Libération des détenus salafistes : les exégètes s’expliquent

Le dialogue intellectuel et religieux avec les prisonniers extrémistes et radicaux constitue un choix stratégique adopté de longue date par l’État mauritanien dans le cadre de sa politique de lutte contre l’extrémisme, a affirmé samedi soir le président du Comité chargé du dialogue avec ces détenus, le Fakih Mohamed El Mokhtar Ould M’Balée.

S’exprimant lors d’une conférence de presse organisée à Nouakchott, il a expliqué que cette démarche repose sur la persuasion et l’argumentation religieuse, loin de toute logique de négociation ou d’échange de contreparties. Il a précisé que la récente amnistie accordée à certains détenus est l’aboutissement d’un long processus de dialogue et de révisions doctrinales mené sous la supervision des autorités compétentes et avec la participation d’oulémas chargés des discussions intellectuelles et religieuses.

Selon lui, les échanges ont porté sur plusieurs questions fondamentales liées à la gouvernance, au jihad, à l’allégeance et à d’autres concepts exploités par les courants extrémistes. Ces discussions ont conduit plusieurs détenus à renoncer publiquement à leurs anciennes convictions et à exprimer leur repentir. Il a souligné que ce processus a bénéficié d’un suivi direct du président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, et que les décisions d’amnistie relèvent de l’appréciation souveraine de l’intérêt général.

Décret présidentiel portant grâce et commutation de peines au profit de plusieurs détenus à l’issue d’un processus de révision idéologique concluant – La Dépêche de Mauritanie et du Sahel

Le président du Comité a également rappelé que cette approche s’appuie sur des références reconnues de la jurisprudence islamique et sur des précédents historiques illustrant l’importance du dialogue dans le traitement des déviations idéologiques. Il a insisté sur le fait que la sécurité et la stabilité du pays demeurent la priorité absolue et que les mesures prises dans ce cadre reposent sur un équilibre entre les exigences religieuses et l’intérêt national.

Pour sa part, le membre du Comité, Cheikh Mahfoudh Ould El Walid, a estimé que l’expérience mauritanienne constitue un modèle intégré associant les dimensions intellectuelle, sécuritaire, sociale et judiciaire. Il a indiqué que l’amnistie récemment accordée à neuf détenus s’inscrit dans la continuité d’un processus ayant démontré son efficacité, soulignant qu’aucun cas de récidive vers l’extrémisme n’a été enregistré parmi les bénéficiaires des précédentes mesures similaires.

De son côté, le professeur Omar Bouna Ly, également membre du Comité, a souligné que la lutte contre l’extrémisme est une responsabilité collective impliquant l’ensemble des acteurs de la société. Il a salué le rôle de l’éducation, de l’encadrement des jeunes et des médias dans la diffusion des valeurs de modération, appelant à renforcer les efforts de sensibilisation pour protéger les nouvelles générations contre les discours extrémistes, notamment sur les plateformes numériques.

(avec Ami)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button