40 milliards d’ouguiyas pour Dakhlet Nouadhibou : l’heure de la vérité pour l’action publique

Les grandes nations ne se construisent pas uniquement à travers les discours, mais par la qualité des décisions qu’elles prennent et, surtout, par leur capacité à les traduire en réalisations concrètes. L’annonce par le Gouvernement d’un Programme de développement de la wilaya de Dakhlet Nouadhibou, doté d’une enveloppe de quarante milliards d’ouguiyas (MRU) pour la période 2026-2029, constitue sans conteste l’une des initiatives publiques les plus ambitieuses de ces dernières années. Au-delà de l’importance des montants engagés, cette décision ouvre un débat beaucoup plus profond sur la conception du développement en Mauritanie, sur la gouvernance de la dépense publique et sur la responsabilité de l’État envers les citoyens.
Pour ma part, cette annonce revêt une dimension particulière. Nouadhibou n’est pas seulement la capitale économique de notre pays ; c’est aussi la ville où j’ai grandi, celle qui a façonné une partie de mon parcours, nourri mes ambitions et forgé ma compréhension des immenses potentialités de la Mauritanie. Je connais ses quartiers, son port, son dynamisme, mais aussi les difficultés quotidiennes auxquelles ses habitants sont confrontés. C’est précisément parce que je suis profondément attaché à cette ville que je considère qu’elle mérite davantage que des promesses. Elle mérite une vision, une méthode et une gouvernance irréprochable.
Il faut reconnaître que le programme présenté par le Gouvernement répond à des besoins réels. L’amélioration des infrastructures scolaires, le renforcement du système de santé, la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable, la modernisation des réseaux électriques, la réhabilitation des routes, la création d’un port en eau profonde, l’aménagement urbain et les équipements destinés à la jeunesse constituent autant de chantiers indispensables au développement de cette région stratégique. Sur le plan des intentions, il serait difficile de contester la pertinence des priorités affichées.
Mais l’expérience économique internationale nous enseigne une leçon fondamentale : le développement ne se décrète pas. Il se construit dans la durée, grâce à des institutions solides, à une gestion rigoureuse des finances publiques et à une volonté constante de placer l’intérêt général au-dessus de toute autre considération. Les pays qui ont réussi leur transformation économique ne sont pas nécessairement ceux qui disposaient des ressources financières les plus importantes ; ce sont ceux qui ont fait de la transparence, de la compétence et de la responsabilité les piliers de leur action publique.
Les quarante milliards d’ouguiyas annoncés représentent un investissement considérable. Ils constituent un engagement envers les contribuables, mais aussi envers les générations futures. L’argent public n’est jamais une ressource abstraite. Il provient des richesses produites par la Nation, des recettes fiscales, des ressources naturelles et, parfois, de l’endettement. Chaque ouguiya dépensé doit donc produire une valeur économique, sociale ou environnementale clairement identifiable. Dans un contexte où les besoins sont immenses et les ressources limitées, l’efficacité de la dépense publique devient une obligation juridique autant qu’une exigence morale.
Le choix de consacrer la plus grande partie de cette enveloppe à la réalisation d’un port en eau profonde traduit une vision stratégique que l’on ne peut qu’encourager. Depuis plusieurs décennies, Nouadhibou occupe une position géographique exceptionnelle à la croisée des grandes routes maritimes reliant l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et les Amériques. Pourtant, cette situation privilégiée n’a jamais été pleinement exploitée. Les contraintes liées aux opérations de chargement en rade, les coûts logistiques supplémentaires et les limitations des infrastructures existantes réduisent la compétitivité de nos exportations, notamment dans les secteurs de la pêche et des mines.
Un port en eau profonde pourrait changer durablement cette réalité. Il offrirait à la Mauritanie la possibilité de devenir une plateforme logistique régionale capable d’accueillir des navires de dernière génération, de réduire les coûts de transport et d’attirer de nouveaux investissements industriels. Toutefois, cette infrastructure ne produira ses effets que si elle s’inscrit dans une stratégie globale intégrant les réseaux routiers, le chemin de fer, les zones industrielles, les entrepôts frigorifiques, les services douaniers modernisés et une administration portuaire efficace. Un port moderne isolé de son environnement économique risque de devenir un investissement sous-utilisé. Un port connecté à l’ensemble de la chaîne logistique devient, en revanche, un puissant moteur de croissance.
L’eau constitue un autre enjeu majeur. Les investissements prévus dans ce domaine répondent à une nécessité absolue. Aucune ville ne peut prétendre devenir un grand pôle industriel ou touristique si son approvisionnement en eau demeure fragile. Le renforcement des capacités de production à partir de Boulenouar et la construction de nouvelles infrastructures de traitement représentent une avancée importante. Mais là encore, la réussite dépendra moins de la qualité des ouvrages que de leur gestion. Les réseaux devront être entretenus, les pertes réduites, les ressources préservées et les investissements planifiés sur le long terme. L’histoire des infrastructures africaines regorge de projets inaugurés avec enthousiasme avant d’être progressivement dégradés par l’absence de maintenance et de suivi technique.
L’éducation et la santé occupent également une place essentielle dans ce programme. Construire un campus universitaire est une excellente initiative, à condition que celui-ci ne soit pas réduit à une simple réalisation immobilière. Une université n’est pas un ensemble de bâtiments ; elle est avant tout un espace de production du savoir, de recherche scientifique et d’innovation. Nouadhibou devrait devenir un centre d’excellence dans les domaines des sciences marines, de l’économie bleue, des technologies portuaires, des métiers de la pêche, des industries extractives et des énergies renouvelables. C’est en formant les compétences dont l’économie nationale aura besoin demain que l’investissement public produira son meilleur rendement.
Au fond, la question essentielle n’est pas de savoir si quarante milliards d’ouguiyas seront dépensés. La véritable question est de savoir comment ils le seront. C’est ici que la notion de bonne gouvernance prend toute son importance. Trop souvent réduite à une formule institutionnelle, elle constitue en réalité le fondement même de l’État moderne. La bonne gouvernance exige que chaque marché public soit attribué dans des conditions de concurrence loyale, que chaque dépense soit justifiée, que chaque retard soit expliqué, que chaque dépassement de coût fasse l’objet d’un contrôle indépendant et que chaque responsable rende compte de sa gestion devant les institutions compétentes et, en définitive, devant les citoyens eux-mêmes.
Le droit mauritanien offre déjà un cadre permettant d’assurer ces exigences. Encore faut-il que les textes soient appliqués avec la même rigueur pour tous, sans favoritisme, sans privilège et sans interférence. Les mécanismes de contrôle interne doivent être renforcés, les audits financiers et techniques systématisés, les rapports rendus publics et les indicateurs de performance publiés régulièrement. La transparence ne fragilise jamais l’action publique ; elle lui donne sa légitimité.
À cela s’ajoute une réalité incontournable : les partenaires techniques et financiers accordent aujourd’hui autant d’importance à la qualité des institutions qu’à la rentabilité des projets. Les investisseurs internationaux recherchent des États où les règles sont stables, où les contrats sont respectés et où la sécurité juridique constitue une garantie permanente. Une gouvernance exemplaire représente donc un avantage économique à part entière. Elle réduit le coût du financement, renforce la confiance et attire des capitaux privés indispensables au développement.
Nouadhibou possède tous les atouts pour devenir l’un des grands pôles économiques de la façade atlantique africaine. Son potentiel halieutique, ses ressources minières, sa position géographique, sa proximité avec les marchés internationaux et les perspectives offertes par l’économie bleue lui confèrent une vocation que peu de villes de la région peuvent revendiquer. Mais ce potentiel ne se concrétisera que si les investissements publics servent de levier au développement du secteur privé, à la création d’emplois qualifiés, à l’innovation et à la diversification de notre économie.
En définitive, les quarante milliards d’ouguiyas annoncés ne doivent pas être considérés comme une fin en soi. Ils constituent un moyen, et non un objectif. Leur véritable valeur ne se mesurera ni au nombre de chantiers inaugurés ni aux cérémonies officielles qui accompagneront leur lancement. Elle se mesurera dans quelques années, lorsque les citoyens pourront constater que leur accès à l’eau est devenu plus sûr, que les soins sont de meilleure qualité, que les jeunes trouvent des perspectives d’avenir, que les entreprises travaillent dans un environnement plus compétitif et que Nouadhibou occupe enfin la place qui lui revient naturellement parmi les grandes métropoles économiques de l’Afrique de l’Ouest.
L’Histoire retiendra moins le montant inscrit dans les lois de finances que la manière dont ces ressources auront été administrées. Car les budgets passent, les gouvernements se succèdent, mais les infrastructures bien conçues, les institutions solides et la confiance des citoyens demeurent. C’est à cette exigence que devra répondre ce programme. Enfant de Nouadhibou, je forme le vœu que cette ambition devienne une référence nationale en matière de gouvernance, de transparence et d’efficacité publique. Si tel est le cas, ces quarante milliards d’ouguiyas ne représenteront pas seulement un investissement pour une wilaya ; ils marqueront le commencement d’une nouvelle manière de penser le développement en Mauritanie.
L’analyse du programme appelle également une réflexion plus large sur la notion même de développement. Pendant longtemps, celui-ci a été assimilé à une succession d’ouvrages : construire une route, édifier un hôpital, inaugurer une école ou aménager un boulevard suffisait à donner l’impression que le progrès était en marche. Cette conception appartient désormais au passé. Les économistes s’accordent aujourd’hui à considérer que le développement repose avant tout sur la qualité des institutions, sur la compétence des femmes et des hommes qui les dirigent et sur la capacité de l’État à garantir la continuité des politiques publiques au-delà des alternances administratives ou politiques.
Les infrastructures ne sont que des outils. Elles ne créent de richesse que lorsqu’elles sont entretenues, exploitées avec efficacité et intégrées dans une stratégie économique cohérente. Une route ne vaut que par les échanges qu’elle facilite ; un port par les marchandises qu’il traite ; une université par les compétences qu’elle forme ; un hôpital par la qualité des soins qu’il dispense. C’est pourquoi il est indispensable que chaque projet inscrit dans ce programme fasse l’objet d’études économiques sérieuses, d’une analyse coûts-avantages rigoureuse et d’une évaluation permanente de son impact sur l’économie locale.
L’expérience internationale démontre que les dépassements budgétaires constituent l’une des principales causes d’échec des grands programmes publics. Dans de nombreux pays, des projets initialement estimés à quelques centaines de millions ont finalement coûté deux ou trois fois plus cher, sans amélioration proportionnelle de leur qualité. Les causes sont connues : études insuffisantes, modifications répétées des marchés, absence de contrôle technique, retards dans l’exécution, inflation des coûts des matériaux, mais aussi, parfois, corruption, conflits d’intérêts ou mauvaise gouvernance.
La Mauritanie doit impérativement éviter ces dérives. Les quarante milliards d’ouguiyas annoncés appartiennent aux contribuables mauritaniens. Ils ne peuvent devenir un simple chiffre inscrit dans un document budgétaire. Ils doivent être protégés avec la même vigilance qu’une entreprise privée protège ses capitaux. Cette responsabilité incombe d’abord au Gouvernement, mais également au Parlement, à la Cour des comptes, à l’Inspection générale de l’État, aux organes de contrôle, aux collectivités territoriales, à la société civile, aux médias et, plus largement, à tous les citoyens.
La transparence ne doit pas se limiter à la publication des montants engagés. Elle suppose que chaque marché public soit accessible à la consultation, que les critères d’attribution soient clairement définis, que les entreprises adjudicataires soient identifiées, que les délais d’exécution soient connus et que les rapports d’audit soient rendus publics. Une telle démarche n’a rien d’une contrainte bureaucratique ; elle constitue au contraire la meilleure garantie contre les soupçons, les rumeurs et la perte de confiance.
Le programme de développement de Dakhlet Nouadhibou offre également l’occasion de promouvoir une nouvelle culture de la performance publique. Chaque ministère concerné devrait définir des objectifs précis, mesurables et vérifiables. Les citoyens doivent pouvoir connaître, année après année, le taux d’avancement des projets, les sommes effectivement décaissées, les écarts éventuels avec les prévisions initiales et les résultats obtenus. Gouverner ne consiste pas seulement à engager des dépenses ; gouverner, c’est démontrer que chaque dépense produit un résultat utile à la collectivité.
L’implication du secteur privé sera tout aussi déterminante. Aucun État, même doté de ressources importantes, ne peut assurer seul le développement économique d’un territoire. Les investissements publics doivent agir comme un catalyseur capable d’attirer les capitaux privés nationaux et étrangers. Nouadhibou possède tous les atouts pour devenir un pôle d’investissement majeur dans la pêche, les industries de transformation, les services portuaires, la logistique, les énergies renouvelables, le tourisme, la réparation navale et, demain, les nouvelles technologies liées à l’économie maritime.
Encore faut-il offrir aux investisseurs un environnement juridique stable, une administration efficace, des procédures simplifiées et une sécurité contractuelle irréprochable. Le capital recherche naturellement les espaces où le droit est respecté, où les délais administratifs sont maîtrisés et où les décisions publiques obéissent à des règles prévisibles plutôt qu’à l’arbitraire. La compétitivité d’un pays ne dépend plus uniquement de ses ressources naturelles ; elle repose désormais sur la qualité de ses institutions.
L’autre enjeu majeur réside dans l’emploi. Derrière les chiffres impressionnants des investissements se trouve une attente profonde de la jeunesse mauritanienne. Les infrastructures ne prendront tout leur sens que si elles permettent de créer des emplois durables, qualifiés et décemment rémunérés. La construction d’un port, d’un campus universitaire ou d’un réseau d’eau potable ne doit pas seulement répondre à des besoins immédiats ; elle doit également préparer l’économie de demain en développant les compétences nationales et en réduisant progressivement la dépendance à l’expertise étrangère.
Nouadhibou possède toutes les caractéristiques pour devenir une référence régionale dans l’économie bleue. Peu de villes africaines réunissent à la fois une façade maritime exceptionnelle, un secteur halieutique de premier plan, une activité minière stratégique, une position géographique privilégiée et un potentiel industriel encore largement inexploité. Cette complémentarité constitue une richesse considérable, mais elle exige une vision de long terme, dépassant les échéances administratives et les cycles politiques.
L’avenir de Nouadhibou ne se construira pas uniquement avec du béton, de l’acier et des équipements. Il se construira avec une administration compétente, une justice indépendante, des institutions crédibles, une gestion exemplaire des deniers publics et une confiance retrouvée entre l’État, les entreprises et les citoyens. C’est cette confiance qui attire les investisseurs, stimule l’initiative privée et transforme durablement les territoires.
La véritable réussite de ce programme ne dépendra donc ni de la quantité des crédits engagés ni du nombre de cérémonies d’inauguration organisées. Elle dépendra de la capacité collective à faire de ces quarante milliards d’ouguiyas un modèle de gestion publique, démontrant que la Mauritanie est capable de conduire de grands projets avec rigueur, intégrité et efficacité. C’est à cette condition que Nouadhibou pourra pleinement assumer son destin de capitale économique nationale et de grande métropole maritime ouverte sur l’Afrique, l’Europe et le reste du monde.
Il serait toutefois réducteur de limiter ce programme à une simple opération d’investissement public. Ce qui se joue aujourd’hui à Nouadhibou dépasse largement les frontières de la wilaya. C’est, en réalité, une certaine conception de l’État aménageur qui est mise à l’épreuve. Chaque génération est confrontée à un moment où elle doit démontrer sa capacité à transformer une vision politique en résultats tangibles. Pour la Mauritanie, ce moment est peut-être arrivé.
Le développement ne se mesure plus uniquement à la croissance du produit intérieur brut. Les grandes institutions économiques internationales évaluent désormais la qualité des politiques publiques à travers leur impact sur le capital humain, la productivité, la compétitivité, la résilience face aux crises climatiques, la diversification économique et la confiance des investisseurs. C’est précisément sur ces critères que sera apprécié le programme de Dakhlet Nouadhibou.
L’une des principales forces de cette wilaya réside dans sa capacité à réunir des secteurs qui, ailleurs, évoluent souvent de manière isolée. La pêche, les mines, les services portuaires, le commerce international, la logistique, les énergies renouvelables, l’industrie de transformation et le tourisme peuvent constituer un véritable écosystème économique. Encore faut-il que ces secteurs cessent de fonctionner en silos et soient pensés comme les composantes d’une même stratégie de développement.
Le futur port en eau profonde devra ainsi devenir bien davantage qu’un simple ouvrage maritime. Il devra être le point de départ d’une véritable chaîne de valeur nationale. Les produits de la pêche ne devraient plus quitter systématiquement le territoire sous leur forme brute. Ils devraient être transformés localement, conditionnés selon les normes internationales, certifiés, puis exportés avec une valeur ajoutée bien supérieure. Il en va de même pour les ressources minières, dont une partie pourrait faire l’objet d’une première transformation industrielle avant exportation. C’est ainsi que les grandes économies créent des emplois qualifiés et accroissent leurs recettes fiscales.
Cette réflexion conduit naturellement à la place du secteur privé. L’État a pour mission de créer les conditions du développement ; il ne peut ni ne doit se substituer durablement aux entrepreneurs. Les infrastructures publiques doivent agir comme un levier permettant aux investisseurs nationaux et étrangers de développer leurs activités dans un environnement stable, sécurisé et prévisible. C’est dans cette complémentarité entre puissance publique et initiative privée que réside le véritable moteur de la croissance.
L’amélioration du climat des affaires devient dès lors une priorité stratégique. La simplification des procédures administratives, la rapidité des décisions, la sécurité foncière, l’exécution des contrats, la protection des investissements et la stabilité de la réglementation constituent aujourd’hui des critères déterminants dans les décisions d’implantation des entreprises internationales. La concurrence entre les territoires ne se joue plus uniquement sur les avantages fiscaux ; elle repose de plus en plus sur la qualité de la gouvernance.
À cet égard, la maîtrise du foncier revêt une importance particulière. Les grands projets d’infrastructures génèrent inévitablement une forte pression sur les terrains environnants. Sans une politique foncière claire, transparente et équitable, le risque de spéculation devient considérable. L’État doit veiller à préserver l’intérêt général, à sécuriser les droits des populations concernées et à empêcher que des intérêts particuliers ne captent les bénéfices d’investissements financés par la collectivité.
Il conviendra également d’accorder une attention particulière à la qualité des ouvrages. Dans de nombreux pays, des infrastructures pourtant récentes ont dû être entièrement réhabilitées quelques années après leur inauguration, faute de contrôles techniques suffisants ou en raison de matériaux de qualité médiocre. Une telle situation représenterait non seulement un gaspillage des deniers publics, mais aussi une atteinte au principe de bonne administration. Les bureaux de contrôle, les laboratoires d’essais, les ingénieurs et les organismes de certification devront exercer leur mission avec une indépendance absolue. La qualité ne doit jamais être négociable lorsqu’il s’agit d’argent public.
L’environnement constitue un autre défi majeur. Nouadhibou est l’une des zones écologiques les plus sensibles de la façade atlantique africaine. Son littoral, ses ressources halieutiques et ses écosystèmes représentent un patrimoine national dont la préservation conditionne le développement futur. Les grands projets d’infrastructures devront intégrer les exigences des études d’impact environnemental, de la gestion durable des ressources naturelles et de la lutte contre les effets du changement climatique. Développer ne signifie pas détruire ; développer consiste à transmettre aux générations futures un patrimoine enrichi plutôt qu’appauvri.
Il faudra également veiller à ce que les retombées économiques profitent en priorité aux populations locales. Les entreprises mauritaniennes, les jeunes diplômés, les artisans, les petites et moyennes entreprises ainsi que les centres de formation doivent trouver leur place dans cette dynamique. Un programme de développement ne saurait être considéré comme pleinement réussi si la richesse créée ne bénéficie pas d’abord aux femmes et aux hommes qui vivent sur le territoire concerné.
Enfin, il ne faut jamais perdre de vue que la confiance demeure la première richesse d’une nation. Lorsqu’un citoyen constate que les fonds publics sont gérés avec rigueur, que les marchés sont attribués dans la transparence, que les responsables rendent compte de leur action et que les réalisations correspondent effectivement aux engagements annoncés, il retrouve confiance dans ses institutions. Cette confiance est le ciment de toute démocratie moderne et le socle de toute économie performante.
Les quarante milliards d’ouguiyas destinés à Dakhlet Nouadhibou constituent une opportunité historique. Ils peuvent marquer le début d’une nouvelle étape du développement national ou rejoindre la longue liste des ambitions inachevées que l’Afrique a parfois connues. La différence ne dépendra ni des chiffres inscrits dans les documents budgétaires ni des déclarations officielles. Elle dépendra exclusivement de la qualité de l’exécution, de la transparence des procédures, de la compétence des gestionnaires, de la rigueur des contrôles et du respect scrupuleux de l’intérêt général.
Nouadhibou a toujours été une ville de pionniers, de bâtisseurs et d’ouverture sur le monde. Elle possède les ressources, la position géographique et le potentiel humain nécessaires pour devenir l’une des grandes métropoles économiques de l’Atlantique africain. Ce destin est à portée de main. Encore faut-il que la gouvernance soit à la hauteur de l’ambition. L’Histoire offre parfois à un peuple une occasion exceptionnelle d’accélérer son développement. Les quarante milliards d’ouguiyas annoncés représentent l’une de ces occasions. Il appartient désormais à l’État, aux institutions, aux élus, au secteur privé et à chaque citoyen de faire en sorte que cette promesse devienne une réalité durable, afin que les générations futures puissent regarder cette période comme celle où la Mauritanie a choisi de transformer ses ambitions en réalisations, et ses ressources en prospérité partagée.
Par Sidi Mohamed TALEB BRAHIM