Le « nouveau testament » de Mike Huckabee

De vives protestations se sont élevées dimanche 22 février dans le monde arabe et musulman après les déclarations de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, inaugurant une nouvelle croisade que, selon la tradition biblique, Israël disposerait d’un droit sur des terres s’étendant sur une large partie du Moyen-Orient. Plusieurs États et la Ligue arabe ont exprimé leur « ferme condamnation » face à des propos jugés incendiaires, d’autant plus sensibles qu’ils interviennent dans un contexte d’annexion continue de la Cisjordanie.

Un ambassadeur négationniste

Ancien gouverneur de l’Arkansas (1996-2007) et ex-pasteur baptiste jusqu’en 1992, Huckabee a été nommé ambassadeur en Israël par le président Donald Trump après l’annonce faite le 12 novembre 2024. Evangéliste et conservateur américain, il s’inscrit dans la tradition du sionisme chrétien, qui interprète les textes bibliques comme fondement pour justifier l’annexion des terres arabes.

Dans un entretien accordé au commentateur Tucker Carlson, Huckabee a, non seulement, minimisé les pertes civiles dans le conflit en cours, mais surtout cherché à légitimer l’occupation israélienne en la présentant comme conforme à un « dessein biblique ». Il est allé jusqu’à suggérer que des terres situées en Arabie saoudite, en Jordanie, au Liban et en Palestine relèveraient d’une promesse inscrite dans ce qu’il assimile à un « nouveau testament» (le sien) géopolitique. En fait, un fondamentaliste chrétien à la solde d’un criminel de guerre et de l’extrême droite israélienne qui doit bien le lui rendre.

Une rhétorique religieuse contre le droit international

Ces déclarations s’inscrivent dans la continuité d’un engagement ancien. Huckabee n’en est pas à sa première tentative de justification religieuse de l’expansion territoriale israélienne. Fervent partisan de Benjamin Netanyahou, qu’il soutient sans réserve malgré les accusations internationales pesant sur ce dernier, il défend régulièrement le « droit d’Israël » à étendre sa souveraineté au détriment des territoires palestiniens. Des déclarations polémistes comme l’a été son passé controversé en Arkansas

En effet, le parcours politique de Huckabee est lui aussi marqué par des controverses. Gouverneur de l’Arkansas pendant plus d’une décennie, il a été critiqué pour sa gestion des grâces et remises de peine. L’affaire Wayne Dumond, violeur récidiviste dont il a soutenu la libération conditionnelle avant qu’il ne commette un meurtre dans le Missouri, reste emblématique. De même, Maurice Clemmons, condamné à 100 ans de prison, avait bénéficié d’une réduction de peine avant d’être impliqué dans le meurtre de quatre policiers en 2009.

Si ces décisions n’ont pas donné lieu à des poursuites judiciaires contre Huckabee, elles ont durablement entaché son image. À cela se sont ajoutées des critiques sur l’usage de fonds publics et sur ses positions conservatrices tranchées en matière sociétale, notamment sur l’avortement et les droits des personnes homosexuelles.

Huckabee apôtre du nouvel impérialisme

Les propos récents de l’ambassadeur soulèvent une question plus large : celle de la cohérence historique. En invoquant un droit biblique pour justifier l’occupation de terres au Moyen-Orient, Huckabee semble ignorer l’histoire des conquêtes et des annexions sur lesquelles s’est bâtie sa propre nation.

Le territoire des peuples autochtones d’Amérique – aujourd’hui réduit à plus de 56 millions d’acres de réserves – témoigne d’une longue histoire d’expropriations. Les premiers peuples, installés depuis des millénaires après avoir traversé la Béringie, ont vu leurs terres progressivement annexées à partir de 1492, d’abord par les conquistadors espagnols, puis par les colons britanniques protestants, ancêtres des WASP (White Anglo-Saxon Protestants), qui ont établi leur domination culturelle et politique..

Plutôt que d’ériger une lecture littérale des Écritures en fondement d’une politique étrangère, certains observateurs estiment que l’ambassadeur américain aurait pu méditer sur cette histoire contemporaine : celle de l’annexion des terres amérindiennes par des colons européens, eux-mêmes héritiers de conflits et d’exils. Or, Huckabee trouve son origine généalogique dans un mélange de colons britannique et allemand.

En définitive, la controverse dépasse la seule personne de Mike Huckabee, en service auprès d’un assassin d’enfants. Elle interroge la place de la foi dans la diplomatie américaine et le risque d’une politique étrangère fondée sur une interprétation religieuse plutôt que sur le droit international et la recherche d’une paix négociée.

Dans une région marquée par des décennies de conflits, les mots d’un ambassadeur ne sont jamais neutres. Lorsqu’ils s’appuient sur une théologie militante pour redessiner symboliquement les frontières, ils ne peuvent qu’alimenter tensions et indignations. Mike Huckabee est en cela le nouvel apôtre de l’impérialisme.

J.D

 

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