Mauritanie: Nouakchott entre souveraineté nationale et coopération internationale à la tribune des Nations Unies (Par Confidentiel Afrique)

En l’absence du président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani, empêché de faire le déplacement à New York, c’est son ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l’Extérieur, Mohamed Salem Ould Merzoug, qui a porté la parole de Nouakchott à la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations Unies. Un exercice qui aura dépassé le simple rituel diplomatique. Derrière les mots du chef de la diplomatie mauritanienne se dessine une ligne: défendre le multilatéralisme, mais réclamer simultanément sa refondation. Décryptage des enjeux du nouveau souffle diplomatique mauritanien

Une offensive diplomatique de poigne. Dans une ONU traversée par les guerres, les fractures géopolitiques, les crises migratoires et la contestation croissante de l’ordre international, Nouakchott refuse de allie avec dextérité souveraineté nationale et coopération internationale. «Le multilatéralisme ne constitue ni une limitation des intérêts et de la souveraineté des États ni un signe de faiblesse », martèle  Mohamed Salem Ould Merzoug. Pour la Mauritanie, il demeure au contraire un instrument indispensable pour préserver la paix, protéger la dignité humaine et traiter les crises qui ignorent les frontières.

Redessiner une gouvernance mondiale inclusive et futuriste

Le discours magistral livré par le chef de la diplomatie mauritanienne prend une dimension plus politique lorsqu’il touche à la gouvernance mondiale. La Mauritanie réclame une réforme du Conseil de sécurité permettant une représentation plus équitable de l’Afrique, y compris à travers des sièges permanents. Mais Nouakchott ne dissocie pas la réforme institutionnelle de la question économique. Réformer le système politique international sans revoir l’architecture financière et les conditions d’endettement reviendrait, selon la logique développée à New York, à ne corriger qu’une partie du déséquilibre.

C’est précisément là que le discours d’Ould Merzoug trouve son relief. La Mauritanie ne se présente pas comme une puissance de rupture avec les institutions internationales, mais comme un État africain qui entend obtenir davantage de considération dans leur fonctionnement. Une posture qui confère à la diplomatie mauritanienne une tonalité singulière dans un environnement régional où les rapports avec les partenaires internationaux sont de plus en plus questionnés.

Migration irrégulière, une tonalité rigoriste et franche

Mais, c’est sur la migration irrégulière que la voix mauritanienne a trouvé un écho particulier. Pays de transit et point important de la route atlantique vers les Canaries, la Mauritanie connaît de très près, les réalités humaines, sécuritaires et économiques de ces mouvements. Le ministre Mohamed Salem Ould Merzoug refuse cependant de réduire le phénomène à une question de contrôle des frontières.

Son message à l’ONU tient en deux mots : responsabilité partagée. La réponse, estime-t-il, doit associer les trois pays impliqués dans la situation à savoir le pays d’origine, le pays de transit et le pays de destination. Elle doit surtout s’attaquer aux causes profondes: recherche d’emploi, déficit d’opportunités, pauvreté, vulnérabilité et absence de perspectives. Autrement dit, fermer les routes migratoires sans traiter les ressorts qui poussent les hommes et les femmes à les emprunter ne saurait constituer une politique durable.

Le patron de la diplomatie mauritanienne Ould Merzoug appelle alors à une approche «réaliste», pragmatique et humanitaire, articulant coopération internationale, développement socio-économique et lutte contre les réseaux de traite et de trafic. La protection de la dignité et des droits fondamentaux des migrants demeure, dans cette architecture, une exigence non négociable.

Pour Nouakchott, le sujet est d’autant moins théorique que la Mauritanie se trouve au cœur de l’une des routes migratoires les plus dangereuses au monde. Le débat migratoire devient donc une question de partage des responsabilités plutôt qu’un simple transfert de charges vers les pays africains de transit, assume Mohamed Salem Ould MERZOUG.

Sécurité au coeur des enjeux à la tribune des Nations Unies

Un autre marqueur du discours porte sur la sécurité. Dans un Sahel profondément déstabilisé, la Mauritanie défend une approche qui ne se résume pas à l’outil militaire. Pour la Mauritanie il est important de mettre un accent grave sur la lutte contre l’extrémisme par le dialogue et le combat des idées, le renforcement des capacités sécuritaires et militaires et surtout la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité. C’est là que se trouve toute la doctrine exposée à New York

Cette approche traduit une conviction: la stabilité ne se décrète pas uniquement par la force. Elle se construit également par le développement, la cohésion sociale et la capacité des États à offrir des perspectives à leurs populations.

La Mauritanie aura également affiché sa fidélité à ses principes diplomatiques traditionnels: bon voisinage, respect de la souveraineté, non-ingérence, règlement pacifique des différends et soutien aux causes qu’elle considère justes. Sur la Palestine comme sur les crises du Moyen-Orient, Nouakchott inscrit ainsi son discours dans le droit international et la recherche de solutions politiques.

L’absence du président  Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani n’aura donc pas laissé la Mauritanie sans voix à New York. Elle aura plutôt placé son chef de la diplomatie au premier plan d’un exercice où il a défendu, avec méthode, les intérêts et les principes de son pays. Et le message dépasse la seule conjoncture migratoire. La Mauritanie veut une ONU plus représentative de l’Afrique, une architecture financière moins déséquilibrée, une coopération internationale fondée sur la responsabilité et une sécurité qui ne dissocie pas stabilité et développement.

Dans un monde que Nouakchott décrit lui-même comme étant à un «moment de bascule», le ministre mauritanien des Affaires Étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug aura choisi une voie sans fracas: ne pas tourner le dos au système multilatéral, mais demander qu’il change. Une diplomatie de la constance, où la souveraineté ne signifie pas l’isolement et où la coopération ne doit plus signifier la subordination.

C’est peut-être là, au fond, la véritable portée du passage mauritanien à la 81e Assemblée générale: réclamer une place plus juste dans le monde sans renoncer à parler au monde.

Par Chérif Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)

 

 

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