Vivement une Organisation Internationale des Usagers du Français (O.I.U.F.), au lieu et place de l’Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F) !

Nouakchott vient de connaitre la clôture des travaux d’une importante Organisation de la ‘’francophonie’’, celle de la 20e réunion annuelle du Groupe des Directeurs de Formation des Banques Centrales francophones. Évènement d’autant plus important, qu’il fut un succès pour la Banque Centrale de Mauritanie, et a connu, nous dit-on, la participation de plus de 22 pays, et de trois continents.
On ne peut qu’en être fiers. Mais, cette réussite en soi, soulève une question majeure, qui a de tout temps alimenté des débats, parfois très houleux, concernant la place de la langue française en Mauritanie. Notre appartenance à l’Organisation Internationale de la Francophonie, d’ailleurs, continue à causer une sensibilité ‘’épidermique’’ chez nos ‘’arabophones’’ purs et durs, et ne cesse de soulever des remous, de temps à autre.
Néanmoins, si nous voulons évoquer cette question, avec un peu plus de calme et surtout de recul, nous pourrons dire, de prime-abord, et à qui veut l’entendre, que chaque peuple, chaque nation a le droit et même le ‘’devoir’’ de promouvoir sa langue propre d’abord. Pas celle d’un autre peuple, ou d’une autre nation.
Ceci est vrai, surtout pour les pays africains, qui continuent à être ‘’minorés’’ sur l’échiquier langue, alors que des nations comme la Chine, le Japon, l’Allemagne la Russie, le Brésil ou l’Iran écrivent des pages merveilleuses de progrès et de développement sur tous les plans, dans leurs langues propres ; langues pourtant connues, en particulier, le chinois, pour être tellement difficiles à prononcer, à écrire, et à plus forte raison à manier. À telle enseigne que nous avons, en langue française, naguère très usité, un proverbe bien connu qui, pour la complexité d’une chose, nous dit : ‘’C’est du chinois’’. Même si depuis l’ascension de la Chine, il est vrai, on utilise ce proverbe, de moins en moins !
C’est dire tout simplement que chaque peuple, chaque nation ne pourra accéder au plein développement, scientifique, et partant à l’essor économique, culturel et social que par la ‘’nationalisation’’ du savoir, des concepts, connaissances, savoir-faire, notions et méthodes des sciences modernes. Les russes l’ont toujours compris, les allemands depuis la nuit des temps ; les Iraniens depuis des lustres, les japonais et les chinois, depuis toujours et à merveille. Les uns en gravant dans les esprits du monde entier, comment un peuple, sortant des ruines de la bombe atomique, peut réussir, dans sa langue propre, le passage à la post-modernité, par la maitrise de la science et la technologie modernes, et en japonais ! Les chinois quant à eux, ont surpris tout le monde durant ces deux dernières décennies, en prouvant, au vu et au su de tout le monde, que le développement, la modernité, le progrès peuvent être accomplis, dans cette langue aussi difficile qu’est le Chinois !
Bref, les preuves ne manquent pas, qui démontrent que les mauritaniens, les sénégalais, les maliens, les guinéens, les burkinabés, les Ivoiriens et les Congolais, pour ne citer que ces pays-là, ne feront le VRAI PROGRES SCIENTIFIQUE MODERNE qu’en leurs langues nationales. Mais avec un préalable et à une condition, sinequanon, de maîtrise parfaite du Français ; comme d’autres pays l’ont fait avec l’anglais.
Ceci est vrai, tant il a été prouvé par des expériences probantes, dont les exemples sus-notés, prouvant que, pour la période post-coloniale, la maîtrise d’une langue d’ouverture, est devenue indispensable.
Les chinois et les japonais, tout particulièrement, n’ont pas réussi le pari du développement et de la modernisation, sur la base d’un ‘’monolinguisme’’, dans leurs écoles. Loin s’en faut, ces deux pays-là ont eu recours, et continuent encore à avoir recours, à l’anglais, idiome des sciences modernes et de la technologie par excellence, que les élites de ces deux pays maitrisent à merveille !
Ils ont agi comme suit : dans les années 80 à 90, la Chine a envoyé plus de vingt-cinq millions (25.000.000 ; toute une population !) d’étudiants, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, et même au japon !!!
Et sans chercher pourtant à cultiver les valeurs d’une moribonde organisation du ‘’Commonwealth’’, les jeunes étudiants chinois, formés dans ces pays, sont revenus en Chine pour propager les connaissances scientifiques modernes qu’ils ont acquis, par le biais de la langue chinoise.
Le ‘’miracle japonais’’, en développement et modernisation du pays, quant à lui, n’a peut-être mérité cette distinction de ‘’miracle’’, dans une large mesure, que par le fait qu’il fut accompli en langue japonaise. Là aussi, la maîtrise de la langue de Shakespeare est toujours allée de pair, et en parfaite symbiose, avec la langue nationale, le japonais.
C’est exactement ce à quoi j’appelle, aujourd’hui, et de tout mon cœur, nos jeunes africains, ceux de cette Afrique dite ‘’francophone’’, surtout au Sahel, qui ne manquent ni de talents, ni d’intelligence, ni de volonté, ni d’enthousiasme, ni de dévouement. Ce qui veut dire que nous aurons encore besoin, nous au Sahel précisément, pour des raisons objectives, de réalisme et de pragmatisme ; nous aurons besoin dis-je, de cet idiome qu’est la langue française, et pour le temps que ça prendra, tant qu’elle nous est nécessaire. Le français, qui est, faut-il bien le reconnaitre, un idiome, et non des moindres, permettant à nos jeunes étudiants, d’avoir un plus grand accès aux connaissances scientifiques modernes, toujours avec le devoir de propager ce qu’ils apprennent, bien entendu ultérieurement, dans leurs langues nationales.
C’est pourquoi aussi, et dans un souci tout à fait légitime, qu’il y a lieu de suggérer aux africains de débarrasser l’Organisation Internationale de la francophonie de son pendant ‘’colonial’’, fâcheux et déplaisant, qu’est le concept de ‘’francophonie’’, héritage de la funeste période de la ‘’Franceafrique’’, de relations iniques, de relations bilatérales inégales, fondées sur une ‘’supériorité’’ prétendue pour le blanc, l’ancien colon, le français !
Comment le faire ? En mutant cette OIF, de la manière la plus simple qui soit, à une OIUF, Organisation Internationale des Usagers du Français. C’est aussi simple que cela ; permettant ainsi à tout le monde, de débarrasser le nom de cette importante organisation de toute la ‘’saumure’’ que charrie ce terme de ‘’francophonie’’, aux relents nauséabonds. ‘’Francophonie’’ étant devenu un mot rétrograde, et franchement invectif !
Cette 20e réunion annuelle du Groupe des Directeurs de Formation des Banques Centrales francophones tenue à Nouakchott, est également pour moi, l’occasion, je dirais même précieuse, de faire appel à la ‘’normalisation’’ du statut de la langue française en Mauritanie ; c’est-à-dire pour qu’elle soit considérée comme langue de ‘’travail’’, qui ne doit, en aucun cas, et sous n’importe quelle forme, se substituer à l’arabe, langue officielle de la Mauritanie ; la rivaliser, ou à plus forte raison, ‘’occuper’’ sa place. Ce qui est tout simplement inadmissible.
Cependant, pour le statut de la langue française en Mauritanie, comme langue de travail, à côté bien entendu de l’arabe et de nos autres langues nationales, comme langue d’ouverture sur le monde, importante pour l’acquisition des connaissances scientifiques modernes, et maintenue comme tel ; je suis parfaitement d’accord. Je dirai même plus, cette fois-ci : je pense que nous ne pourrons jamais progresser, sans que nos jeunes écoliers, étudiants et étudiantes ne ‘’reviennent’’ à la maîtrise de la langue française, parfaite maîtrise, jadis reconnue pour nos élèves du lycée nationale de Nouakchott, et d’autres lycées, à l’intérieur du pays !
Des jours où la maîtrise de la langue française était strictement observée chez nous, -bien que le plus souvent, hélas ! -au détriment de l’arabe ; nous avons pu former les meilleurs cadres de notre pays.
Car, les différentes réformes ‘’d’arabisation idéologisée’’, et donc forcément ‘’bâclées’’, du système éducatif mauritanien, ont été catastrophiques, et ont causé une régression de niveau, sidérante chez nos petits écoliers, et lamentable, chez nos collégiens et lycéens. Qui, après un apprentissage ‘’raté’’ en ‘’arabe’’ ou plutôt en ‘’hassania-charabia’’, des maths, sciences de la nature, chimie et physique, durant toute la période du secondaire, avec une carence mortelle en apprentissage d’une langue vivante étrangère, se retrouvent incapables à réussir leur Bac ! Et bien entendu, incapables, sauf rares exceptions, d’accéder aux grandes écoles d’ingénieurs et universités du monde, dont les plus à la portée des jeunes mauritaniens, ne sont autres que celles françaises !!
C’est vraiment regrettable. C’est alarmant, inadmissible ; cela met carrément en danger l’avenir de notre enseignement, notre ‘’école républicaine’’, et partant, compromet sérieusement l’avenir de notre pays tout entier.
Un retour ‘’urgent’’, sans délai, à l’apprentissage intensif de la langue française, s’impose tout simplement, pour ne pas polémiquer, pour ne pas perdre le temps, que nous n’avons plus d’ailleurs ; et surtout pour ne pas compromettre l’avenir de notre jeunesse, celle appelée à diriger demain, notre cher pays, la Mauritanie.
Par ailleurs, faut-il le rappeler, la France, en plus de la langue française et sa belle littérature, c’est l’esprit de la Révolution et ses principes républicains, c’est le siècle des lumières, c’est Montesquieu, Diderot, Jean Jacques Rousseau, Voltaire, Pascal, Descartes, Poincaré, Louis Pasteur, Marie Curie, pour ne citer que ces sommités !
La France, c’est la médaille Fields en Math pour les années 1950,1954,1958,1966, 1982,1994, 2002, 2006, 2010, 2014, et 2022. Notons que pour le Fields de 2010, celui de Cédric Villani, ce dernier a rendu un vibrant hommage à notre feu savant, ‘’génie’’ mathématicien, Yahya Hamidoune, qu’Allah l’agrée en son Paradis ; appelant notamment les jeunes africains à ‘’ prendre le grand mathématicien mauritanien Yahya Hamidoune’’ comme modèle de réussite.
La France, c’est aussi, en termes de Prix Nobel de Physique ; ceux de 1903, 1908, 1926, 1929, 1966, 1970, 1991, 1992, 1997, 2007, 2012, 2018, 2022, 2023, et 2025.
La France, historiquement, compte aussi 11 Lauréats de Prix Nobel de Chimie, et 5 Lauréats du prix Nobel en Economie.
La France, c’est également, les grandes écoles d’Ingénieurs, les Universités prestigieuses, historiquement célèbres pour leur grand rayonnement, c’est les centres de recherche, connus pour leur sérieux et leur rigueur, tel que Paris-Saclay, ou le Cnrs.
La France, c’est les belles maisons d’éditions des manuels scolaires : HATIER, HACHETTE-EDUCATION, NATHAN, BELIN- EDITEUR et BORDAS !
Enfin, la France c’est surtout Dassault Rafale, Mirage, mais aussi Airbus ; Citroën, Peugeot et Renault ; les Porte-avions Charles de Gaulle et France libre, les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), en plus du célèbre Char Leclerc. Sans compter les TGV et la technologie nucléaire, civile et militaire, la plus propre au monde.
C’est, vue sous cet angle, de savoir immense, de connaissances scientifiques modernes, de patrimoine scientifique honorable, et de maîtrise des technologies de pointe, que la France et partant, la langue française, doit nous intéresser.
Et au lieu donc d’être des ‘’francophones’’, ce que nous ne sommes simplement pas, en réalité, soyons des USAGERS DU FRANÇAIS, non pas volontiers, mais volontaires, c’est-à-dire, de notre propre grès, pour des raisons de ‘’réalisme’’ et de ‘’pragmatisme’’ ; et par amitié avec le peuple français, qui est historiquement, il faut bien le reconnaitre, le peuple européen le plus proche, et le plus connu par les africains du Sahel.
Donc, sans pour autant faire appel à un retour à la ‘’francisation’’ totale de notre système éducatif, nous devons tous œuvrer à plus d’intéressement à la langue française, pour renouer avec l’excellence de la formation des premières générations des cadres mauritaniens. De même pour les sénégalais et les maliens. Nous nous sommes rendus compte, il est vrai, avec le recul, que la maîtrise de la langue française, comme outil indispensable pour l’acquisition des connaissances modernes, a été et l’est toujours d’ailleurs, une priorité stratégique pour nos pays, dits ‘’francophones’’. Le monolinguisme nous tue, nous appauvrit, et nous fait régresser, au moment où nous avons le plus besoin de progresser. Ne ratons pas le train de la modernité, du progrès et du développement.
Ce qui ne se réalisera que par la prise de conscience de la part de notre jeunesse, en tant ‘’qu’usagers de la langue française’’ et non pas en tant que serviles ‘’francophones’’ ; de l’intérêt qu’ils doivent désormais accorder aux langues modernes, vivantes, et surtout à riche patrimoine scientifique moderne, comme le français et l’anglais. Nous servir de la langue française, en tant qu’USAGERS DU FRANÇAIS et non pas des FRANCOPHONES, voilà ce qui est tout à fait légitime.
Mohamed Yeslem Yarba Beihatt
Nouakchott le 05/10/2026