Ceuta: la quasi-totalité des migrants sont repartis au Maroc, l’UE convoque une réunion d’urgence mardi

La crise migratoire à Ceuta commence à s’apaiser ce samedi 1er août 2026. 60.000 migrants ont franchi la frontière entre le Maroc et le territoire espagnol, au moins 67 sont morts. La quasi-totalité d’entre eux est déjà repartie, assure Madrid. Les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne se réunissent mardi.

Le bilan est lourd à Ceuta, petit territoire espagnol situé de l’autre côté de la Méditerranée, tout au nord du Maroc, avec qui il partage une frontière terrestre, proche du détroit de Gibraltar. Environ 60.000 personnes sont arrivées depuis le début de la semaine, en franchissant la frontière terrestre ou en passant par la mer, selon le président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas. Le ministère espagnol de l’Intérieur, lui, fait état de 50.000. Au moins 67 personnes sont mortes, beaucoup noyées, en essayant de rejoindre le territoire espagnol, selon le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, évoquant des “événements tristes, dramatiques”.

En moins de 48 heures, la situation à Ceuta n’a plus rien à voir et un retour à la normale est en cours“, a-t-il indiqué lors d’un point-presse depuis le territoire autonome, à l’issue d’une réunion d’urgence sur cette crise d’ampleur inédite. Ce samedi, il décrivait une ville qui respire de nouveau : les 84.000 habitants de Ceuta “peuvent se promener, font leurs courses, les commerces ont rouvert”. La crise, pour autant, n’est “pas terminée”, a-t-il reconnu.

70% de la population de Ceuta

La “quasi-totalité” des migrants – en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents – ont quitté l’enclave espagnole selon Fernando Grande-Marlaska. Samedi matin, le reflux se poursuivait sous l’œil des soldats et des policiers espagnols, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les derniers jeunes gens repassaient la frontière ; ceux qui traînaient sur le sentier côtier étaient raccompagnés vers la sortie par les militaires.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, s’est lui rendu sur place ce vendredi 31 juillet. Il a évoqué “une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne” et accusé des “mafias” d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière. “Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville“, a déclaré Juan Jesus Vivas lors d’une conférence de presse vendredi, soit “70% de la population de Ceuta“, tout en déplorant les morts constatées.

Selon de nombreux reportages et des sources officielles, le flux de personnes ayant traversé illégalement la frontière s’est étalé au cours de cette semaine et s’est intensifié. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des milliers de personnes ont continué d’arriver, sans arrêt. Sur les images diffusées par différentes chaînes de télévision, de nombreux jeunes hommes arrivent, souvent torse nu, parfois en combinaison de plongée, claquettes aux pieds, sourire sur des visages marqués par la fatigue, voire l’épuisement.

“Le rêve européen”

Certains lancent des “Viva España!“, devant les caméras. “Ils viennent car ils n’ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen“, selon Mohamed, 35 ans, chauffeur de taxi à Ceuta. La police marocaine a arrêté vendredi matin une trentaine de jeunes, essentiellement des Marocains, à Fnideq, dans le nord du pays, après des heurts à proximité de la frontière.

Une rumeur s’est rapidement répandue selon laquelle la frontière s’était ouverte, ce qui a provoqué cet afflux. Soufiane, un Marocain de 42 ans, a nagé “trois, cinq minutes” pour rejoindre l’enclave. “Un ami m’a appelé, il m’a dit que la frontière était ouverte”, confie-t-il à l’AFP. Il voulait retrouver sa mère, à Madrid. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a réclamé samedi une enquête indépendante pour faire “toute la lumière” sur les causes de cet afflux.

Le gouvernement espagnol a aussi remis la faute sur une décision de la Cour suprême, rendue le 8 juillet : le renvoi immédiat d’un migrant sans procédure administrative préalable d’expulsion ne s’applique pas aux personnes arrivées par voie maritime, contrairement à celles qui franchissent la frontière terrestre. Les experts interrogés par l’AFP y voient l’une des explications possibles, sans que cet arrêt suffise à lui seul à éclairer l’ampleur de l’afflux.

La Garde civile déployée

Pour l’instant, les réactions ne sont pas concentrées sur l’émotion face aux pertes humaines, mais sur l’inquiétude portée sur la gestion de ces flux migratoires. Avec ces chiffres avancés, inédits, cet épisode est d’une ampleur largement plus grande que lors de la crise de mai 2021, où environ 12.000 personnes avaient afflué à Ceuta en quelques jours, selon l’Observatoire de Ceuta et Melilla.

Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et de policiers, dont huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones. Une barrière pneumatique de 500 mètres de long est en cours d’installation en mer pour empêcher les migrants de traverser à la nage, a constaté l’AFP. Pedro Sanchez et son gouvernement mènent une politique où l’immigration est placée comme un atout, à rebours de ses voisins européens de plus en plus anti-migrants. Récemment, 500.000 personnes sans papiers ont été régularisées en Espagne.

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