Pacte de défense commune de Djeddah : premier pas pour freiner l’expansionnisme israélien?

L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turkiye ont signé vendredi à Djeddah un pacte de défense commune qui engage les trois États à considérer toute attaque contre l’un d’eux comme une attaque contre l’ensemble de l’alliance. Officiellement présenté comme un mécanisme de dissuasion destiné à préserver la stabilité régionale, cet accord parait justifié par la menace dangereuse que constitue désormais Israel dans tout le Moyen-Orient.

Pour Riyad, Ankara et Islamabad, il s’agit de renforcer leur coopération militaire face à la multiplication des crises régionales, des attaques contre le territoire saoudien et de l’incertitude croissante quant aux garanties de sécurité offertes par les États-Unis.

Mais au-delà des déclarations officielles, ce pacte peut également être lu comme un accord prospectif destiné à anticiper les profondes recompositions stratégiques du Moyen-Orient. Si les autorités des trois pays affirment que cette alliance ne vise aucun État en particulier, elle apparaît aussi comme une réponse à un environnement régional marqué par la montée des menaces israéliennes, la complicité de gouvernements de droite occidentaux et l’affaiblissement des cadres traditionnels de sécurité et les conséquences des guerres qui se succèdent depuis plusieurs le 7 octobre 2023.

Dans cette lecture géopolitique, l’accord de Djeddah est aussi interprété comme une tentative de contenir les ambitions du gouvernement israélien dominé par une coalition d’extrême droite, notamment autour du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Certains observateurs estiment que les orientations de cette coalition, parfois associées dans le débat public au projet d’un « Grand Israël », alimentent les craintes d’une déstabilisation durable de l’ensemble du Moyen-Orient.

Le contexte régional renforce cette perception. La guerre à Gaza, largement dénoncée par de nombreuses organisations internationales et plusieurs États, les conflits prolongés au Liban, au Yémen ainsi que les affrontements avec l’Iran ont profondément modifié les équilibres stratégiques. Israël mène pour son hégémonie, soutenue par les gouvernements de droite en Occident, une escalade militaire régionale sans précédent.

En effet, l’initiative intervient alors que l’expansion territoriale israélienne et les annexions militaires dans plusieurs pays de la région suscitent de vives inquiétudes dans le monde arabo-musulman.

Ces développements peuvent être aussi un coup de grâce aux accords d’Abraham, qui visait à normaliser les relations entre Israël et plusieurs États arabes. Depuis la guerre à Gaza, ce processus apparaît fortement ralenti, voire remis en cause, tant le coût politique d’un rapprochement avec l’Etat génocidaire d’Israël est aujourd’hui écarté.

Dans ce contexte, le pacte conclu entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Türkiye traduit aussi la volonté de plusieurs puissances régionales (y compris l’Egypte) de construire un dispositif de sécurité plus autonome, moins dépendant de Washington dont l’attitude est de plus en plus corrompue par le soutien aveugle aux gouvernements extrémistes israéliens. L’enjeu dépasse toutefois la seule question militaire. Pour Riyad, premier exportateur mondial de pétrole, la sécurisation des routes maritimes demeure essentielle.

Le détroit d’Ormuz, la mer Rouge et Bab el-Mandeb représentent des axes vitaux pour le commerce mondial des hydrocarbures. Les attaques des rebelles houthis contre des infrastructures saoudiennes et les tensions persistantes avec l’Iran renforcent l’urgence d’une coopération militaire plus étroite.

Le pacte de Djeddah apparaît ainsi comme l’expression d’un Moyen-Orient en pleine recomposition, où les États cherchent à se prémunir simultanément contre les risques d’une confrontation avec Israél et contre les conséquences de l’instabilité régionale et, selon certaines analyses, contre les effets d’une politique israélienne jugée inacceptable pour une recherche de paix durable. Plus qu’une alliance conjoncturelle, cet accord pourrait annoncer l’émergence d’un nouvel équilibre stratégique régional fondé sur une autonomie accrue des puissances régionales face aux grandes puissances et aux crises qui redessinent le Moyen-Orient.

A quelque chose, malheur est bon. Malgré les catastrophes issues des actions d’Israel (ou de l’Iran), dans tous les pays arabo-musulmans, ce nouvel axe suppose une refonte de la relation sur la base d’un refus du fait accompli sur lequel certains gouvernements occidentaux ferment les yeux.

 

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