Sahel et golfe de Guinée : la Mauritanie pour une réponse commune face au défi climatique

Le changement climatique n’est plus seulement une question environnementale : il pèse désormais directement sur les économies, la sécurité alimentaire, les déplacements de populations et la stabilité des États. C’est autour de cette réalité que s’est ouvert mardi à Nouakchott le Forum de haut niveau sur le climat, la paix et la sécurité dans les régions du Sahel et du golfe de Guinée, présidé par le Premier ministre Mokhtar Ould Djay au nom du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Organisée avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la rencontre se tient pendant trois jours sous le thème «Ensemble pour la résilience et la paix ».
Dans son discours d’ouverture, le Premier ministre a insisté sur le fait que les sécheresses, la désertification, la dégradation des terres, la pression sur l’eau, les inondations et l’érosion côtière ne peuvent plus être traitées séparément des questions de développement et de sécurité. Ces phénomènes fragilisent directement les moyens de subsistance des populations et peuvent accentuer les tensions autour des ressources naturelles et les mouvements de population. Pour Nouakchott, l’action climatique doit donc désormais être intégrée aux politiques publiques, aux investissements et aux stratégies de prévention et de gestion des crises.
Cette vulnérabilité est d’autant plus préoccupante pour l’Afrique que le continent reste faiblement responsable des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tout en subissant fortement leurs conséquences. Mokhtar Ould Djay a ainsi appelé à davantage de solidarité internationale, notamment en matière de financement climatique, d’adaptation, de transfert de technologies et de renforcement des capacités. Il a également plaidé pour des infrastructures plus résistantes, une meilleure protection des écosystèmes et une gestion durable des ressources, afin de transformer la résilience climatique en moteur de croissance, d’emploi et de sécurité alimentaire.
La Mauritanie entend, pour sa part, inscrire cette approche dans ses propres politiques publiques. Le Premier ministre a cité la Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), la restauration des terres, la protection du littoral, la préservation de la biodiversité et le développement de l’économie verte parmi les principaux axes de l’action engagée. L’objectif affiché est de mieux protéger les populations et les ressources naturelles tout en soutenant les secteurs productifs et en mobilisant les investissements nécessaires à une croissance durable et inclusive.
Le forum entend surtout rapprocher les pays du Sahel et ceux du golfe de Guinée, confrontés à des problèmes qui ignorent largement les frontières. Ressources en eau, systèmes pastoraux et agricoles, zones côtières, bassins hydrographiques ou déplacements de populations appellent, selon Nouakchott, des réponses coordonnées. Le gouvernement mauritanien souhaite notamment renforcer l’échange d’informations, les systèmes d’alerte précoce, la gestion concertée des ressources naturelles et la mobilisation d’investissements en faveur des territoires les plus vulnérables.
Le PNUD partage cette analyse. Son représentant résident en Mauritanie, Mansour Ndiaye, a souligné que le changement climatique agit désormais comme un « multiplicateur de risques », accentuant les fragilités existantes et pesant sur les ressources naturelles, les mouvements de population et la cohésion sociale. À l’approche de la COP31, prévue à Antalya, Nouakchott entend ainsi faire de ce forum un espace capable de déboucher sur des solutions concrètes et de porter davantage la voix des pays africains les plus exposés. L’enjeu, selon les organisateurs, est de faire du climat non plus seulement une source de vulnérabilité, mais un levier de coopération, de stabilité et de prospérité partagée.
(avec Ami)