Mauritanie : stop au bras long, place à l’institution !

En Mauritanie, occuper un poste de responsabilité publique dépasse souvent le cadre strict des missions officielles. Les ministres, hauts fonctionnaires et élus deviennent rapidement des recours universels pour des sollicitations individuelles, parfois sans lien direct avec leurs attributions.

Dans les ministères, les salles d’attente sont pleines de citoyens avec leurs dossiers personnels : emploi, mutation, logement, régularisation administrative ou litiges divers. Partout, la même conviction : si tu n’as pas de « bras long », rien ne se règle. La recommandation prime sur la règle, et l’institution perd de sa crédibilité.

L’élu ou le responsable devient souvent personnellement redevable envers ceux qui l’ont soutenu. La redevabilité institutionnelle — devant la loi et l’intérêt général — se trouve parfois supplantée par la redevabilité sociale ou relationnelle. Cette dynamique favorise des sollicitations permanentes et augmente la pression sur le responsable, tout en fragilisant l’égalité de traitement des citoyens.

Les maisons des élus deviennent des « salons de sollicitations », où chacun vient plaider sa cause ou chercher une faveur. Les responsables sont accaparés, dispersés, et n’ont plus le temps de se concentrer sur les dossiers stratégiques pour lesquels ils ont été nommés.

Cette situation a des conséquences graves : les décisions publiques dépendent plus des relations que de la loi, les citoyens sans réseau sont laissés pour compte, l’administration perd son impartialité et son efficacité, et le clientélisme fragilise l’État et ralentit le développement.

Il est urgent que les responsables politiques et administratifs renforcent les institutions, modernisent et digitalisent les services, clarifient les responsabilités et la redevabilité, et promouvoient l’égalité et la transparence, afin que chaque citoyen puisse accéder à ses droits sans favoritisme.

La transformation commence par une volonté politique claire et une réforme institutionnelle ambitieuse. Le défi est simple : mettre fin à la règle du bras long et redonner à l’institution sa place légitime.

Par Dr Alhousseynou Sall

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