Lutte contre le chômage : un déficit de vision et d’efficacité des politiques publiques (député)

A la lumière de la 8ème édition du rapport du Groupe de la Banque mondiale sur la situation économique 2025 en Mauritanie, pointant une décélération de la croissance économique dans le pays de 6.4% en 2023 à 5,2 % en 2024, les experts de la BM encouragent les autorités politiques à «maintenir la dynamique des réformes macroéconomiques et structurelles qui permettront de diversifier son économie et de créer des emplois productifs…».
Or, dans une tribune en arabe diffusée par «alakhbar », le vice-président de l’AN, parti Tawassoul, se montre sceptique sur la réalité décrite du chômage et notamment parmi les jeunes. Ahmedou Ould Mbaala met en lumière, en effet, la forte amplitude du chômage dans le pays qu’il juge « structurelle » et non comme une «simple difficulté conjoncturelle».
Dans sa tribune, l’auteur s’appuie sur des données de la Banque mondiale et des statistiques actualisées du marché du travail pour souligner l’ampleur du phénomène. Il rappelle que le taux de chômage global s’établissait à environ 10,37 % en 2024, tout en précisant que ce chiffre ne reflète pas pleinement la réalité, le taux de participation de la population active ne dépassant pas 40,85 % des personnes âgées de plus de 15 ans. Plus de la moitié de la population en âge de travailler serait ainsi hors du marché du travail ou non comptabilisée comme demandeuse d’emploi.
La situation des jeunes apparaît particulièrement préoccupante, avec un taux de chômage des 15–24 ans estimé à 23,2 %, soit près d’un jeune sur quatre sans emploi. Le député souligne également un important écart entre les sexes : la participation des femmes à la population active avoisinerait 26 %, contre environ 57 % pour les hommes, avec un chômage plus élevé chez les femmes.
Selon le vice-président de l’AN, cette situation entraîne des conséquences économiques, sociales et politiques majeures. Il évoque notamment une « croissance sans emploi », l’expansion de l’économie informelle, la fuite des compétences, la fragilisation des familles et une baisse de la confiance envers les institutions publiques.
Le vice-président du Parlement critique par ailleurs les politiques publiques menées jusqu’ici, estimant qu’elles privilégient l’emploi public au détriment d’un secteur privé productif et qu’elles manquent de transparence dans les recrutements. Il dénonce la corruption, le népotisme et l’absence de critères clairs dans l’accès à la fonction publique.
En conclusion, Ould Mbaala appelle à des réformes structurelles, notamment la lutte contre la corruption, la diversification économique, la réforme du système éducatif et l’amélioration du climat des affaires. Il propose également la fixation d’objectifs chiffrés, tels que la création annuelle de 50 000 à 60 000 emplois, assortis d’un mécanisme de suivi régulier pour résorber, à terme, le chômage car pour lui, le chômage ne résulte pas d’un manque de ressources, mais d’un déficit de vision et d’efficacité des politiques publiques. Il exhorte, pour ce faire, à une refonte en profondeur des stratégies de développement et d’emploi.