L’école mauritanienne : une crise de vision

Cette année encore, certains manuels étaient introuvables dans plusieurs kiosques. Nous avons terminé l’année sans le matériel didactique le plus élémentaire : règle de traçage, craies de couleur. Nous avons aussi enseigné dans des classes multigrades sous des hangars précaires.
Prétendre que notre école se porte mieux relève de la mauvaise foi. La réalité, elle, est préoccupante. Des infrastructures défaillantes, des enseignants insuffisamment formés, un manque de moyens…, voilà en quoi se résume l’école républicaine dont le mérite est pourtant vanté par nos élus.
Je m’abstiens d’employer le terme « système éducatif » car nous n’en disposons pas. Un véritable système éducatif est l’expression d’une philosophie éducative, elle-même issue d’une vision de la société que l’on souhaite construire.
Or, nous avons tendance à ne traiter que la question de la langue d’enseignement, esquivant ainsi les enjeux fondamentaux, à savoir le citoyen que l’on veut former, les compétences à développer, les besoins économiques, culturels et sociétaux à satisfaire.
Cette absence de vision claire nous conduit à naviguer à vue, sans vraiment savoir ce que nous cherchons exactement. Alors, on juge tout selon les compétences linguistiques des élèves, etc.
Savoir lire, raisonner en mathématiques : là aussi, nous n’avons pas brillé. Un nombre important d’élèves arrive au baccalauréat sans maîtriser pleinement la lecture ni le raisonnement mathématique.
Il urge de repenser le système éducatif à partir d’un projet de société qui s’appuie sur des objectifs partagés par tous les Mauritaniens.

Souleymane Elbenany

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