’État, notamment en incluant des critères appropriés dans les appels d’offres et les marchés publics ; en généralisant l’efficacité énergétique à l’ensemble des services publics, des institutions et des collectivités territoriales, conformément au principe de bonne administration publique et d’excellence institutionnelle ; en intégrant l’efficacité énergétique dans tous les projets de partenariat public-privé ; et en garantissant le respect des exigences de celle-ci dans tout projet public ou projet bénéficiant d’un soutien public. Structurer et développer les métiers liés au rendement de l’énergie : renforcer la formation et intégrer l’efficacité énergétique dans les programmes de formation initiale et professionnelle ; encourager la fondation d’entreprises spécialisées dans les métiers y relatifs ; promouvoir et développer une filière locale et un réseau d’entreprises nationales spécialisées ; soutenir les programmes de recherche, de développement et d’innovation en ce domaine ; en renforcer les compétences des professionnels des secteurs public et privé. Faire de l’efficacité énergétique une priorité pour les professionnels et les citoyens : organiser des campagnes médiatiques et de sensibilisation ciblées et organiser un forum annuel national et régional à ce sujet ; promouvoir les labels de performance énergétique et décerner des prix d’excellence dans les secteurs, régions et collectivités territoriale sclés ; encourager les projets exemplaires et promouvoir les projets réussis d’efficience énergétique ; accompagner les acteurs concernés dans l’évaluation et la mise en œuvre des programmes d’économie d’énergie. Renforcer des capacités financières et institutionnelles et évaluation des programmes d’efficacité énergétique : mise en place de mécanismes innovants de financement des projets en ce sens ; développement et renforcement des partenariats et de la coopération internationaux en la matière ; amélioration de la coordination entre les ministères, les agences et les collectivités territoriales concernant ces programmes ; renforcement du cadre institutionnel y relatif ; fondation d’un observatoire national et d’un système de suivi des programmes et projets d’efficacité énergétique, afin de faciliter la collecte de données et l’accès aux informations nécessaires.
CHEIKH AHMED OULD MOHAMED
INGÉNIEUR ÉTABLISSEMENT PORTUAIRE DE LA BAIE DU REPOS (NOUADHIBOU)