Dialogue politique: COMMUNIQUÉ (Parti RAG)

La commission communication du Parti RAG a pris connaissance des déclarations faites par la délégation des pôles de l’opposition à l’issue de sa rencontre avec le chef de l’Etat, telles que rapportées par les médias. À ce titre, elle juge nécessaire de porter à la connaissance de l’opinion publique nationale les éléments suivants :

Premièrement

Les propos tenus au sujet des thématiques du dialogue lors de cette rencontre ont été marqués par une grande ambiguïté et un manque manifeste de clarté. Les réponses du Président Mohamed Ould Ghazouani n’ont apporté ni garanties concrètes ni engagements précis permettant de définir clairement les contours, les objectifs et le cadre du dialogue annoncé. Elles sont restées cantonnées à des généralités telles que la nécessité pour le dialogue de dépasser les intérêts partisans, de porter sur l’avenir du pays, de s’inscrire dans la durée et de transcender les appartenances étroites.
Un tel discours, aussi général soit-il, ne correspond ni à l’importance de l’événement ni au rang de l’autorité qui en est à l’initiative. Or, tout dialogue sérieux et crédible doit être fondé sur la clarté, la transparence et la précision. Il doit comporter des repères explicites permettant de dissiper toute ambiguïté, tant sur les sujets à débattre que sur les mécanismes et les garanties d’exécution.
Dans ce contexte, il convient également de souligner que les dispositions constitutionnelles verrouillées relatives au mandat présidentiel, évoquées lors de la rencontre, auraient dû faire l’objet de réponses claires et sans équivoque. Toute tentative de manipulation de ces dispositions porterait gravement atteinte aux règles démocratiques, remettrait en cause les acquis constitutionnels et anéantirait les espoirs nourris par l’ensemble des citoyens libres et attachés à l’avenir de ce pays.

Deuxièmement

Les questions liées à la gestion administrative et aux conditions de vie, aussi importantes soient-elles, ne relèvent pas des enjeux structurels qui doivent constituer le cœur d’un dialogue politique entre un pouvoir en place et une opposition responsable. Elles ne figurent pas davantage parmi les priorités stratégiques d’une opposition qui aspire à un changement de système et à la mise en œuvre de ses propres programmes. Ces thématiques s’apparentent plutôt à des débats internes entre forces favorables au pouvoir, portant sur des choix de gestion ou des projets politiques spécifiques.

Troisièmement

L’annonce d’un dialogue ouvert sans échéance temporelle définie, telle qu’exprimée dans les propos du Président de la République, laisse clairement entendre une volonté de faire durer le processus afin de gagner du temps aux dépens des interlocuteurs. Une telle approche risque d’enfermer les participants dans un dialogue sans cadre précis, sans garanties réelles et sans calendrier, transformant ainsi l’exercice en une manœuvre dilatoire destinée à détourner l’attention des véritables priorités nationales et des aspirations légitimes du peuple mauritanien.
La commission communication du Parti RAG, à l’instar de tous les Mauritaniens soucieux de l’avenir de leur pays, attendait de la délégation de l’opposition qu’elle mette au centre des discussions les grandes questions liées au parcours démocratique national, aux dérives et aux reculs enregistrés, notamment à travers l’affaiblissement des acquis constitutionnels et la manipulation des règles du jeu politique.
Il s’agit en particulier des restrictions imposées aux libertés publiques par des lois injustes, de l’interdiction des manifestations, de l’atteinte à la liberté d’expression, ainsi que de l’adoption de textes visant à entraver, voire à anéantir, l’alternance pacifique au pouvoir. Ces questions constituent le fondement même de tout dialogue politique sérieux, lequel ne peut avoir de sens qu’en situation de blocage politique caractérisée par l’absence de justice et le manque de transparence, une réalité que connaît aujourd’hui la Mauritanie sous le régime en place.
La rencontre aurait également dû aborder la mise en place d’un mécanisme clair garantissant à tous les citoyens l’accès à leurs documents d’état civil sans exclusion, ainsi que leur inscription effective sur les listes électorales, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Elle aurait dû prévoir un découpage électoral global, équitable et non discriminatoire, incluant l’ouverture de bureaux de vote dans les pays de la diaspora, notamment au Sénégal, en Europe et en Amérique.
De même, il était indispensable de discuter de la mise en place d’un mécanisme consensuel, impartial et crédible de gestion et de supervision des élections. En amont, la garantie effective du droit de créer des partis politiques, consacré par la Constitution et exigé par toute démocratie véritable, devait être affirmée, au lieu de maintenir les blocages actuellement observés.
La question du financement des campagnes électorales, la protection des deniers publics contre toute utilisation abusive durant les scrutins, la neutralité de l’administration et des appareils de l’État, ainsi que l’indépendance réelle des institutions constitutionnelles et judiciaires chargées du contrôle, devaient également figurer au cœur des discussions. À cela s’ajoutent la consolidation de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, ainsi que l’abrogation des lois adoptées sur mesure, contraires à la lettre et à l’esprit de la Constitution.
Par ailleurs, l’indépendance de la justice doit être pleinement garantie et protégée de toute ingérence du pouvoir exécutif. À cet égard, les propos tenus par le Président de la République lors de la dernière rencontre concernant la libération du détenu Mohamed Ould Ghadde constituent, au-delà de l’atteinte portée à la séparation des pouvoirs, une illustration flagrante et assumée de la politique d’apartheid pratiquée par les autorités mauritaniennes à l’encontre des citoyens, notamment à travers une justice sélective et discriminatoire, se traduisant par la libération de certains prisonniers d’opinion au détriment d’autres, sur décision directe du sommet de l’exécutif.
Il convient également de relever que la rencontre n’a fait aucune mention des menaces explicites de mort et d’élimination proférées à l’encontre d’une personnalité publique de premier plan, le leader Biram Dah Abeid. Cette omission est d’autant plus grave que l’absence de toute réaction judiciaire face à ces menaces laisse apparaître une tolérance, voire une acceptation implicite, de tels agissements par les autorités.

En fin
Les dialogues nationaux véritables reposent sur l’examen approfondi des grandes questions engageant l’avenir du pays, ainsi que sur la recherche de solutions concrètes, assorties de garanties claires et de mécanismes d’application effectifs. À défaut, le dialogue se réduit à un exercice formel, dépourvu de substance, servant davantage à la diversion et à l’épuisement des acteurs qu’à la construction d’un avenir démocratique partagé.

Commission communication du Parti RAG
Nouakchott, le 07 janvier 2026

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