Informel: plage des pêcheurs. « le parcours du combattant »

À Nouakchott, sur la « plage des pêcheurs », Djiby Sall, 33 ans, gagne sa vie au prix d’un labeur éprouvant. Entre revenus variables, conditions insalubres et absence de protection sociale, son témoignage met en lumière les réalités souvent invisibles des travailleurs du secteur informel.

En cette journée de samedi d’avril, cap sur la « plage des pêcheurs », comme on la désigne communément à Nouakchott. C’est ici que je retrouve Djiby Sall, originaire de Tekane, âgé de 33 ans. Poissonnier depuis quelques années, il évolue dans le secteur informel, à l’écart des cadres classiques de l’emploi.
Son parcours est celui de nombreux Mauritaniens. Après l’école coranique dans son village, il devient apprenti maçon. Un métier qu’il abandonne, le jugeant « ruineux », avant de se tourner vers la poissonnerie. Aujourd’hui, ses journées commencent à 7 heures pour s’achever à 20 heures, au rythme des arrivages de poissons.
Assis derrière sa table de fortune, équipé de coutelas, de planches en bois garnies de clous servant à écailler et de gants usés, Djiby Sall nettoie, découpe et prépare les poissons pour les clients. « Maquereaux, mérous, dorades, capitaines, carangues ou encore sardinelles — ici appelées “yaboye” », énumère-t-il en langue peulh, avec une maîtrise acquise sur le terrain.
Côté revenus, l’incertitude est la règle. « Quand ça marche bien, je peux gagner entre 7 000 et 8 000 ouguiyas par jour. Mais lorsque la mer est agitée, je tombe à 3 000 ou 4 000 », confie-t-il. Des gains qui peuvent sembler supérieurs à certains salaires fixes, mais qui cachent une réalité plus dure.
« C’est le prix à payer », tranche-t-il. « Travailler plus de 12 heures par jour, dans des conditions insalubres, ce n’est pas facile. » Entre les eaux stagnantes, les déchets de poissons et les odeurs persistantes, l’environnement de travail est loin d’être sain. « Cela peut même repousser les clients. On ressent parfois de la honte », ajoute-t-il.
Pour exercer, Djiby Sall doit s’acquitter de charges régulières : 10 000 ouguiyas par mois pour l’occupation de son espace, et 200 ouguiyas par jour versés à la municipalité.
Mais au-delà de son quotidien, il porte aussi un regard lucide sur les évolutions du pays. Il salue notamment les progrès réalisés dans l’accès aux documents administratifs et aux services comme l’assurance maladie. Toutefois, il appelle à aller plus loin.
« Il faudrait mettre en place un système de cotisation pour les travailleurs de l’informel, afin de leur garantir une retraite ou une couverture sociale », plaide-t-il. Inspiré par certains modèles étrangers, il évoque même l’idée d’un minimum vieillesse. « Ce n’est pas une utopie, c’est réalisable », insiste-t-il.
Autre priorité à ses yeux : l’accès au logement. « Il faut penser à des habitations à loyer modéré, avec la possibilité de devenir propriétaire après quelques années », suggère-t-il.
À travers le témoignage de Djiby Sall, c’est toute la question du secteur informel qui se pose. Véritable pilier de l’économie nationale, il demeure pourtant peu structuré et insuffisamment encadré.
Travailler des années sans retraite ni sécurité sociale constitue une réalité pour des milliers de Mauritaniens. Une situation aux conséquences sociales et économiques importantes, qui freine l’émergence d’une classe moyenne stable et compromet, à terme, une croissance inclusive.
BA HAMET

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button