Scandale dans l’Aftout Essahli : Les eaux troubles d’un marché abracadabrant !

L’opinion publique est tenue en haleine par l’affaire dite du marché de supervision des travaux d’extension d’Aftout Essahli. Tout est parti d’une première révélation publiée par un mauritanien (Sultan Elban) résidant en Angleterre. Dans sa version, celui-ci évoquait de possibles irrégularités entourant le marché de supervision des travaux d’extension et de réhabilitation du système d’Aftout Essahli. Ce n’était, en fait, que la partie visible de l’iceberg d’une affaire rocambolesque. Les mauvaises habitudes ont la vie dure, dit-on.
En examinant les documents administratifs relatifs à cette procédure de passation de marché, une nouvelle investigation met à jour une succession de décisions qui soulèvent de nombreuses interrogations. Si plusieurs pièces officielles permettent de reconstituer la chronologie des événements, elles ne suffisent pas à dissiper toutes les zones d’ombre et de suspicion dans cette affaire. Au contraire, plus l’enquête avance, plus c’est une avalanche de questions restées sans réponses.
Un premier classement qui semblait ouvrir la voie
Selon les documents consultés, la procédure de sélection fondée sur les qualifications des consultants avait abouti au classement du Cabinet MERLIN en première position sur le plan technique.
À ce titre, le cabinet avait été invité à engager des négociations techniques et financières avec l’Unité de Gestion du Projet de Renforcement et de Développement (UGPRD). Ces négociations, menées entre décembre 2025 et février 2026, se sont conclues par un procès-verbal signé le 17 février 2026 validant les aspects techniques de la mission, les profils des experts mobilisés ainsi que les conditions financières de réalisation.
À ce stade, tout semblait normal. La procédure suivait son cours. Les échanges ultérieurs montrent aussi que la qualité de l’offre du Cabinet MERLIN n’était pas en doute.
Dans un courrier officiel, l’administration indique que les discussions techniques sont jugées pleinement satisfaisantes mais qu’un seul obstacle identifié réside dans le dépassement de l’enveloppe budgétaire disponible. Autrement dit, le problème ne porterait ni sur les compétences du cabinet ni sur sa proposition technique, mais uniquement sur son coût. Pour lever cet unique obstacle, le Cabinet MERLIN révise son offre financière initiale. Il propose un nouveau montant, près d’ 1,6 million d’euros, correspond précisément au plafond budgétaire communiqué par l’administration.
Deux mois plus tard, Egis qui n’avait pas soumissionné au départ, acquiert le même marché par entente directe
Selon les documents examinés, cette nouvelle proposition n’a pas fait l’objet d’une réponse officielle car dans l’antichambre du département la commission départementale avait déjà des idées arrêtées.
Quelques semaines plus tard, en effet, la procédure du marché avec Merlin est annulée. Le 27 avril 2026, la Commission de Passation des Marchés Publics du ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement publie un avis d’annulation. Le motif évoqué est celui de “l’intérêt général”.
Aucune explication publique n’a jamais été fournie alors même que les négociations avaient été finalisées et qu’un procès-verbal avait été signé. Un mutisme qui couvre d’un voile opaque les méandres par lesquels transite aujourd’hui ce marché.
La chronologie prend ensuite un tournant inattendu. Deux mois après l’annulation, le marché est finalement attribué par entente directe (gré-à-gré) au bureau EGIS Water and Maritime. Sorti de sous le voile, Egis qui traine une mauvaise réputation et blacklistée sur la liste de la Banque Mondiale, hérite du marché pour deux millions d’euros, après avis de non-objection de la Commission Nationale de Contrôle de la Commande Publique (CNCMP). Curieux quand même pour ceux qui mettent étendard l’intérêt général.
Cerise sur le gâteau : le montant d’Egis supérieur à celui de Merlin
Autre élément qui attire l’attention : le marché finalement attribué l’a été pour un montant d’environ deux millions d’euros, soit davantage que l’offre révisée de 1,6 million d’euros présentée par le Cabinet MERLIN après les négociations.
Ce décalage soulève des interrogations sur les critères ayant conduit au choix final.
EGIS traine des casseroles et apparaît sur une liste de sociétés blacklistées jusqu’en 2027 par la Banque mondiale. La sanction d’origine a été prononcée par l’IDB contre Egis Eau S.A.S. ayant été intégrée à Egis Water and Maritime concernée par cette mesure spécifique Eau et assainissement pour des pratiques frauduleuses et corruption.
Là encore, des explications pour justifier ce choix devraient être produites par les autorités censées tamiser les profils des prétendants aux offres publiques.
Une justification qui interroge
Les documents consultés montrent également un autre point sensible. Pour justifier le recours à l’entente directe, le ministère aurait indiqué à la Commission Centrale des Marchés Publics (CCMP) qu’EGIS Water and Maritime était arrivé en tête de la première procédure de présélection.
Or, les pièces de la procédure examinées dans le cadre de cette enquête semblent raconter une tout autre histoire.
Elles indiquent que le Cabinet MERLIN occupait la première place sur le plan technique, tandis qu’EGIS Water and Maritime ne figurait pas parmi les cabinets retenus lors de cette première short-list.
Une contradiction qui appelle des explications de la part des autorités concernées.
Une affaire loin d’être définitivement bouclée
Finalement, les documents administratifs consultés mettent en évidence une succession de décisions douteuses : une procédure menée jusqu’à son terme puis annulée, une offre révisée conforme au budget laissée sans réponse, un marché finalement attribué par entente directe pour un montant plus élevé à une entité pointée pour ses pratiques peu orthodoxes. Il y a donc anguille sous roche.
À ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur les raisons ayant conduit à ces choix administratifs. En revanche, une certitude s’impose : cette affaire comporte encore de nombreuses zones d’ombre. Tant que les autorités compétentes n’auront pas apporté de réponses précises et documentées aux questions soulevées par cette enquête, le dossier Aftout Essahli continuera probablement d’alimenter les interrogations sur l’impunité des premiers responsables dans la gestion publique.
Une affaire dont le département – qui à défaut d’en servir- prend l’eau de partout. Ces pratiques donnent bien évident de l’eau au moulin de l’opposition pour charcuter l’action et le programme présidentiels comme vient d’en faire les frais la ministre devant des députés de l’Assemblée Nationale.
JD
Affaire à suivre